‹ Les Généraux morts pour la patrie, 1792-1871Chapitre 9 sur 57 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

statue au général Damesme, et Lille au général Négrier, tous deux victimes de l'insurrection de juin 1848. On donna à des boulevards ou à des rues de Paris, les noms de Lannes, de Bessières et de Duroc. On fit faire pour le musée de Versailles les bustes des généraux tués dans les guerres de Crimée et d'Italie. On plaça sur la façade des bâtiments du nouveau Louvre les statues de Kleber, de Desaix et de Lannes.

La troisième République ne pouvait, au lendemain de nos désastres, oublier le souvenir de ceux qui avaient jadis repoussé l'étranger et conservé l'intégrité de notre territoire. Elle fit établir au Ministère de la guerre, en 1886, un livre d'or où on inscrivit les noms de tous les généraux qui avaient versé leur sang pour la patrie. Elle prescrivit à tous les régiments de faire leur historique et de le compléter par la liste des officiers, sous-officiers et soldats tués à l'ennemi ; elle donna aux casernes le nom des généraux tombés sur les champs de bataille. Elle ramena solennellement au Panthéon les cendres de Marceau et de La Tour d'Auvergne et fit déposer aux Invalides celles de Lasalle. Plus récemment, elle a élevé un monument au général Dugommier, qui joignait les vertus civiques aux talents militaires. En 1889 l'exposition organisée par le ministère de la guerre et celle de la Société de l'histoire de la Révolution française comprenaient de précieuses reliques des généraux tués à l'ennemi.

Parmi les hommages rendus par les villes à ces glorieux soldats, rappelons seulement que Fontenay-le- Comte a, en 1880, sur la proposition d'un savant patriote. Benjamin Fillon, donné le nom du général Lecomte à une de ses rues, et que Rouen a fait placer, l'année dernière, une plaque commémorative sur la maison où na-

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quit le général Drouet, blessé mortellement à Jemappes. La ville de jNIussidan se prépare à élever un monument au général Beaupuy et celle de Lunéville à Lasalle. Enfin la statue du glorieux général Margueritte à Manheulles rappelle à nos enfants que l'héroïsme éclate aussi bien dans les revers que dans la victoire (i).

On ne saurait trop, à notre époque, exalter les héros de la patrie. Si les noms des Dugommier, des Marceau, des Desaix, des Kleber, des Joubert, des Lannes, des Bessières, sont populaires, combien sont ignorés les autres! Plusieurs d'entre eux n'ont pas même trouvé un modeste asile dans nos dictionnaires biographiques. C'est à la mémoire de ces guerriers, qu'ils soient tombés foudroyés dans l'ivresse de la victoire ou dans le désespoir de la défaite, ou que, frappés mortellement, ils aient attendu, dans la souffrance, une mort trop lente à venir, que ce recueil est consacré. Atteint, comme ceux-là, d'une blessure mortelle, j'éprouve quelque soulagement à tirer d'un injuste oubli ces généreux défenseurs de la patrie. Puisse cette tâche pieuse n'être pas inutile aux générations présentes, devant lesquelles l'avenir se dresse si menaçant ! Puisse le glorieux exemple donné par tant de chefs profiter à nos enfants, à nos soldats^ et les préparer à servir la France et à lui donner leur vie comme ont fait leurs immortels devanciers !

Etienne Char a va y.

(i) Il faut rappeler le beau tableau de Jean-Paul Laurens représentant la mort de Marceau.

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