‹ Les gemmes et joyaux de la couronne au Musée du LouvreChapitre 19 sur 65 · MMES ET JOYAUX PLANCHE XVII · texte numérisé non relu

MMES ET JOYAUX PLANCHE XVII

AIGUIÈRE DE CRISTAL DE ROCHE

ÈCLE, RÈG

NE DE FRANÇOIS Ier

Hauteur, 0%,265. — Longueur, 0",310

L’aiguière, au moyen âge, était le vase destiné à contenir l’eau qui était versée dans le

hanap, pour étre bue; son nom indique son us : dans l’ancienne langue française, aigue se

disait pour eau, et les Espagnols ont conservé aujourd’hui encore le mot agua.

La forme des aiguières a beaucoup varié : il en est une, dont la patrie est l'Orient, qui à

été imitée dans nos contrées, diversement selon les temps, qui se fait encore de nos jours et à

laquelle le nom d

ïière semble être maintenant exclusivement réservé. IL n’en était pas de

même au moyen âge; l’aiguière avait toutes sortes de formes dont souvent la complication était

des plus bizarres : les inventaires nous en désignent représentant un homme assis sur un serpent

ailé, un homme assis sur un coq, une femme assise tenant une fleur et dans la fleur était le

biberon. Le duc d'Anjou, frère du roi Charles V, possédait un coq faisant une aiguière, un lion

d’argent doré, une sirène, un oiseau ; il avait un griffon dont il nous parait à propos de détailler ici la composition : «€ La queue de ce griffon, faisant aiguière, retournait entre les deux oreilles; au bout de ladite queue était comme une rose, et au milieu de cette rose un pertuis pour jeter

l'eau dedans; et du bec du griffon sortait le biberon. »

L'artiste du seizième siècle qui a imaginé l’œuvre que nous étudions, ayant quatre morceaux

de cristal, a taillé dans un la tête et l’encolure d’un léopard, dans le plus grand et dans un

moindre le corps et les pattes d’un oiseau, dans le plus petit la queue d’un dragon; près de la

courbe de la queue il à pratiqué un orifice ou pertuis pour introduire le liquide qui a son

écoulement par la gueule béante servant de biberon; il à fait pour Francois [* une aiguière chimérique ayant toutes les conditions essentielles et offrant toutes les particularités que nous avons signalées dans le griffon du duc d’Anjou. L'orfévre, qui a ajusté les quatre parties du vase, les a cerclées dans des attaches d'or émaillé ; les vignettes délicates qu’on y voit dessinées se détachent en or sur un émail noir. Nous dirons, en décrivant la planche dix-neuvième, quel était le hanap qui accompagnait

cette aiguière.

(N° 195 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)

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