VI PRÉFACE
ajoutons que bon nombre d'écrivains et de professeurs étaient les affranchis de ces nobles personna^^es, et restaient légalement dans la dépendance de leurs anciens maîtres. Auguste à son tour protégea la littérature, nécessaire à la pacification des esprits, et à la consécration du régime nouveau ; il eut cette habileté et ce bonheur de gagner à sa cause et de grouper autour de lui les poètes éminents de son règne. Sa politique littéraire, récompensée par le succès, fut adoptée par ses successeurs comme une règle de bon gouvernement. Tous d'ailleurs très cultivés, orateurs, historiens, poètes, parfaitement capables d'apprécier les choses de l'esprit, les empereurs cherchaient dans la société des écrivains une satisfaction à leur vanité, ou une distraction aux ennuis des affaires.
Voilà comment l'état de clientèle a été naturellement la condition d'une grande partie des hommes de lettres, grecs ou latins*, qui ont vécu à Rome. Nous essayerons de faire l'histoire de ce patronage littéraire, mais notre dessein n'est pas d'épuiser ce sujet. Nous croyons avoir assez complètement raconté les rapports des Césars avec la littérature de leur temps. Pour ces patriciens, ces sénateurs, ces chevaliers opulents, ces fonctionnaires, ces généraux qui ont protégé les lettres par goût, par ostentation ou par mode, ils sont si nombreux qu'il a été nécessaire de faire un choix. Seulement sous les Flaviens, il serait facile d'en compter au moins quinze. Rien n'eût été fastidieux, à notre avis, comme l'histoire minutieuse de chacun de ces Mécènes, dont quelquesuns sont d'ailleurs fort obscurs. Nous ne les avons pas
1. Nous nous occuperons de préférence, c(»inmo il est naturel, des hommes de lettres latins; cependant nous ferons aussi une large part aux Grecs qui ont recherché la protection des empereurs ou des grands.