ORFÉVRERIE DU COMMENCEMENT DU XVYII® SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI IV
Hauteur, 0,280. — Largeur, 0%,165.
Le corps de l’aiguière, dont les sculptures en demi-relief simulent une peau de bouc, est la section d’un vase antique, de travail grec; cinq fragments, qui constituent les principales divisions du couvercle, sont les morceaux brisés et rassemblés du même vase : vase dionysiaque, car des feuillages de lierre et quelques rappels de la toison du bouc accusent sa destination originelle. Tel est le merveilleux canthare, le plus rare et le plus complet de tous les vases de gemmes que l'antiquité nous a transmis, vase murrhin, s’il en fut jamais ! qui, du trésor de
Saint-Denis, a été, en 1790, porté au cabinet des médailles et qu'on y admire aujourd’hui.
Il a perdu la monture intéressante, œuvre du moyen âge, qu'il avait conservée jusqu’au
commencement du siècle; mais comme pierre antique et travail de lapidaire, il est de premier ordre, intact, sans brisures ni défauts. Il n’en est pas de même de celui que nous possédons : précieux par la matière et par le talent du sculpteur, il ne se compose que d’une portion de
pour les réunir, les orfévres du roi ont inventé une
vase et de quelques morceaux mutilé
semblent avoir consacré leur œuvre à Palla
composition ingénieuse s, et la peau de bouc
rappelle assez bien l'égide de la déesse des combats. C’est sa tête casquée qui se dresse avec
fierté au-dessus de l'égide; les chairs sont émaillées d’un ton presque blanc, la chevelure est d’or; sur l’agate-onyx du casque se détachent par leurs colorations les nymphes si gracieusement étendues, le dragon qui s'accroche et forme le cimier. Le petit dragon et l’autre, plus grand, s’échappant de l’anse de l’aiguière qu'il complète par la courbe de son corps et le développement
de ses ailes, sont émaillés, sur or, de tons mélés et doux, dont un vert tendre est la base; dans
les mêmes nuances, sont les mascarons qui grimacent sur les épaules et celui qu'abrite le bec
rapporté de l’aiguière. L'artiste intelligent a localisé ainsi l’enluminure des émaux et, en distribuant
sur tous les joints du vase et du couvercle les feuillages, les cosses et les graines dont nous retrouvons encore ici les enlacements et la combinaison, il n’a employé pour cette partie de
son ornementation que l’émail blane, opaque, quelques points simulant la turquoise et les
émaux translucides, à limitation du saphir, de l’'émeraude et de l’aventurine, des lignes de rubis enchässés, ajoutant une vivacité inusitée au brillant des émaux.
L’observateur remarquera que le rouge des rubis, relevé par des oppositions heureus s, donne un accent particulier à l’arrangement et à l'effet de cette œuvre excellente : sur le front
et sur les volutes du casque, autour du cou de la déesse, sur le front des masques grotesques,
dans les lignes courbes du couvercle, ils répandent la richesse et l'éclat. Plus bas on les retrouve, disposés en anneaux, étreignant le balustre du pied ; plus bas encore, en fleurons, séparant les godrons de la patte. Cette partie relativement moderne du vase est un assemblage de pierres
taillées en cabochons.
(N° 408 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)