XIV INTRODUCTION
et placées au-dessus des piles du pont de la Concorde (i). Un monument fut élevé à Duroc. Les veuves, les enfants, les parents des généraux tués eurent des pensions et des faveurs. Un recueil spécial de notices et de gravures avait été consacré, dès 1803, aux hauts faits de nos guerriers par Ternisien d'Haudricourt sous le titre de Fastes de la nation française. Un Temple de la gloire devait être édifié à la mémoire de la grande armée, c'est-à-dire aux combattants d'Ulm, d'Austerlitz et d'Iéna, et dans ce temple on devait inscrire sur des tables d'or massif les noms des français qui avaient péri sur les champs de bataille. Des tables de marbre furent placées dans l'église des Invalides pour y graver les noms des sous-officiers et soldats qui s'étaient signalés par leurs faits d'armes (2).
Sous la Restauration, l'opposition au gouvernement se manifesta par des publications où on exaltait les exploits des brigands de la Loire que chantait Béranger. Le professeur Tissot, beau -frère du conventionnel Goujon, fut l'auteur ou l'inspirateur de ces ouvrages patriotiques; il publia, en 1819, les Trophées des armées françaises (6 vol. in-8), et, en 1820, les Fastes de la gloire (3 vol. in-8). Dès 181 7, Léon Thiessé avait lancé dans le public le Majiuel des braves ou Victoires des années françaises (4 vol. in-12)^ continué l'année suivante par la Biographie héroïque de Regnault de Warin (2 vol, in- 12). Les Victoires et conquêtes des Français datent également de cette époque.
(i) Ces huit généraux étaient Espagne et Saint-Hilaire, tués à Essling, Cervoni et Hervo, tués à Eckmuhl, Auguste Colbert, Ruffin et Lapisse, tués en Espagne, et Lasalle, tué à Wagram. Mais leurs statues n'occupèrent jamais la place qui leur avait été destinée.
(2) Cf. Les Fastes de la gloire (par Tissot), t. III, p. 251. Les tables des Invalides furent supprimées en i8i<. Tissot a publié une partie de ces listes de héros.
INTRODUCTION xv
Notons aussi que Ternisien d'Haudricourt, en auteur bien avisé, intercala dans les Fastes de la nation fraU' çaise quelques gravures sur des guerriers de l'ancien régime et plaça en tête deux planches représentant Ventrée à Paris de S. M. Charles X le bien-aimé et celle du duc d'Angoulême à Bordeaux, en 18I4, et, sous ce couvert, fit agréer à Charles X son ouvrage, où, à chaque page, revenait l'éloge de Napoléon (i).
La monarchie de Juillet reprit les traditions républicaines et impériales. Elle établit à Versailles un musée consacré aux gloires militaires de la France et elle affecta une galerie à la mémoire des généraux morts pour la patrie depuis le IX® siècle. Leurs noms y furent inscrits sur seize tables de bronze et les bustes des principaux de ces guerriers furent commandés à nos plus habiles sculpteurs. En inscrivant les noms des généraux sur l'arc de triomphe de l'Etoile, on souligna les noms de ceux qui avaient péri sur les champs de bataille.
Les villes suivirent ce mouvement et des statues de ces héros s'élevèrent dans leurs cités natales. Tels Kleber à Strasbourg, Desaixà Clermont-Ferrand, Roger- Valhubert à Avranches, Joubert à Pont-de-Vaux, Lannes à Lectoure. Le fils du général Gobert fit sculpter, par David d'Angers, un monument à la mémoire de son père, tué dans la guerre d'Espagne.
Sous la seconde République la ville de Chartres éleva, en 1851, une statue à Marceau.
Sous le second empire, Fontainebleau consacra une
(i) Cet ouvrage, commencé en 1805, comporte trois volumes in-fol., que leur éditeur et propriétaire, le graveur Decrouan, vendait 400 francs. L'exemplaire que je possède a le titre suivant : <> Fastes de la nation française, ouvrage p--ésenté au Roi et honoré de l'accueil flatteur de Sa Majestc, ainsi que de la souscription des empereurs, rois, princes, ministres et principaux personnages de l'Europe, par Ternisien d'Haudricourt. »