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INTRODUCTION

l'on connaisse. Maïs, lorsque la mesure du temps par généralions était universellement répandue, nul ne songeait à édifier une théorie des générations. Il en est de l'idée de génération humaine comme de l'idée d'hérédité sociale. L'hérédité des castes, des classes et des professions ont disparu successivement ; mais, bar un Singulier retour des choses, les démocraties modernes s'intéressent loujours davantage aux généalogies (‘), et l’art de l'eugénique n'a Jamais élé plus à la mode. De la même façon, on n'a commencé à établir des théories sur les générations que lorsque l’idée cessa d'en être familière aux individus. La théorie des générations sociales est apparue tardivement, et elle a été supplantée par la généralisation hâtive qu'on appelle La pbilosophie du Progrès. Or, le Progrès en lui-même est une pure abstraction : ne résulte-t-il pas — si tant est qu'il existe — du renouvellement continu de la population, et n'est-il pas condihionné par la succession ininterrompue des générations humaines qui se passent de l’une à l'autre le flambeau de la vérité, de la beauté et de la justice? La survivance du concept de génération sociale suffit à prouver sa vitalité; l'historique qui va Suivre montrera son intérêt toujours actuel et sa fécondilé inépuisée. |

Notre bui primitif était de faire avancer la question, car nous n'osions nous flatter de l'espoir de solutionner un problème aussi ardu. Nous aurions été satisfait si nous avions pu clore par une fin de non-recevoir un procès toujours pendant, et débarrasser ainsi l'histoire d’une pseudo-idée. Telle ne sera pas notre conclusion. Depuis longtemps (*), nous médilons sur cette idée de génération qui bante pour ainsi dire l'imagination contemporaine. Nous avons voulu en avoir le cœur net, et nous

(‘) Le phénomène est particulièrement accusé aux États-Unis, sans doute parce qu’ils manquent de tradition et qu’ils éprouvent le besoin de s’en forger une. — Cf. American and English Genealogies in the Library of Congress. Washington, 1910, in-8° de 805 pages.

(*} V. la Revue scientifique du 29 octobre 1904 (p. 556, note 2). Notre travail était entièrement rédigé quand la guerre est survenue. Depuis, nous Vavons remanié assez sérieusement, et nous avons peut-être exprimé plus nettement nos idées. Mais nous n'avons pas modifié essentiellement nos {hèses.

n'y avons point épargné notre peine. Après un sévère examen, nous concluons à la consistance philosophique et historique de celle idée, dont nous entrevoyons maintenant les perspectives immenses.

Le lecteur voudra bien excuser les imperfections de cel ouvrage, souvent interrompu et repris au milieu de fonctions absorbantes el de préoccupations de toutes sortes. L'infirmité de nos yeux et la difficulté de nous procurer certains instruments de travail nous ont empêché de lui donner la perfection que nous aurions souhaitée. La rédaction même n'en est pas parfaitement homogène, parce qu'elle a êle répartie sur plusieurs années. Nous avons longtemps fâtonne, ef nous n'avons pu faire disparaître entièrement les traces de ces tälonnements. Mais nous pouvons dire que ce livre est inspiré uniquement par la passion de la vérilé, que nous ne séparons pas de l'amour de la France. Nous n'avons pas craint d'être sincère, la sincérité étant pour nous la condition de la science comme de l'art. Les historiens qui nous feront l'honneur de lire cel ouvrage sauront bien discerner l'apport scientifique des jugements de valeur qui s'y mélent. :

Les encouragements ne nous ont pas fait défaut, et ce nous est un agréable devoir de témoigner notre gratitude particuliérement a M. Alfred Espinas, de l Académie des Sciences morales et politiques ; à M. Georges Pariset, professeur d'histoire moderne à l'Université de Nancy; au P. Albert Nogue, capucin, et au D' ]. Baumann qui fut jadis lecteur d'allemand a l'École des Roches. Nous tenons à remercier également E. Durhheim qui a lu notre travail en manuscrit, et dont les observations nous ont été utiles.

P.-S. — Comme ce livre s'adresse non seulement aux savants, mais encore aux & honnêtes gens », nous avons, de propos délibéré, allégé les références et sacrifié l'index, la bibliographie, la table analytique des matières, qui dispensent trop souvent d'une lecture aftentive. Mais nous n’avons rien négligé pour remonter aux sources et fonder solidement nos assertions.

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