Voy. Cod. Just., L. x, T. m
3. Cod. Theod., L. xxiii, T. iit, 1. Cf. A. Vict., Epit., 41.
ment un grand nombre d'élèves aux études libérales et aux arts qu'ils enseignent'. » Cette question des immunités s'embrouille à la fin du quatrième siècle. Dans une loi datée du 29 avril 370, on ne parle plus que des médecins et des maîtres de la ville de Rome ; ailleurs, on voit les femmes et les enfants des professeurs rentrer, au moins à certains égards, dans la condition commune'.
La loi scolaire la plus fameuse du quatrième siècle fut ce rescrit de l'empereur Julien, qui interdisait l'enseignement aux professeurs chrétiens, avec des arguments sophistiques singulièrement déplacés dans un document officiel, et surtout avec des moqueries intolérables. Renvoyer ironiquement les « Galiléens » dans leurs catéchismes, pour y expliquer « Luc et Matthieu », sous prétexte qu'ils faisaient sans doute violence à leur conscience, en commentant des œuvres païennes qui parlaient à chaque page des faux dieux, c'était à la fois un acte pitoyable de gouvernement, et un persiflage indigne d'un homme qui parle au nom de l'autorité pubHque. On vit des maîtres distingués obligés de descendre de leurs chaires, simplement sur le soupçon qu'ils pouvaient être chrétiens. Ammien-Marcellin, grand admirateur de Julien, mais honnête homme, n'a pu s'empêcher de reconnaître loyalement que cet acte d'intolérance méritait d'être enseveli dans un éternel oubli'.
Parmi les lois antérieures à la séparation définitive de l'Orient et de TOccident, le règlement de Yalentinien I",
!. Cod. Theod., L. xiii, T. m, 3. — La fin de cet acte montre que. sous le nom de médecins, Constantin veut proi)abIement parler des professeurs de médecine; les philosophes, les professeurs de droit et de sciences ne semblent pas compris dans cette charte de privilèges.
2. Cod. Theod., L. xi, T. xvr, \o et 18. Ammien-Marcellin, qui écrivait son histoire vers 390, raconte, comme un fait assez récent (/mwf/ ita dudu)n),q\\e, les étrangers ayant été renvoyés de Rome à cause d'une menace de disette, on chassa les professeurs, n'exceptant de cette mesure que de misérables histrions (xiv, 6).— Symmaque semble se plaindre aussi du mépris où était tombé renseignement [Epist., V, 35).
3. Jul., Epist., 42; Eun., Vit. PhU. et Soph., Proher.; Amm.-Marc, xxii, iO. Cf. P. Oros., vir, 30; S. Jér., Chron., ad ann. 362; etc. — Voy., dans le Cad. Th^od., L. xni, T. m, o, une autre loi scolaire de Julien.
Yalens et Gratien, sur la police des écoles de Rome, est assurément un des plus curieux. A peine arrivé dans cette ville, dûment numi de la permission de voyage qui lui a été délivrée par les juges de sa province, l'étudiant doit se présenter au magistrat du cens, faire connaître sa famille, son lieu d'origine, ses titres de recommandation, les cours qu'il a rintention de suivre, le logement où il s'est installé. A partir de son inunatriculation régulière, il est étroitement surveillé ; on lui recommande d'être assidu aux leçons de ses maîtres, d'éviter les associations suspectes, les bandes bruyantes^ d'aller rarement au spectacle, de ne pas perdre son temps dans les festins. S'il ne tient pas compte de ces conseils, il est battu de verges, et renvoyé dans son pays par le premier navire en partance. Les étudiants qui se conduisent bien peuvent rester à Rome jusqu'à leur vingtième année. Chaque mois on tient registre des arrivants et des partants. Tous les ans, un état des écoles est envoyé à la chancellerie, avec des notes sur la tenue et le progrès des élèves, alin que le gouvernement connaisse leur valeur, et qu'il puisse appeler les plus capables aux fonctions publiques'.
Nous nous arrêterons à cette limite extrême. Théodose le Jeune a fait, au commencement du siècle suivant, un grand nombre de lois sur les écoles" ; mais, applicables seulement à rOrient, elles ne nous intéressent plus. Rappelons t(>utefois redit par lequel Théodose ne permet pas à un instituteur privé d'enseigner publiquement à ses risques et périls. Il ne reste donc plus d'autres institutions pédagogiques que les écoles approuvées et reconnues par l'Ktat^ Le pouvoir politique a professé d'abord un désintéressement absolu
1. Cod. Thcod., L. xiv, T. ix, \. — Rappelons l'acte que nous avons rite dans le chapitre précédent sur les professeurs de Trêves. [Cod. Thcod., L. xiii, T. m, li .
2. Cod. Thcod., L. xiii, T. m, 10, 17 et 18; L. vi, T. xxi; Cod, J ad., L. x, T. LU, H.
3. Cod. Theod., L. xiv, T. ix, 3. — Il est vrai qu'il s'agit peut-être seulement des écoles de Constantinople.
des affaires de l'éducation. Il est ensuite entré timidement dans l'école, en faisant des pensions à deux ou trois rhéteurs. Le second siècle a vu les grands progrès de cette institution nouvelle; les professeurs reconnus ont formé une sorte d'association de fonctionnaires privilégiés. Leurs immunités ont plus tard passé à leurs femmes et à leurs enfants. L'instruction est ainsi devenue peu à peu la chose du gouvernement. Enfin Théodose le Jeune semble n'avoir plus voulu d'autres écoles que celles de l'État, ou celles autorisées formellement par l'État. C'est l'évolution naturelle des choses.
Malgré bien des lacunes, nous connaissons passablement, grâce aux textes législatifs, l'histoire de l'enseignement officiel sous l'empire. Mais ces professeurs approuvés et payés par l'Etat, ou au moins gratifiés de franchises fiscales qui équivalaient à des avantages pécuniaires, où donnaientils leurs leçons? Est-ce que l'école était un édifice public, mis gratuitement, soit par l'administration impériale, soit par l'autorité municipale, à la disposition des maîtres patentés? Les divers services de l'instruction étaient-ils disséminés dans tous les quartiers d'une grande ville, ou centralisés dans une sorte de palais scolaire? Yoilà des questions plus obscures. Sans essayer de résoudre ici ces difliciles problèmes, nous dirons cependant quelques mots de l'Athénée, qui fut en Occident la plus célèbre de ces institutions pédagogiques ' .
Hadrien eut l'idée, comme on sait, de rassembler à Tibur l'image des choses qu'il avait le plus admirées dans ses voyages. Il avait certainement étudié de près, avec beaucoup d'attention, le fonctionnement des grandes écoles grecques, douées d'une vitalité si puissante ; il voulut donc faire quelque chose d'à peu près semblable. Cependant Hadrien ne pouvait pas raisonnablement créer une université
1. Voy., sur l'Athénée, Aur. Vict., Cœs., li; D. Cass., lxxih, 17; Lainprid., A/e.r. Sev.. 3o; Capit., Perl., 11; Très Gord., 2; Symm., Epist., i, 15; S. Jér., m Kp. ad Gai., 3, Prœf. ; Epist., 66 ; Sid. Apoll., Epist., ii, 9; ix, 14.
à Tibur, presque en pleine campagne ; il l'établit à Rome, et lui donna le nom d'Athénée. C'est là sans doute qu'enseignèrent une grande partie de ces sophistes fameux, de ces grammairiens solennels, de ces philosophes iniluents, qui remphssent l'histoire de Rome pendant le second siècle *. Le nombre des professeurs de l'Athénée était probablement supérieur à celui qu'Antonin fixa pour les métropoles. Rome, en effet, n'était pas seulement la capitale de l'empire : c'était une ville en toutes choses exceptionnelle, un rendez-vous de l'univers, et en particulier, dès le temps de Sénèque, les étudiants y arrivaient en foule'.
Les cours faits à l'Athénée devaient embrasser tout ce qui pouvait alors s'apprendre dans les écoles, sans en excepter la mécanique et l'architecture \ Mais la rhétorique, et la déclamation qui en est inséparable, étaient certainement la partie la plus en vue de cet enseignement. La haute société romaine, et même les empereurs, allaient à l'Athénée entendre des discours d'école préparés avec soin. Quand le rhéteur Palladius, l'ami de S ymmaque et d'Ausone, lit ses débuts à l'Athénée, tout ce qu'il y avait à Rome de distingué voulut savoir si le nouveau venu était digne de sa réputation. L'assemblée fut unanime à déclarer qu'on ne pouvait rien désirer de plus parlait pour l'art de la division, l'abondance de l'invention, et l'éclat lumineux du style. Il ne fallait pas attendre de ces auditoires tout mondains le recueillement dune salle de cours; rien n'était moins silencieux qu'une de ces grandes séances où accouraient des gens qui venaient là pour voir et être vus, et applaudissaient le déclamateur avec une indiscrétion tapageuse. Aussi, quand saint Jérôme se plaint de ces beaux esprits qui, dans la parole sacrée, délaissent la grave simplicité de l'âge apostolique, et osent mendier des succès
1. Il est pourtant très sin^'iiliei' que ui IMiilostralc, ni Aulu-GoUc ne nomment une seule fois rAthénéc.