ORFÉVRERIE ITALIENNE, COMMENCEMENT DU XVII° SIÈCLE
Hauteur, 0,410. — Largeur, 0",285.
Ce riche miroir a été offert, par les Etats de Venise, à la reine de France Marie de Médicis. Une plaque de cristal de roche, mesurant 0",162 sur 0",137, est un objet rare, digne de tout le luxe dont il est entouré; les pierres précieuses, les gemmes de choix, les camées, les émaux, concourent à sa décoration : ce sont de grandes émeraudes qui brillent au milieu du fronton et sur les piédestaux, en retraite, portant deux bustes taillés en ronde bosse dans de belles hyacinthes ; des émeraudes aussi, d’une belle eau et choisies, qui encadrent la tête d’une Victoire, sardonyx de gravure antique, posée au sommet du petit monument, et la tête de femme, de gravure moderne, occupant le milieu du soubassement; des émeraudes encore, par groupes de
trois, qui séparent les petits camées, à l’effigie des douze Césars. Les colonnes qui supportent
l’ordre sont de jaspe oriental, de couleurs grises et douces; le fronton, les plaques des piédestaux et de la base sont de sardoine-onyx. Des émaux, sur or, dessinent toutes les lignes de l'architecture,
, les
constituent les chapiteaux des colonnes, et égayent de nuances diversifiées les feuillages cosses et les graines qui tapissent le soubassement,
J'ai dit feuillages, cosses et graines, le lecteur aura reconnu les motifs d’orfévrerie qui furent si fort à la mode, en France, pendant la première moitié du dix-septième siècle. Ici où nous les retrouvons, dans la décoration d’une œuvre italienne, modifiés par un travail plus fin mais trop sec, dans des proportions et des rapports qui ne sont plus ceux que nous connaissons, nous sommes en droit de dire que ce genre d'ornement à: fait le tour de l’Europe : parmi les noms des orfévres dessinateurs des modèles dont nous avons consulté les recueils, il en est d’Allemands, de Hollandais, d’Anglais ; le miroir vénitien ajoute une nationalité de plus à leur nomenclature. Mais si le genre s’est fait un peu partout, c’est en France qu’il a eu son développement le plus
complet : l'école de gravure, si franche et si féconde, dont Abraham Bos
e est le représentant le
lus illustre est exercée à l'infini; lorsque, sous le règne de Louis XIII et aux approches F ; ; 12 Ë} PE
du règne de Louis XIV, un changement a été désiré, il n’a été qu’une transformation de l’idée première, qui était l’entassement : des fleurs ont pris la place des feuillages et des graines, la disposition restant la même.
La cassette d'or d’Anne d’Autriche est le modèle le plus accompli de cette orfévrerie
composée de roses, de jacinthes et d’œillets.
(N° 291 de l'inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)