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INTRODUCTION

Les siècles ne peuvent se passer de la vie de relation non plus que les êtres réels. Ces fils de la durée ne sont véritablement qu’une même famille; ils s'expliquent, ïils s’exaltent réciproquement.

(Ed. Quiner.)

ETTE étude est destinee à rajeunir un vieux problème C: qui a séduit maint penseur et qui est toujours ouvert: le problème des générations sociales et historiques. La réflexion sur ce Sujet, qui nous fut imposé par nos travaux : antérieurs, a précédé chez nous la recherche des antécédents et __ l’a provoquée. La littérature du problème n’est pas très riche, 7 mais elle est généralement ignorée. Aussi essayerons-nous de préciser d'abord l'état de la question avant d'exposer le résultat de nos propres investigations.

M. Henri Berr a justifié d'avance notre dessein dans une page de sa Synthèse en Histoire (‘) qu'on dirait écrile pour cette étude: &« Pour qu'une Suile de penseurs dont plusieurs élaient de grands esprits aux intuitions géniales fondées sur une connaissance plus on moins étendue des faits passés el des faits actuels, sur le sens de la vie, sur la pratique des bommes, aient, quelquefois en s'ignorant les uns les autres, adopte, illustré une même idée, il faut que la réalité donne à cette idée quelque fondement solide... Les tâtonnements de la période préscientifique sont nécessairement suggestifs. Nous devons

donc, sous bénéfice d'inventaire, recueillir l'héritage de ces générations de penseurs aujourd'hui suspects. En histoire, comme dans tout ordre de recherches, il convient au travailleur nouveau d'enchaîner son effort personnel à l'évolution de la pensée collective. L'étude des systèmes poussée jusqu'a l'époque actuelle permet, d'ailleurs, de conslater que certaines idées, présentées d'abord a priori, ont eu assez de consistance pour s'imposer à des historiens même érudits… Nous sommes donc convaincu qu'il ne faut pas faire table rase du passé.» Telle est aussi notre conviction, el nous espérons la faire partager à nos lecteurs en ce qui concerne la théorie des générations humaines.

Toutefois, notre recherche ne sera pas purement historique, bien que la partie historique en soit assez détaillée. Nous ne sommes pas de ceux qui pensent que l'histoire remplace le savoir et nous déplorons, autant que quiconque, l'envabissement de la philosophie actuelle par cette méthode trop commode. Maïs il y a loin d'une histoire des doctrines, tenant lieu elle-même de doctrine, à une résurrection patiente de théories convergentes, entreprise dans le but de recueillir le feu qui couve sous la cendre ou que la fumée dérobe à nos regards.

: On croit communément que l'érudition étouffe l'originalité : c'est vrai pour le manœuvre qui se laisse accabler par Le poids des documents! Au contraire, la connaissance historique d'un sujet auquel on s'intéresse et sur lequel on a déjà des vues, sinon des opinions arrêtées, offre à l'esprit libre un triple avantage: 1° elle le stimule, en lui révélant l'accord de ses idées avec celles de penseurs indépendants, souvent lointains ; 2° elle Le met en possession des résultats acquis, et Lui épargne la solution de difficultés déjà résolues; 3° elle oriente sa réflexion sur des voies qu'il n'aurait pas spontanément prises, et complète son point de vue, nécessairement unilatéral, par les points de vue d'esprits différents. La pensée scientifique repasse par les chemins qu'ont tracés nos devanciers, illustres ou méconnus ; et elle marche d'un pas plus ferme sur les routes déjà frayées. Un bon historique n'est donc pas inutile : c’est pour la pensée un terrain où les idées peuvent germer et mûrir sans hâte.

L'idée de génération sociale est une des plus anciennes que

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