Suét., Oct
:j. lOid. - Nous e.iiprnrilons la Iraduclion de La Harpe, bien qu elle ne soit pas d une rigoureuse exartilude. ^ ^
la moins médiocre sans doute : « Notre César a pris le vin en dégoût, car c'est de sang qu'il a soif maintenant'. » L'idée n'est pas mauvaise, car l'épigramme semble mettre aux prises les deux ignobles passions qui se partagent la vieillesse du prince ; mais le trait est bien mal aiguisé.
Même au second et au troisième siècle, lorsque la poésie commence à n'être plus un plaisir à la mode, on continue cependant à guerroyer contre l'empire avec des épigrammes- ; les princes jugent à propos de riposter quelquefois. Le plus piquant de ces petits duels est celui de Florus et d'Iladrien. On sait que cet empereur passa une partie de son règne à visiter les provinces. Florus se moque de ces longues absences :
Ego nolo Cxsar esse, Amhulare per Rritones, Scythicas pati pruiiias.
La réplique ne se fit pas attendre :
Ego nolo Florus esse, Amhulare per tabernas, Laiiiare per popinas, Calices pati rotundos'^.
Quelquefois une main mystérieuse affichait sur les colonnes des basiliques et des temples, au forum, ou dans tout autre lieu public fréquenté par la foule, des placards insultants contre le gouvernement* ; il y avait un mot tout spécial pour les épigrammes de cette sorte : on les appelait proscriptiones. L'inscription diffamatoire était d'ailleurs si bien entrée dans les mœurs romaines, que les juristes s'oc-
1. Suét., Tib., 59. — Nous ne parlerons pas des épigrammes dirigées contre les autres Césars du premier siècle. (Voy. surtout Suét., Ner., 39; Olh., 3; Dom., 14 et 23; etc.)
2. Lampr., Comm., 13; Anton. Diad., 7; Capit., Macrin.y 7 et 11; Spart.,
Pesc. Xig., 8.
3. Spart., Hadr., 16. Cf. Capit., Macrin., 14; Lamprid., Alex. Sev., 38.
4. Suét., Ner.. 39; Capit., Macr., 11. Cf. Suét., Cses., 80; Xer., 45; etc. — Le plus spirituel des placards affichés contre Néron est peut-être celui-ci : a Qui^' neget .Eneœ maifUa de stirpc Seronem? Sustulit hic matrem, sustulit iUe patrcm. »
cupaient de ce genre de vengeance et d'injure, et le Dlrjeste a recueilli quelques-unes de leurs décisions sur ce point*. Ces inscriptions ou ces affiches pouvaient être de véritables pasqidnades. On faisait parler la statue du prince ; celle d'Auguste disait à tous les passants : « Mon père travaillait sur l'argent, moi je travaille sur le bronze - ; » cela voulait dire qu'on accusait l'ancien triumvir d'avoir inscrit quelques citoyens riches sur les tables de proscription, pour avoir leurs vases de Corinthe. On attela un jour la statue de Néron à un char^ avec cette inscription : aC'est le moment de la lutte "^ »
L'épigramme, la satire, la ménippée semblent créées tout exprès pour l'attaque. D'autres genres, moins agressifs de leur nature, ont pu cependant, par extraordinaire, devenir accidentellement des moyens d'opposition. On a vu ailleurs que Phèdre lui-même, le pauvre allVanchi, avait réussi à se réserver dans la fable un petit coin politique.
On ne peut guère s'empêcher de croire que Sénèque, dans ses tragédies, oubliait quelquefois les héros mythologiques pour penser à l'empire. Assurément il n'aurait pas osé s'en prendre à Néron, ne fut-ce que par convenance. Mais quelques endroits rappellent ce que j'appellerai le tempérament politique de Tibère, surtout son dédain de toute popularité. C'est Tibère en effet qui semble exprimer en ces termes son indifférence pour la haine ou l'affection des Romains : a Celui-là ne sait pas régner, qui craint d'être détesté. Dieu, le fondateur du monde, a nécessairement associé ces deux choses : la haine et le gou\ernement ; je crois qu'il est d'un grand roi de mépriser même l'aversion de son peuple'*.» En tout cas, bien d'autres glissèrent des