IV INTRODUCTION
Dans la partie révolutionnaire qui constitue la première série, un certain nombre des notices sont entièrement neuves (i) et toutes, même pour les noms les plus illustres, sont renouvelées et originales.
Les archives administratives du Ministère de la guerre ont été la source principale de ce travail. J'ai trouvé, dans l'archiviste de ce dépôt, un précieux auxiliaire. Xon content de me faire profiter de ses travaux personnels et de son érudite expérience, M. Léon Hennet s'est donné la peine de vérifier dans les dossiers mêmes les dates des états de service de tous les généraux. Je ne saurais assez dire combien sa collaboration m'a été utile et je le prie d'agréer ici un témoignage public d'une gratitude à laquelle s'associeront tous les lecteurs de cet ouvrage.
Les archives historiques du Ministère de la guerre ont été également mises à contribution, grâce au concours empressé de leur conservateur, M. Huguenin, et de l'employé technique, M. A. Martinien, dont l'érudition est si utile aux chercheurs. J'ai plaisir à les remercier de leur parfaite obligeance.
J'ai exploré aussi le fonds si important des Archives nationales sur le personnel militaire de la Révolution (2), les Archives de la marine (3), les collections
Véronnes-Ies-Petites (Côte-d'Or), celui de Brûlé; — de M. Terrai, employé à la mairie de Milhau (Aveyron), celui de Sarret ; — de M. le maire de Lectoure (Gers) celui de Banel ; — de M. Chanlaire, maire de Dommartin-le-Fra"nc, celui de Dommartin.
fi) Notamment celles de Drouet, Le Comte (Jean-Baptiste-Sébastien), Blou de Chadenac, Ihler, Dumas, Blôsse, Marigny, Sarret, Brûlé, Pierquin. Matenotte, Rouyer, Botta, Boussard, Noël, Dujard, Lambert, Verne, Robert, Sandos, Mireur, Mesnage, Vignes, Pijon, Argod, De Lanney, Forest.
(2) Les Archives nationales contiennent, dans la série A Fil, sous la cote 335 à 359, une série de dossiers réunis sur les généraux et officiers a l'occasion de la réorganisation du ij juin 179$.
(3) La série révolutionnaire ne comprend que deux marins, le vice-amiral Brueys et le contre-amiral Perrée, dont mon collègue M. Didier Neuville m'a obligeamment fourni les états de service.
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particulières (i),les recueils historiques ou biographiques spéciaux, les mémoires, les journaux, etc.
Enfin M. Arthur Chuquet, qui a renouvelé si heureusement l'histoire de nos guerres de la Révolution, m'a fait l'amitié de reviser toutes les épreuves et de m'épargner, par sa critique impeccable, bien des erreurs et des inexactitudes. Comment pourrais-je assez le remercier de m'avoir, en m'aidant dans ma tâche, donné la seule consolation qui pût m'être sensible ? Je me borne à dire que j'ai contracté envers l'ami la dette de reconnaissance que j'avais déjà depuis longtemps envers l'historien.
Chaque notice est accompagnée du fac-similé de la signature du général, la plupart d'après les originaux de la collection de mon fils. Quelques-unes de ces signatures ont été difficiles à trouver, surtout celles des deux généraux Lecomte. J'ai copié la signature de Jean-Baptiste- Sébastien sur son acte de mariage conservé dans les archives municipales de Douai. MM. Barbaud, archiviste de la Vendée, et Charier-Fillon, maire de Fontenay-le- Comte, m'ont obligeamment fourni celle de René-François (2).
Les guerres soutenues par la France sous la République et le Consulat ( 1 792- 1 804), nous coûtèrent soixantedix-sept généraux, qui se décomposent ainsi :
Cinq généraux en chef (3) — quatorze généraux de
(1) Je tiens à remercier ici M. La Caille et M. le commandant Rébora, qui m'ont gracieusement fait profiter de leurs importantes collections.
(2) M. Léon Hennet vient de trouver une signature du général René- François Lecomte dans le dossier de son aide de camp Pierre Sevret.
()) Dampierre (57 ans), Dugommier (56 ans), Brueys (45 ans), Joubert (50 ans) et Kleber (47 ans).
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division (i) — cinquante-huit généraux de brigade (2).
Quarante-cinq d'entre eux périrent sur le champ de bataille ou dans des insurrections (3) ; les trente-deux autres succombèrent aux suites de leurs blessures (4).
Onze n'avaient pas atteint trente ans quand ils moururent pour la patrie. Le plus jeune fut Charles Abbatucci, qui n'avait que vingt-six ans et quinze jours (5). Heureux hommes auxquels une courte vie a suffi pour laisser un nom impérissable !
Vingt-cinq furent tués de trente à quarante ans, vingthuit de quarante à cinquante, douze de cinquante à soixante et un à soixante-six ans. Ce doyen était Dumas, que la Convention fit général après sa mort (6).
Si on recherche le pays d'origine de ces guerriers, on constate que le Languedoc en compte 9, la Lorraine 9,
(i) Meusnier, Blou de Chadenac, Charlet, Stengel, Laharpe. Dubois, Bonnaud, Marceau, Beaupuy. Chérin, Cambray, Dommartin, Desaix et Lanusse. — Il faut noter que trois de ces généraux périrent sans avoir connu leur promotion de divisionnaires : ce furent Meusnier, Blou de Chadenac et Cambray.
(2) Plusieurs de ces généraux, nommés à titre provisoire par les commandants d'armée ou par les représentants du peuple, périrent avant d'avoir été confirmés dans leur grade par le pouvoir exécutif. Tels Drouet. Ihler, Lecomte (René-François), Blosse, Marigny, Botta, Dupuy, Argod. Mais leur mort glorieuse fut la meilleure des confirmations. — D'autre part, Bon commanda en Egypte une division, sans avoir été promu divisionnaire,
(3) Parmi eux figurent Dillon, massacré par ses soldats, et que l'Assemblée législative déclara avoir bien mérité de la patrie, Dupliot et Dupuy, tués à l'ennemi dans des insurrections, Moulin et Haxo, qui s'achevèrent pour ne pas tomber aux mains des Vendéens, DujarJ, Mireur et Kleber, assassinés dans l'exercice de leurs fonctions.
(4) Trois seulement d'entre eux survécurent longtemps à leurs blessures: Conigliano-Clarenthal, blessé le 22 mars 1793 et mort le 9 mars 170,, Bonnaud, blessé le 15 septembre 1796 et mort le 50 mars 1707, et Robert, blessé le 17 novembre 1796 et mort le 10 janvier 1797.
(5) Après Abbatucci viennent Sarret (20 ans et 7 mois), Marigny [27 ans 4 mois et 30 jours) et Marceau (27 ans 6 mois et 19 jours). Les sept autres furent Rouyer, Beyrand, Duphot et Mireur, qui avaient 28 ans, et Lecomte (René-François), Banel et Lanusse, qui en avaient 29. — Marceau fut le plus jeune des divisionnaires morts à l'ennemi.
(6) Les plus âgés, après Dumas, furent Drouet, qui avait ,9 ans, et Dujard, qui en avait 57.
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Paris 6 (i), la Guyenne 5, la Provence 4, la Bourgogne 4, le Dauphiné 4, la Normandie, 4, l'Alsace 3, la Franche- Comté 3, le Lyonnais, l'Auvergne, la Picardie, la Champagne et le Poitou, chacun 2, le Béarn, la Bresse, la Bretagne, la Corse, la Flandre, le Limousin, l'Orléanais, le Périgord, la Touraine et le Vivarais, chacun 1. Enfin la Guadeloupe, l'Irlande, le Palatinat, la Suisse et les États- Unis comptent chacun un général (2).
Les généraux qui jouirent le moins longtemps de leur grade, furent Chambon, nommé général de brigade le 30 septembre 1793, tué au combat de Châtillon le 8 octobre ; Guiscard de Bar, nommé maréchal de camp le 8 mars 1793 et tué à Neerwinden le 18 du même mois; Blosse* nommé par les représentants le 16 octobre 1793 et tué le 2 7 ; et Botta, nommé par Hoche le 1 6 juillet 1795, blessé à Quiberon le 21 et mort le 28.
Les premières campagnes de la Révolution ne nous coûtèrent que peu de généraux, mais celles d'Italie furent très meurtrières : vingt-cinq généraux y trouvèrent la mort.
L'Allemagne nous fut moins funeste, et on ne compte que huit généraux tués dans les combats livrés par les armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse. La guerre civile nous enleva neuf généraux, dont huit frappés en Vendée et le neuvième, Botta, à Quiberon. La campagne d'Egypte ne
(1) Dampierre, Le Comte, Boussard, Mesnage (né à Saint-Maur), Chérin et le vicomte de Noailles. Dampierre seul a donné son nom aune rue de Paris. Quand le conseil municipal de la capitale aura de nouvelles rues à baptiser, les noms de ces guerriers s'imposeront à son choix.
(2) Dugommier, né à la Basse-Terre (Guadeloupe); — Théobald Dillon, né à Dublin; — Stengel, né à Neustadt ; — Laharpe, né à Rolle (Suisse); — La Barre, né dans le fort de Missouri.
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fut pas favorable à nos généraux : douze y périrent, dont trois au siège de Saint-Jean-d'Acre, et trois à la bataille d'Alexandrie. Néanmoins, c'est peu en comparaison de l'hécatombe de généraux qui eut lieu sous l'Empire.
Sur les soixante-dix-sept généraux qui périrent sur les champs de bataille, de 1792 à 1804, cinquante-trois appartenaient à l'arme de l'infanterie, quinze à la cavalerie, cinq au génie, trois à l'artillerie et un à la gendarmerie. Vingt étaient d'origine noble ; neuf sortaient des écoles militaires (1).
En 1 790, trente d'entre eux étaient en activité de service comme officiers. Aucun n'avait obtenu le grade de général avant la Révolution. Ceux qui occupaient le plus haut rang dans la hiérarchie militaire étaient le vicomte de Noailles, mestre de camp depuis 1782; Gouvion, mestre de camp depuis 1787; Théobald Dillon, colonel depuis 1788; Blou de Chadenac, lieutenant-colonel depuis 1776; Drouet, lieutenant-colonel depuis 1783; Meusnier de la Place, lieutenant-colonel en 1789. Quatre étaient majors : Dujard (1786), Dampierre (1788), Stengel (1788) et La Barre (1788); un aide-major : Le Comte (1781). Brueys était lieutenant de vaisseau (1780); Conigliano-Clarenthal chef d'escadron (1789), et Guiscard de Bar chef de brigade d'artillerie (1788). Il y avait deux capitaines : Ihler
(1) Généraux appartenant à l'arme de la cavalerie : Conigliano-Clarenthal, Le Comte, Dampierre, Dumas, Chambon, Marigny, La Barre, Mirabel, Stengel, Dubois, Bonnaud, Forest, David, Champeaux, Roize.
Artillerie : Guiscard de Bar, Dujard, Dommartin.
Génie : Gouvion, Meusnier, Abbatucci, Boisgérard, CarTarelli.
Gendarmerie : Burcy.
Généraux d'origine noble : Dillon, Dampierre, Meusnier de la Place, Blou de Chadenac, Burcy, Marigny, Sarret, La Barre, Stengel, Beaupuy, Sandos, Brueys d'Aigalliers, Boisgérard, Calfarelli du Falga, Dommartin, Champeaux, Dcsaix.
Généraux sortis des écoles militaires : Gouvion, Meusnier de la Place, Marigny, Abbatucci, Boisgérard, Catîarelli du Falga, Dommartin, Champeaux, Desaix.
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(1782) et Botta (1789); sept lieutenants : Caffarelli du Falga (1781), Blosse (1785), Beaupuy (1785), Dommartin (1785), Pierquin (1786), Sandos (1788) et Forest (1788); huit sous-lieutenants : Rambeaud (1783), Desaix (1784), Champeaux (1785), Proteau (1786), Dubois (1788), Marigny (1788), Boisgérard (1789) et Abbatucci (1789).
Neuf servaient dans l'armée royale comme sous-officiers ou soldats (1).
Les trente-sept autres prirent du service de 1789 à 1792, soit dans les gardes nationales, soit dans les bataillons de volontaires. Parmi eux, vingt-quatre avaient servi avant la Révolution et avaient abandonné l'état militaire, soit par congé, soit par retraite. Deux d'entre eux avaient été officiers : Dugommier, major, et Dumas, capitaine; deux adjudants : Point et Argod; neuf sousofficiers : Bastoul, Chambon, Lecomte, Haxo, Charlet, Banel, Lambert, Robert, Mesnage ; un caporal : Moulin. Dix avaient fait leur service comme soldats : Burcy, Matenotte, Rouyer, Mirabel, Noël, Beyrand, Marceau, Dupuy, Bon et De Lanney.
Trois avaient servi à l'étranger : Sarret, en Espagne; Laharpe, en Hollande ; et Kleber, en Autriche.
Enfin, dix de ces généraux n'avaient pas servi avant la Révolution : Brûlé, Charton, Mireur, Vignes, Chérin, Cambray, Joubert, Perrée (qui n'avait été que dans la marine marchande), Lanusse et Baudot.
Parmi les officiers, sauf Gouvion, Théobald Dillon, Meusnier de la Place, Dampierre et Noailles, et les élèves des écoles militaires, comme Desaix, Boisgérard et Abbatucci, qui entraient dans la carrière, lequel eut pu
(1) Boussard, sergent-major (1789); — Causse, sergent-major (178)); — Bonnaud, adjudant (1789); — Verne, quartier-maître trésorier (1787); — Duphot, caporal (1788); — Pijon, fourrier (1785); — David, brigadier (1787); — Calvin, soldat (1785); — Roize, maréchal des logis (1785).
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concevoir l'espérance d'arriver au généralat? Pour la plupart, l'horizon se bornait à la croix de Saint-Louis, récompense obligatoire de vingt années de service ? Quant aux sous-officiers, fussent-ils parvenus seulement au grade de capitaine?
C'est donc à la Révolution, on peut le dire, que tous ces officiers ou soldats durent leur avancement d'une rapidité que seuls avaient égalée les princes de l'ancien régime, colonels dès le berceau (i). D'ailleurs, la création des gardes nationales en 1789 et des bataillons de volontaires en 1791 et 1792 fut, pour presque tous, le tremplin de leur fortune militaire (2). Dans les élections d'officiers on choisissait plus volontiers, comme plus tard en 1870, ceux qui avaient déjà été au service.
Si ces hommes, que des circonstances extraordinaires, les dangers de la patrie et l'émigration des officiers de l'ancien régime, portèrent si rapidement aux plus hautes dignités de l'armée, ne brillèrent pas tous par des talents supérieurs, du moins ils servirent tous la France avec un courage et un dévouement que couronna leur mort glorieuse. Si beaucoup sont restés obscurs, plusieurs ont laissé un nom honoré dans nos fastes militaires, et cinq d'entre eux comptent parmi nos plus illustres guerriers : Dugommier, Marceau, Joubert, Desaix et Kleber.
(1) On peut citer comme exemples : Chambon, sous-lieutenant le 2 juin 1792, général -de brigade le 30 septembre 1793; — Lecomte, lieutenant en octobre 179c, général de brigade le 30 juin 1793; — Blosse, capitaine le 16 septembre 179:, général de brigade le 10 octobre 1793.
{2) Tels Dumas, Lecomte, Brûlé, Noël, Banel, Laharpe, Beyrand, Lambert, Marceau, Robert, Dupuy, Point, Argod, Bon, De Lannev, Joubert, Kleber, Bastoul, Calvin, Lanusse, Baudot. — Sans compter Gouvion, major général de la garde nationale parisienne, sept des futurs généraux préludèrent dans ce corps à leur fortune militaire : Chambon, Moulin, Charlet, Marceau, Mesnage, Chérin et Cambray. — Notons aussi que cinq de nos généraux passèrent par le régiment des Gardes françaises : Dampierre, Rouyer, Noël, Robert et Mesnage.