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visionnaire. À nos yeux, son plus grave défaut procède d'un vice de méthode. Ainsi, Michelet divise l’histoire romaine en trois âges : l’âge tfalien, l’âge grec et l’âge oriental. Ces périodes sont beaucoup trop vastes, etencore trop imprégnées de l’idée de race qu'il voulait écarter. C'est l’idée de génération qui doit remplacer l’idée de race et celle de progrès, tout en les absorbant; seule elle est capable de rendre au passé la continuité du mouvement et le rythme de la vie. Seule elle désencombrera l’histoire d'une multitude de faits stériles, et permettra à l'historien d'aborder enfin cette synthèse que tant de travaux d’analyse ont préparée.
Aujourd’hui, l'historien est écrasé sous la masse des documents, et, si l’on demandait à tel spécialiste réputé de raconter à des enfants je ne dis pas l’histoire universelle, mais son histoire de prédilection, j'imagine qu'il serait fort embarrassé. Pourtant, l’histoire n’est pas destinée uniquement aux savants ni même aux adultes : les renseignements qu’elle procure au sociologue ne sauraient être mis en balance avec le rôle qu’elle peut et doit jouer comme éducatrice de la jeunesse. L'histoire est destinée surtout aux enfants; les adultes qui l’écrivent, pendant que leurs contemporains la font, l’écrivent pour ceux qui continueront l’histoire. Qu'on songe, en l'écrivant, à une douzaine de spécialistes répartis dans le monde, qu'on cherche même à obtenir l’approbation des savants étrangers, rien de plus légitime et de plus nécessaire (car l'erreur finit par empoisonner un peuple); mais qu'on ne perde jamais de vue son rôle essentiel qui est de préparer les hommes de demain. L'éducation de l’enfant, qui est la tâche humaine par excellence, est assurée en grande partie par l’histoire, telle qu’ils la recueillent dans la bouche des parents, ou dans les écrits des maitres et des vulgarisateurs. Mais on ne forme pas un homme abstrait :
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on forme, par exemple, un jeune Français. Tout homme
appartient à plusieurs organismes sociaux superposés ou.
juxtaposés : à une famille, à une corporation, à une cité. Et, au-dessus de tous les organismes sociaux, il y a la patrie, suprême réalité terrestre. Au-dessus de la patrie, me direz-vous, il y a l'humanité (:)? Je ne sais pas si elle est, ni si elle ne sera jamais : je constate seulement que tout homme fait partie d’une nation, que ses intérêts essentiels sorit solidaires de ceux de sa nation, et qu'il ne prend conscience de son rôle d'homme (qu'il soit riche ou
pauvre, travailleur manuel ou travailleur intellectuel) que dans et par ,sa nation. Or, l’histoire est la grande institu-
trice des nations ; elle doit être le lait de la jeunesse et le
pain de l’âge mûr. Notre histoire doit servir à former et à
maintenir de bons Français. Il ne suffit done pas qu'elle soit animée par un patriotisme clairvoyant : il faut
encore qu'elle soit assimilable, pour qu'elle puisse
éclairer toutes les activités. Or, l'histoire, telle qu'on l'écrit ordinairement, est indigeste, et inaccessible à l’homme du commun, qui ne peut passer toute sa vie à l’étudier. La plupart des hommes sont faits pour l'action : ils ont le droit de demander une narration claire et rapide du passé de leur pays. Or qu'y a-t-il de plus simple que la division par générations; qu'y a-t-il de plus clair pour l'enfant et qui parle davantage à son imagination (j'en ai fait l'expérience) ? C'est comme si on
évoquait la série de ses ancêtres, et qu’on fit parler chacun
d'eux à tour de rôle pour résumer son expérience sociale.
On peut d'ailleurs, à volonté, descendre le cours des âges,
(") La science ne constitue pas un organisme social complet et défini ; « l'internationale ouvrière » n’est pas un organisme viable. Quant aux religions, ce sont les seuls organismes internationaux véritables. Mais
aucune ne groupe plusieurs nations dans leur totalité, et d’ailleurs ce sont
plutôt des organismes spirituels que des organismes matériels.
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