Sén., Phœn., 6o4 sqq
allusions dans la tragédie de lecture. Un genre littéraire aussi faux ne se soutenait que par des traits; mais les subtiles antithèses, les mots à effet, les grands coups de tonnerre, tout cela s'épuise. Et cependant il faut du nouveau à ces délicats, réunis pour savourer un lin morceau. Ce nouveau, la tentation devait venir de l'emprunter aux griefs du temps présent; quand l'auteur couvrait d'injures AgamemnonS le roi superbe, ces hommes d'esprit souriaient d'un air entendu, et reconnaissaient sans peine ce prince arrogant. Si Caton invectivait les partisans du despotisme', on savait bien à qui Caton parlait. Sans doute, ce jeu n'était pas sans péril, car Agamemnon n'était pas toujours en veine d'indulgence ; mais l'âpre émotion d'un danger vaguement pressenti était encore une espèce de plaisir. D'ailleurs les endroits les plus risqués étaient sûrs d'enlever les applaudissements de la salle, et le lendemain tout le monde savait les bonnes vérités qu'on avait osé dire aux puissances ^
Mamercus Scaurus essaya sous Tibère de ce genre périlleux. C'était un homme éloquent, de haute naissance, descendant des anciens Émiles, mais de mauvaises mœurs, perdu de réputation, sans aucune estime, redouté de tout le monde, et qui portait dans les déclamations de l'école toute la violence et toute la méchanceté de son àme. Il avait publié sept discours qui furent brûlés par ordre du sénat, et peut-être des libelles diffamatoires qui achevèrent de le perdre dans l'opinion. H fut enfin accusé d'adultère et de sacrifices magiques ; mais la cause non avouée de cette poursuite, c'est qu'on reprochait à Scaurus d'avoir fait un Atrée, dont certains vers pouvaient s'appliquer à l'empereur; un des personnages disait quelque part qu'il fallait bien supporter patiemment les folies et les passions du prince. Sur