‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 126 sur 345 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La maison littéraire d'un grand seigneur'

Dg la domesticité littéraire à Rome. — l" Psedagogia, ou écoles de jeunes esclaves. — 2» Théâtres privés; troupes domestiques de comédiens. — 30 Service de la bibliothèque; copistes, bibliothécaires. — 40 Lecteurs; Encolpe, le lecteur de Pline le Jeune. — o» Secrétain's ; leur emploi. Tiron, type du parfait secrétaire. — 6° L'instruction donnée dans la famille. Le pédagogue; difficultés de ses fonctions; comment on récompense ses bons et loyaux services. Le précepteur; recrutcn)ent des grannnairiens domestiques, esclaves, alîranchis, ou hommes libres. Le programme de l'enseignement; ennuis et déb(>ires du granunairien. — 1° Les philosophes domestiques; sévères avertissements de Lucien à celui qui recherche le métier de moraliste à gage. Rôle de ces directeurs moraux; leur fonction de u consolateurs »; ils assistent quchpiefois jusqu'à la mort les victimes du césarisme. La trahison du philosophe Kgnatius.

Nous avons raconté comment les gens de lettres vivaient avec les Mécènes de l'empire, et nous avons essayé surtout de faire comprendre sur quel échange de services reposaient ces rapports. Il ne sera peut-être pas inutile maintenant de dire quelque chose de ces hommes instruits, secrétaires, professeurs, philosophes, etc., qui vivaient au service de la noblesse. Il ne s'agit plus maintenant d'amis, de protégés, de clients ordinaires; beaucoup de ceux qui composent la maison littéraire d'un grand sei-

1. Cinq ou six pages de ce chapitre ne sont pas inédites : elles sont tirées d'un discours prononcé par nous dans une distribution de prix, en 1887, et imprimé sous ce titre : La Vie scolaire à Home. Les mailves^ les écoliers, les éludes. — On entend bien que notre intention n'est pas de traiter à fond les questions nombreuses et complexes indiquées dans le sommaire de ce chapitre. Nous voulons seulement donner une idée des services littéraires qu'une maison romaine, montée sur un grand pied, pouvait demander aux esclaves, aux alfrancliis, et quelquefois aux hommes libres qu'elle employait à ses besoins.

gneiir sont des esclaves d'un rang supérieur, d'autres des affranchis, restés sous le toit de leur ancien maître devenu leur patron. Les honunes libres qui acceptent pour un temps Jes fonctions de professeur, ou de moraliste en titre, reçoivent, en échange de leurs leçons, le vivre, le couvert, et une rétribution stipulée d'avance. Tous, à des titres divers, sont comptés parmi les «gens de la maison» ; c'est une véritable domesticité littéraire. Xous avons eu chez nous quelque chose de semblable, au temps où certains personnages importants de l'Kglise et de l'Ktat entretenaient une cour d'écrivains et d'érudits.

On sait qu'à Home la maison des riches était comme un royaume, gouverné par une hiérarchie savamment organisée. Chaque service principal était comme une sorte de ministère : les petits soins de la chambre, le cortège pour les sorties et voyages, la table, le vestiaire et la parure, les bains, etc., avaient leurs serviteurs spéciaux '. Il était tout naturel que ces maisons opulentes eussent un a département des lettres ». A la lin de la République, la maison d'Atticus était citée pour la bonne entente et l'habile distribution des emplois - : rien de ce faste encombrant, qui multiplie les bras et les fonctions sans multiplier les services, mais un ordre ingénieux, aisé, commode, des serviteurs sous la main, excellents dans leur spécialité respective. On y remarquait des i< esclaves lettrés'», des lecteurs, un grand nombre de copistes. Voilà ce qu'on exigeait d'une n)aison riche et bien tenue; il est certain que, dans beaucoup d'autres familles, le service littéraire ne laissait rien non [)lus à désirer.

Mais entrons dans des détails plus précis. Que demandait-on au Juste à ces esclaves d'éhte? Le même historien,

1. u Les gens riches, dit saint Clément d'Alexandrie, ont des esclaves pour chacune de leurs actions, et chacun de leurs désirs. >. (Po'dar/ m 41 )

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