DRAGEOIR DE JASPE ORIENTAL
XVI° SIÈCLE, RÈGNE DE FRANÇOIS 1e"
Hauteur, 0,068. — Longueur, 0,200.
Le jaspe, dans lequel le vert domine, mêlé de nuances jaunes, blanches, rouges, et de tons violacés, est de la coloration la plus vive, transparent, éclatant. La taille en est savante, car c’est un effort de l’art, étant donnée une forme simple, de la dessiner avec élégance et fermeté. Les ornements qu’on aperçoit sur le corps du bassin sont tracés par deux traits profondément gravés dans le jaspe; ceux que l'on distingue sur la dernière moulure du soubassement sont des appliques d’or ciselé, découpées et rehaussées de place en place par des émaux imitant des pierreries.
S'il est une forme naturelle, c’est celle que nous avons sous les yeux, mais assurément elle
ne manque ni de grâce ni de distinction; elle convient à nos usages modernes et pourrait être
aisément transportée dans les
fabrications qui travaillent pour la garniture de nos tables. Lorsque nous avons expliqué la planche XIII, nous avons déterminé quelle était au moyen
âge la construction d'un drageoir ; nous l'avons démontrée en nous appuyant sur les descriptions
des inventaires et en fs
sant abstraction de tous les détails qui ne sont que décoratifs : c'était alors quelque chose de très semblable à une coupe, avant que la forme de la coupe eût été dégagée, telle qu’elle a été au seizième siècle, et telle qu'elle est encore de nos jours.
Lorsqu'en France, les goûts et les habitudes se sont modifiés, le drageoir, comme tous les
autres vases, a été simplifié, il s’est abai
é, et les sucreries sèches ou liquides, les dragées, les confitures, ont été servies sur les tables dans des bassins peu élevés, tel qu'est celui gravé
sur la planche XXVI. Il peut donner l’idée de la transition par laquelle sont passées toutes les
s d'un service depuis les temps féodaux jusqu'aux siècles où se sont établis et perfectionnés
nos usages. Les formes créées dans les manufactures de porcelaines, et principalement à Sèvr
sous le règne de Louis XVI, ont été le dernier terme de cette transformation. L'on sait combien sont variées les pièces qui dans un service de Sèvres sont destinées à recevoir les compotes et les sucreries ; parmi elles, la coquille a été conservée ; le cercle, le carré, le losange, ont été les modèles imités et traduits ; la forme tracée sur un plan ovoïde, dont notre drageoir de jaspe offre
un type parfait, a été choisie pour le bassin qui porte le nom de ravier.
(N° 429 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)
ANNE RER ENNECTIR