JOYAUX. PLANCHE XXIX
VERRE DE CRISTAL DE ROCHE
XVI° SIÈCLE, RÈGNE DE FRANÇOIS 1er
Hauteur, 0,220. — Diamètre, 0,127.
Le calice est d’un seul morceau, le pied en balustre est rapporté; la jonction des deux
pièces est cachée par un motif d’orfévrerie offrant un mélange de ciselures et d’émaux : ceux
qui sont apposés sur l'anneau inférieur imitent des pierreries; nous avons d
signalé cette décoration sur les pièces que reproduisent les planches XXIV, XXV, XXVI, XXVII, XXVIN,
pièces d’un même service.
La correction et l'élégance du dessin, la finesse de l'exécution, sont réun dans les ornements gravés sur le verre. Sur le pourtour, trois compartiments de rinceaux alternent
avec trois figures de femmes; celle que l’on voit portant une corne remplie de fruits est
nue, à
une nymphe de Pomone; une autre, qui ant sur la tête une corbeille de fleurs, est une nymphe de Flore, et l’on reconnait une suivante de Diane dans la troisième femme qui tient une flèche et un arc. Le goût des compositions et des figures mythologiques que les peintres et les sculpteurs du palais de Fontainebleau avaient introduit et répandu en France, s'étendait des grands monuments sur tous les ustensiles de la vie privée; nos artistes s'inspiraient de ces réminiscences poétiques : nous verrons notre Jean Goujon consacrer son
talent enchanteur aux nymphes des fontaines; nous rencontrerons les images des divinités
païennes sur les armes, sur les vaisselles d’or, d'argent, de cristal ou de faïence. Le temps était proche où le verre factice remplacerait sur les tables le cristal de roche : les verriers de Murano faisaient connaître en Italie et dans les pays voisins leurs produits
élégants; ils en av
ient pu trouver les modèles dans le trésor de Saint-Marc de Venise, qui, de nos jours encore, possède de précieux spécimens des plus beaux verres antiques ; ils en répandaient l'usage par les échanges du commerce. Plus tard, malgré les précautions soupconneuses de la république de Venise, les procédés des fabricants de Murano seront importés en France. Les archives du parlement de Paris, dont M. le comte de la Borde
nous a fait connaitre l'intérêt par des extraits cités dans la préfe
ce de l'inventaire qu'il en fait dresser, contiennent l'enregistrement de lettres patentes du roi Henri Il, données, en
l’année 1551, à Theseo Mutio, gentilhomme italien, pour faire dans le royaume € verres,
miroirs, canons et autre espèce de verreries à la facon de Venise. »
Sous le règne de François Ier, le cristal de roche taillé était encore en usage.
(N° 272 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)
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