GEMMES ET JOYAUX. PLANCHE XXXVI
COUPE DE CRISTAL DE ROCHE
XVI $ E RÈGNE DE HENRI II
Hauteur, 0,220, — L
nètre, 0,160.
Les parois de la vasque et du couvercle qui la recouvre sont amincies par la taille, jusqu'aux dernières limites du possible. L'élégance des dessins gravés est trop bien reproduite
ici pour qu'il soit besoin que nous en donnions le détail. L’orfévrerie ne se compose que de
deux attaches, au bouton du couvercle, à la naissance du pied, et des deux têt
de satyres,
mordant des anneaux, qui sont placées près du bord de la coupe : ces deux têtes, d’un beau
caractère, sont remarquablement ciselé
s, quelques émaux sont apposés sur l'or des montures. L'on a souvent écrit que les Italiens avaient été, au seizième siècle, nos maîtres dans l’art de l’orfévrerie. Tout au plus pourrait-on dire que nos orfèvres ont imité leur goût, et nous verrons
bientôt qu'ils s’en sont assez vite affranchis : en effet, à la fin du règne de Louis XII et sous
le règne de François I*, les travaux des Français peuvent étre confondus quelquefois avec ceux des Italiens, mais cela ne veut pas dire que ce soit d’eux qu'ils aient appris leur métier. Les mémoires de Benvenuto Cellini, lesquels méritent d’être connus à l'égal de ses œuvres sculptées, sont remplis de renseignements sur l’état de l’art en France qui pourraient suggérer des conclusions absolument opposées à celles que son orgueil national et personnel en tire. Avant que les Italiens ne vinssent travailler en France, nos orfèvres, à toutes les époques de notre histoire, ont été nombreux et habiles. Leurs travaux sont maintes fois mentionnés par nos chroniqueurs, et celles de leurs œuvres qui nous sont restées donnent une haute idée de leur savoir. Sans sortir de nos collections, je rappellerai ici l'agrafe du manteau de saint Louis,
les joyaux réunis sur notre planche XT; j'indiquerai à l'étude attentive de nos amateurs les
s sur or qui ont été exécutés par un orfèvre du roi Charles V, sur le sceptre
bas-reliefs repoussé que termine une statuette de Charlemagne, sceptre qui est exposé dans le Musée des Souverains : ces fins bas-reliefs, bien composés, bien dessinés, ne sont en rien inférieurs aux productions de
quelque pays que ce soit. Lorsque nous rencontrons un bijou du temps de Charles VIT et même
de Louis XI, nous n’apercevons aucun signe de décadence dans le travail. Qu’un rapprochement me soit permis : tous Ceux qui ont vu à Francfort, chez M. Brentano, les délicieuses miniatures
de Jean Fouquet, se laisseront convaincre que des orfèvres adroits ont existé en France en même
temps qu’un miniaturiste aussi exquis. Il en est de même des règnes de Louis XII, de
François [*, de Henri Il : Jean et Francois Clouet nous répondent de l’habileté des orfèvres
se sont
français ; au seizième siècle ils possédaient une connaissance parfaite de leur art, et i
exercés dans le goût italien qui était à la mode à la cour de nos rois.
223 de l'inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)