CHAPITRE PREMIER Des formes diverses de T opposition littéraire
Du j?oùt de la plaisanterie à Rome. Le Romain, naturellement frondeur, pai'le assez lihrementdes Césars; mais cette opposition est plus souvent un jeu d'esprit, qu iiuc attaque systématiqtui contre le principe même de l'empire. — A Home, l'opposition vient surtout des lettrés; elle prend les tormes les plus variées. — 1" L'éloqutMice. Les avocats, très jaloux de leur franc parler, disent à peu piés ce qu'ils veulent «lu pouvoir. — 2" Les écoles dt* rhétorique* ; invectives classiques contre le tj/rait. — :i" La philosophie. Sa puissance sous l'empire, ses moyens d'action. Aidipalhic des Césars et des philosophes jusipiaux Anlonins; le doi^mc stoïcien opposé au dofzme césarieii. — i" Lhisloire et la hioirraphie, rt'd«)utal)les instrum«'nts d'opposition. — ^o Le j»amphlt't; Aujjruste informe contre les libelles «litramatoires. La ménippée politi(pie; VApoholokijntose. Panq)lilets en forme de testament, de lettre, etc. — O» Petits vers satiriques; épigrammes contre les empereurs. Pa^fjiiiiiadfs. — 7» Lu satire proprement dite; Perse et Juvénal. — 8° La tragédie ; Sénèque; Maternus se fait sous Vespasieii une spécialité «le la tragédie d'opposition. — 9» La coméilie. Extrèm»^ liberté de l'atellane et du mime sous l'empire; témérités incrovables des histrions.
Nous avons vu qu'un grand nombre d'écrivains, à Rome, ont vécu dans rentuurage du pouvoir, et ont plus ou moins recherché ses faveurs. Mais on ne saisirait pas bien le rôle de cette littérature officieuse, si Ton ne savait pas qu a côté d'elle il y en avait une autre qui lui servait de contrepoids,
et corrigeait en partie ses exagérations, une véritable littérature d'opposition, moqueuse, malveillante, et quelquefois implacable. Nous allons maintenant parler de ces écrivains qui faisaient une guerre sérieuse à l'empire, et de ceux qui se donnaient au moins le bon ton de paraître mécontents. Ce sujet, qui semble au premier abord ne pas entrer dans le plan général de notre étude, la complète cependant, à notre avis, et la fait mieux comprendre; car souvent ce sont les excès mêmes du panégyrique qui amènent, par réaction, les témérités de l'opposition littéraire. Il arrive aussi, d'autre part, que les attaques de l'opposition contre le pouvoir expliquent le langage de la littérature complaisante. Quand, par exemple, on voit Martial tourner en ridicule les Stoïciens S qui furent les ennemis les plus hardis de Domitien^ peut-on ne pas croire que ces épigrammes lui ont été suggérées ou peut-être même commandées par l'empereur-?
Il y a deux faces dans le caractère latin : d'un côté, un air compassé, solennel, grave et sévère; de l'autre, un masque ironique, plaisant et même bouffon. La tof/a désigne tantôt ce qu'il y a de plus digne dans la vie nationale, tantôt les gaietés de la plus folle licence ^ Quand le Romain quitte un instant sa dignité pesante, il se détend volontiers dans le gros rire. On sait que le théâtre, à Rome, ne fut longtemps qu'une débauche de grasses plaisanteries et d'allusions salées ; plus tard, des préteurs, des consulaires étaient aussi friands que la foule des lazzis de Plante, de Novius et de Labérius. Dans aucune autre ville peut-être, on ne vit en plus grand nombre des saltimbanques, des grimaciers, des nains, des ludions de toute