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LES GAULOIS AVANT CÉSAR

t. — Hyperboréens, Celtes, Galates, Gaulois, Bolgs.

Tant d'incertitude plane sur l'histoire ancienne de l'Europe occidentale, qu'il parait prudent d'oublier

LES GAl'LOIS

tout d'abord ce qu'on a pu lin» dans les écrivains les plus autorisés, les Michelet, les liuizot, les Amédée Thierrv, les Henri Martin, (les maîtres émiiicrits ne pouvaient être qu'imparfaitement initiés aux découvertes et aux inductions de l'anthropologie et de la linguistique 1 . Tous, séduits à quelque degré par les illusions de la celtomanie, ils croyaient plus ou moins à l'unité d'une race gauloise, établie de temps immémorial sur le sol gaulois. Or, on est en mesure d'affirmer que, sept cents ans avant notre ère, à l'est du Rhône dominaient les Ligures, au sud des Ce venues les Ibères; et la densité persistante de populations brunes dans la France centrale, depuis la Savoie jusqu'à la Bretagne, autorise à penser que cette importante région était occupée, dès la première époque du bronze, par la race, nullement gauloise, qui la remplit encore et qui survit à toutes les invasions historiques.

Pour les anciens Grecs, le nord-ouest de l'Europe était pays inconnu. Sans doute ils avaient recueilli des Phéniciens quelques notions vagues sur les côtes de l'Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord. Mais, à partir du Danube, un brouillard impénétrable

dérobait à leurs yeux l'intérieur des terres, où ils

situaient au hasard les monts Ripées 2 ouRiphées (Carpathes, Alpes). Ils ne possédaient quelques données précises que sur le pourtour du Pont-Euxin. Au delà des Scythes et des monts Riphées, ils entrevoyaient seulement des Hyperboréens, perdus dans les brumes et les neiges.

Vers 300, Hécatée de Milet mentionne les Celtes. Hérodote les cite deux fois. Après lui, Héraclide de Pont écrit, dans son Traité de l'Ame : « Suivant un

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AVANT CESAR l

récit qui m'est venu d'Occident, une açmée, arrivant du pays des Hyperboréens, aurait pris une ville grecque, nommée Rome, et située là-bas près" de la grande mer. » Et l'identité des Celtes et des Hyperboréens se trouve consacrée encore, cent ans avant notre ère, par le 'voyageur philosophe Posidonius. Mais enfin, vers la fin du vi e siècle, les Celtes, sous leur nom national, ont fait leur entrée dans l'histoire. Peu à peu rejetés vers l'ouest par la pression des Scythes (Germains et Slaves), ils avaient pris, sur les confins du monde gréco-étrusque, une extension qui ne pouvait être complètement ignorée. Laissant en Illyrie, en Styrie, en Pannonie des groupes assez compacts, Scordisques et Tau risques, en Bohême (Boiohœmum) des Boïes et des El vêtes, ils s'étaient

: fortement établis dans la vallée du Rhin, puis dans celles de l'Escaut et de la Somme. L'Angleterre, dèsles premiers âges de la conquête (x e siècle?), avait été envahie et peuplée par des Celtes. Nul doute que déjà les bassins de la Seine et de la Loire ne fussent parcouru^ par de nombreuses bandes et que, peu après sa fondation en territoire ligure (600), Massilia (Marseille) n'ait eu à se défendre contre les Celtes Salluves (Salyes des Grecs), les premiers qui semblent avoir atteint les rivages de la Méditerranée. Au v e siècle, franchissant les Pyrénées, sans doute par les mêmes chemins que les Ligures, les Celtes avaient rapidement occupé le centre de la péninsule

. ibérique, et couru au sud-ouest jusqu'en Lusitanie (Portugal). En deux passages, qui attestent en

. même temps l'incertitude géographique de l'auteur, \ Hérodote constate la présence des Celtes en Ibérie :

. « L'Istros, dit-il, né chez les Keltes vers la ville de

Puréné, coule, divisant l'Europe en deux parties; les Keltes sont, à partir des Colonnes d'Hercule, voisins des Kunesioi, les derniers Européens du côté de l'occident » (II, 33). Et encore : « Dans la contrée au-dessus des Ombriens, le Carpis et l'Albis, coulant au nord, se jettent dans l'Istros qui traverse toute l'Europe à partir des Keltes, les derniers qui, après les Kynètes, habitent l'Occident. » Ephore, vers 350, ajoute que la Celtique comprend la plus grande part de l'Ibérie. De môme, Aristote sait que les Pyrénées sont situées en Celtique. Il sait aussi que chez les Celtes les froids sont rigoureux, et n'ignore pas que des Celtes ont pris Rome.

La Celtique, en effet, s'étendait depuis l'extrême occident jusqu'au voisinage des Scythes. — Denys d'Halicarnasse et Plutarque le répéteront encore 3 . — S'il y avait des Celtes en Lusitanie, le Périple, attribué à Scylax, nous en montre à la pointe de l'Adriatique, tout près des Étrusques; et Théopompe signale une défaite infligée par les Celtes aux Illyriens. Au reste, l'alliance d'Alexandre avec les Celtes de ces régions est assez connue. Strabon rapporte l'entretien du futur conquérant avec les iélégués Celtes, et la réponse fameuse : « Nous ne craignons que la chute du ciel ; mais nous mettons au dessus de tout l'amitié d'un homme tel que toi. » « Quels fanfarons! » dit Alexandre; mais d'autres Grecs pensèrent qu'on avait imparfaitement compris le langage des Celtes ; ceux-ci venaient de s'engager par serment : « Si nous enfreignons ce traité, avaientils dit, que le ciel, tombant sur nous, nous écrase. » En répondant à Alexandre, ils ne faisaient que répéter la formule consacrée, et en même temps

rappeler avec courtoisie le pacte qu'ils venaient de conclure. Alexandre s'attendait à une flatterie plus directe.

L'alliance dura tant que vécut Alexandre ; en 324, à Babylone, il y eut des Celtes parmi les députés qui vinrent complimenter le vainqueur de l'Asie. Ce fut seulement quarante ans après que la paix se trouva rompue. Sans doute ébranlés par une invasion germanique, par l'arrivée des Quades et des Marcomans, des contingents celtiques envahirent la Macédoine. En 280, le roi Ptolémée Kéraunos, attaqué par eux, perdit à la fois la victoire et la vie. Les Barbares, commandés par un roi ou Brennos, s'abattirent sur la Thessalie, et pillèrent le temple de Delphes, 279-278. Mais repoussés aux Thermopyles, décimés dans les défilés du Parnasse et du Pinde, ils refluèrent vers le nord et, traversant la Thrace, le Bosphore, l'Asie Mineure, ils finirent par se cantonner dans la Gappadoce et la Phrygie.

Avec cette invasion de 280-278, mais non avant,

apparaît un nom nouveau, celui de Galates.

On lit sur une inscription votive de 278 : « Sous

ce bouclier Gydias étendait pour la première fois

son bras gauche, quand l'impétueux Ares sévit

contre le Galate. » Une touchante épitaphe réunit

les deux noms, Celte et Galate, Il s'agit de jeunes

filles massacrées à Milet en 278 : « Nous sommes

parties, ô Milet, chère patrie, en repoussant le

criminel outrage des Galates sans lois. Nous étions

trois, vierges et citoyennes : voici comment le violent

Ares des Celtes a changé notre destin. Nous n'avons

pas subi l'union impie. Aidés a été notre protecteur

et notre époux. » La même synonymie se retrouve

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dans un hymne tic Callimaque, où le dieu celte de la guerre lance contre les Hellènes les Galates, peuple insensé, derniers-nés des Titans. Eratosthène (230) appelle Galates les Celtes d'Ibérie. Enfin Polybe, au 11 e siècle, se sert indifféremment des deux noms, traitant la même tribu ; les (Jaisates, par exemple, tantôt de Keltoi, tantôt de (ialatoi, la Gaule cisalpine ici de Galatia, là de Keltikè.

Plus tard, après la mort de César, lorsque l'ancienne patrie des Celles était occupée, et depuis longtemps, par les Germains, lorsque le nom de Celtique était attribué définitivement à la Gaule centrale, Diodore de Sicile essava de distinguer entre les Celtes et les Galates. Voici comme il s'exprime : « Il est important de définir ce que beaucoup ignorent: « on donne le nom de Celtes à ceux qui habitent « l 'intérieur des terres au-dessus de Marseille, près « des Alpes et de ce côté-ci des Pyrénées ; mais tous « ceux qui, au delà du pays des Celtes ou Keltikè, « habitent vers le nord, près de l'Océan et du mont « llerku/iion, jusqu'à la Scythie, sont désignés par « le nom de Galates. » Pour Diodore, les Germains sont des Galates. Rappelant l'expédition de César contre les Srif/ambres, ou Sicambres, il dira que le proconsul ayant passé le Rhin sur un pont merveilleux, « a dompté les Galates qui habitent au-delà de ce fleuve ».

Dion Cassais au contraire (Rn 11 e s.), à l'inverse, placera la Galatie à gauche du Rhin, à droite la Celtique. Il considère comme Celtes les Germains Usipètes et Tenctères et les Suèves dWriovistc; « quelques ( belles, dit-il, que nous appelons Germains » ; mais il règne dans sa pensée une grande confusion.

Suivant lui, ce sont les Galates qui, en 390, ont pris Rome, et c'est dans des combats singuliers contre des Celtes que Manlius et Valérius, en 360 et 349, ont gagné les surnoms de Torquatus et de Corvus. La double erreur de Diodore, de Dion et de quelques autres n'est pas sans intérêt. Elle prouve que les anciens distinguaient mal le Teuton du Celte, j'entends du Celte traditionnel, aux cheveux roux, tant ils avaient été habitués à regarderies bassins du Rhin et du haut Danube comme le domaine, comme la patrie des Celtes.

D'où vient, maintenant, que les Grecs, familiarisés durant trois siècles avec le nom Keltos, se sont mis tout d'un coup, en 280, à -traiter de Galates les Celtes envahisseurs de la Thessalie, de la Thrace et de l'Asie Mineure? Est-ce, comme l'imagina le Sicilien Timée, vers 200, parce que Galates était fils de la blanche Galatée et du terrible Polyphème? Ou bien, comme le suppose Plutàrque (46-120 de notre ère), parce que Héraklès, traversant- la Celtique «après le meurtre de Géryon, aurait eu d'une princesse gauloise un fils nommé Galates? Si l'on interroge le mot en lui-même, on reconnaît qu'il est parfaitement celtique. Gai, en irlandais, signifie encore « bravoure, exploit ». Kel, dans Keltos, n'a point d'antre sens. Ce sont deux variantes dialectales, qui ne diffèrent que par une atténuation de la gutturale A', et par l'insertion d'une voyelle formative a.

Au reste, la probabilité devient certitude si l'on compare le nom du peuple Cauchois, Caletos, et celui du roi des Boïes Cisalpins en 227, Galotos. 11 .est évident que les envahisseurs de 279, To\[sto-B oies, Tectosages, prononçaient Gulate leur nom ethnique

de Kelte. Ce nom, les Grecs avaient de bonnes raisons pour le retenir; et. « à partir du 111 e siècle, ils l'ont, dit M. d'Arbois de Jubainville, appliqué à tous les Celtes, à ceux de l'ouest, qui n'en faisaient pas usage, comme à ceux de l'est qui le leur avaient appris ».

Le nom que les Italiotes ont préféré, Gallus (d'où Gallensis, dont nous avons fait Gaulois), est inséparable de Galate, et par conséquent de Celte. La désinence aura disparu par assimilation comme dans Pollux pour l'étrusque Pu-LT-uke: Il est bien évident que, dès l'arrivée des Celtes dans la vallée du Pô, dès le v e s., les Latins les connurent sous le nom de Galli, et donnèrent à la Lombardie, à l'Emilie, le nom de Gallia cisalpina ou citerior. Les terribles Sénons de l'an 390, à plus forte raison, étaient Galli, et leur ancienne capitale, Sena, porte encore aujourd'hui leur nom national, Sena gallica, Sinigaglia. Les Grecs, au 111 e siècle, commençaient à se trouver en relations suivies avec les Romains; le terme Gallus devait leur être familier ; et il leur aura été d'autant plus facile de confondre, en Galatès, à la fois Gallus et Keltos.

Quant aux Latins, ils commencèrent par laisser le nom de Celtes aux Celtici et Celtiberi d'Espagne, sans doute aussi aux Celtes du Rhin, réservant Galli ou Gallia pour les Gaulois d'Italie et la Gaule Cisalpine. C'est de ces Gaulois, et non d'autres, c'est des Iiitsubres de Milan, des Boïes de Bologne, ou des Cénomans que Caton le censeur, vers 168, écrit, dans ses Origines, la phrase dont on a un peu trop abusé : Gallia duas res industriosissime persequitur, rem militarem et argute loqui; « il est deux choses que

la Gaule cultive avec le plus grand soin, faire la guerre et parler finement ». Et jusqu'au dernier tiers du 11 e siècle, la Gallia y la province de Gaule, attribuée tous les deux ou tous les cinq ans à un proconsul, iElius Paetus en 198, Scipion en 194, Livius Salinator 188, Fabius Butéo 182, Glaudius Pulcher 176, etc., etc., est le nord de l'Italie, l'Istrie même comprise, et la Styrie, car Noréia, aujourd'hui Neumarkt, était une ville gauloise : Noreia, quœ est in Gallia, écrivait, à la fin du n e siècle avant notre ère, un annaliste perdu, Sempronius Asellio.

Lorsque, appelés au secours de Marseille en 125 contre les Salluves, les consuls et proconsuls Fulv. Flaccus, Sextius Galvinus, Domitius, Fabius, ont passé les Alpes, vaincu à la fois les Ligures, les Allobroges et les Arvernes, une première Gallia ulterior est constituée autour d'Aix, A quœ Sextiœ ; puis une seconde en 118, autour de Narbonne, Narbo- Martius. Dès lors, le nom de Gallia est étendu des Alpes aux Pyrénées, de l'Isère aux Gévennes et à la haute Garonne. Sans doute, pendant le i er siècle avant notre ère, l'usage s'est répandu de donner le nom de Galli môme aux Geltibères, aux Gallœci (Galiciens), même aux Galates d'Asie ; mais la GalUa, sans épithète, demeure, jusqu'au temps de César, la province romaine. Le reste de la Gaule, y compris l'Aquitaine et la Belgique, s'appelle ou va s'appeler (Pomponius Mêla) Gallia Comata, Gaule chevelue. Et de cette grande Gaule une division va être attribuée aux Celtes, le territoire, qu'ils ont conquis il est vrai, mais où leur sang a laissé le moins de traces, le pays central entre la Garonne et la Seine, la Celtique de César.

C'est que les anciens domaines des Celtes, môme sur la rive gauche du Rhin, avaient, depuis assez longtemps, changé de dénomination. Une importante couche celtique (ou ccito-gcrmaniqiie, mais parlant le celte) était venue renforcer ou supplanter les anciens Celtes. C'étaient les Volks ou Bolgs ou Belges, qui ont laissé dans le Limbourg,' dans les Ardennes, le llainaut et la Picardie, les T ré vires, les Eburons, les Nerviens, les Rèmes, les Suessions, les Bcllovaques, les Atrébates, puis, franchissant le Pas-de-Calais, envahi l'Angleterre et poussé jusqu'en Irlande; les Volks (foule, peuple), dont les Allemands ont fait leurs Yalh, Welches, Wallons, dont cer-. tain es tribus célèbres, les Teclosages, les Arécomiks, avaient déjà pénétré jusqu'à Toulouse et jusqu'à Nîmes, — rappelons les Teclosages d'Asie, — les. Volks, donc, ou Bolgs (variante moins ancienne)", avaient donné à la Gaule du nord, jusqu'à la Seine, le nom de Belgique.

Tout en essavant d'être bref, j'ai tenu à ne laisser aucun doute sur le sens et la valeur des mots: Celtes, Galates, Gaulois, d'ailleurs entièrement svnonvmes. Aujourd'hui, on laisse volontiers en Asie les Galates, s'il en reste, qui ont ravagé. l'Orient en 279 avant notre ère; mais on fait usage, un peu à contresens, ■ — qu'importe, si l'on s'entend? — des deux autres termes, réservant. de préférence le nom de Gaulois ■au type grand et blond du Nord, donnant le nom de Celtes aux populations moyennes et brunes du Centre, qui ont certainement précédé de mille ans les Keltoi d'IIécatée et d'Hérodote sur le sol qu'elles occupent encore. Celles-là n'ont pris le nom de Celtes qu'au temps de César.

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Le séjour prolongé des véritables Celtes à l'est du Rhm, attesté par les anciens, est confirmé par la science du langage. Choisissons, parmi les innombrables noms celtiques, ceux qui jalonnent pour ainsi dire la route des Celtes vers l'occident: Carrodunum en Russie méridionale, près du Dniester; Noviodunum (Mésie inférieure, Dobrutscha), aujourd'hui Isaktcha; Durostorum, Silistrie; Singidunum, Belgrade; Carrodunum, Piromaza (Croatie); Noviodunum, Dernovo (Carniole); Noréia, Neumarkt(Styrie) ; Tasinemetum, Klagenfurt; Eburodunwm,Brùnn (Moravie) ; C arrodunum etLug idunum, Krappvitz et Liegnitz (Silésie, Oder) ; Noviodunum, Novigrad (Pannonie supérieure) ; — en Bavière, Ratisbona, Cambodunum, Kempten ; Carrodunum, Kavnberg; Segodunum, Wurtzbourg; Locoritum, Lohr; Devôna, Bamberg; — en Wurtemberg, le nom môme ^lu pays, Virodunnm, Wirtin, Wirten; en — Bade, Lupodunum, Ladenburg; Tarodunum, Zarton.Tous ces noms et bien d'autres ont été portés en Gueldre, en Prusse Rhénane, dans les Pays-Bas, en Italie, en Gaule, en Angleterre et en Espagne. Le Danube, le Rheinos, Rénos (Pythéas, iv e siècle)', la Tauber (Dubrà) affluent du Mein, la Laber, Labara, toutes les Lauter (il y en a quatre en Bavière), ont des noms de même origine.

Il est un nom curieux entre tous, indo-européen et gaulois, qui n'intéresse pas moins la mythologie que la linguistique, c'est hercynia, montagne et forêt, qui a désigné à la fois l'Erzgebirge, sur les confins de la Bohême, et la célèbre Forêt Noire, qui couronnait jadis toutes les collines de la rive droite du Rhin. 'ApxOvioc opyj (Aristote), SxotteXoç 'Epxtfvioç (Apollonius

de Rhodes), Hercynia Sylva (César). Sans aspiration initiale, le mot vient des Celtes; avec aspiration, il est germanique. Tout ce groupe montagneux et forestier s'appelait, au ix e siècle de notre ère, Fergunna, Vircunnia, Vircnndia, formes qui conduisent à un primitif Perkunia.

Or, un des traits particuliers au langage celtique, c'est la perte, la chute du P initial. Pater devenait Athir. Cette altération s'est produite quand les Celtes commençaient à dépasser le Rhin ; c'est l'époque où les Grecs entendirent vaguement parler de cette race lointaine, qui habitait une montagne ou une forôt Arkunia.

Les Germains, dont l'avant-garde se glissait alors sur les contours de la Baltique, avaient recueilli et accommodé à leur prononciation la forme plus ancienne Perkunia, aspirée en Fergounna, Hercynia, que César a entendue lorsqu'il franchit le Rhin.

Or, les Lithuaniens et les Slaves ont longtemps invoqué un dieu védique de la pluie orageuse et de la végétation, Pardjanya (Perkunas, Peroun ?). Ne serait-ce pas là un précieux indice de l'antique voisinage des trois futurs groupes indo-européens septentrionaux, lorsqu'ils s'écartèrent graduellement du rameau méridional, Aryas, Hellènes, Ausones; un indice de leur long séjour dans la région du Caucase et de la Scythie, d'où les Hellènes étaient à peine partis à l'arrivée des Taures et Cimmé riens ; où demeurèrent, au moins jusqu'aux temps d'Hérodote, les Saur.omates, futurs Slaves, et les Budins aux cheveux rouges, aux yeux bleus, tribu visiblement germanique ?

Au reste, entre Germains et Celtes, les différences frappent moins que les ressemblances. Sans doute leurs langues étaient distinctes et n'ont pas évolué dans le même sens. Leurs dieux ont eu des noms différents *, et la mythologie celtique était plus pauvre, moins animée, que la mythologie Scandinave. Mais que de rapports dans le culte et dans les croyances fondamentales : adoration des forêts (nemetum, cf. ne m us) y des eaux; rites farouches et sanguinaires. Et encore, même stature, mêmes corps blancs, mêmes cheveux ardents. Les anciens ne les distinguaient pas; ils prirent pour des Gaulois les Gimbres, les Ambrons et les Teutons. Bien plus, les Trévires, les Nerviens, les Éburons, des Gaulois, des Bolgs, se faisaient gloire d'être Germains.

Si Ton considère que les Romains ne se sont pas doutés de l'existence des Germains avant l'invasion des Cimbres, H 3 av. J.-C., que les Celtes du Rhin n'ont quitté qu'au m e siècle la rive droite du fleuve auquel ils avaient donné son nom, enfin que les Helvètes, extrême arrière-garde du monde celtique occidental, n'ont pénétré en Suisse que vers le 11 e siècle, on est forcé d'admettre que, entre les Carpathes et la Baltique, pendant sept ou huit cents ans, les tribus germaines 3 ont vécu à côté, au milieu des Celtes; et que — c'est la conclusion de M. d'Arbois — « la langue et la nation celtiques se sont formées au centre du pays qui est l'Allemagne moderne. De là sont parties les armées qui ont mis sous le joug l'Europe du Nord-Ouest et du Centre, englobant l'Italie jusqu'à lVEsis 6 , l'Espagne jusqu'au Tage.et aux Algarves, l'Angleterre et l'Irlande ».

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