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CHAPITRE II

« Tout le mécanisme de la vie, le décor, les idées, les hommes deviennent méconnaissables d’une génération à l’autre.

Je ne suis pas sûr du progrès. Mais je suis sûr du changement. »

(Rupert Brooke.)

depuis 1515. Ainsi envisagée, la nation devient une personne collective qui à sa physionomie native, formée de traits épars issus de la terre et des races, et qui grandit, sans perdre son unité ni son identité, . en s’assimilant les matériaux les plus divers. Elle se . transforme par le mélange avec d’autres races, par les … emprunts à l'étranger et surtout par les crises qu'elle traverse : la souffrance commune est le creuset qui fusionne Les éléments disparates, et qui élimine les impuretés et les déchets. « L'homme est un apprenti, la douleur est - son maitre », a dit un grand poète : ceci est vrai des “ hations comme des individus. Aussi, pour comprendre la “ vie d’une nation, faut-il analyser les étapes successives du développement de sa personnalité, en insistant sur les étapes douloureuses : chaque génération constitue, selon » nous, une de ces étapes.

| NV en raccourci l'évolution de l’âme trançaise

Nous reprenons donc le rêve de Michelet (‘) en Le précisant. I1n’est pas d’historien qui ait eu le sens de l’histoire à un degré plus éminent que Michelet; malgré ses préjugés et en partie à cause de ses préjugés, nul n'a communiqué davantage le frémissement de la vie aux époques qu'il ressuscitait. Avant lui, « la France avait des Annales et non point une histoire » : le premier, il la vit « comme un corps organisé », « comme une âme et une personne »; le premier, il étudia « le puissant travail de soi sur soi » qui enfante la nation. « La France, dit-il, a fait la France. Elle est fille de sa liberté (entendez de sa spontanéité) »; le premier enfin, il essaya « de la faire revivre dans ses organismes intérieurs et profonds ». Il avait compris que l’homme est le facteur prépondérant de l’histoire : « Dans le progrès humain la part essentielle est à la force vive, qu'on appelle homme. L'homme est son propre Prométhée. » Mais l’homme s'explique moins par la race que par la terre nourricière et par la nation qui l’a pétri : la race, « élément fort et dominant aux temps barbares » (c'est ce qu’a bien vu À. Thierry), « est un élément de plus en plus secondaire, de plus en plus subordonné au travail de transformation que fait sur soi toute société » (et c'est ce qui condamne la méthode simpliste d'H. Martm). Mais Michelet n’a rempli qu'imparfaitement son programme : d'abord sa documentation était insuffisante (ses successeurs le lui ont assez reproché), et il se laissait entrainer par son imagination de

(:) CI. la Préface de l'Histoire romaine (1866) et la Préface de l'Histoire

de France (4869). — Renan ne raisonnait pas autrement quand il voulait

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retrouver « l'âme mème de l’histoire ». « Une grande vie, écrit-il dansla

Vie de Jésus, est un tout organique qui ne peut se rendre par la simple

agglomération de petits faits » ; mais il tire d’un principe excellent des

conséquences fâcheuses, en subordonnant l'exactitude à l’art. — Fustel eût ‘été parfait, s'il avait eu la flamme de Michelet.

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