‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 33 sur 345 · Carm · texte numérisé non relu

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3. Carm., 28. Le terme lalin « irrumasti » est difficilement traduisible.

ET LEURS PROTECTEURS A ROME. 4i

rentes de Memmius avec Lucrèce. Nous connaissons fort peu la vie de ce .poète, et plutôt par des traditions douteuses que par des faits avérés. Mais nous savons qu'il avait la religion de son système ; Lucrèce était un hiérophante du temple épicurien. Ce n'est pas lui qui dépensera la vie en futilités : apôtre ardent d'une doctrine, il doit ses jours et ses nuits aux idées nouvelles qu'il apporte aux Romains. Le poème de la Nature des choses, cette œuvre sérieuse, triste même, d'une foi presque fanatique, est cependant dédié à Memmius, que son existence, ses passions, ses goûts, semblaient avoir assez mal préparé à de pareilles leçons. Lucrèce aimait sincèrement Memmius, d'une « suave amitié' », et c'est pour lui surtout qu'il entreprend son ou-, vrage ; c'est pour lui qu'il va lutter contre une langue lourde et indocile, qu'il va la pétrir, et la façonner à des spéculations qu'elle ne connaît pas encore.

Comment Lucrèce et ^lemmius, si peu faits en apparence l'un pour l'autre, ont-ils pu entretenir un commerce affectueux et familier, et comment le poète a-t-il été amené à mettre son livre sous le patronage d'un homme, à qui ses plaisirs et son ambition ne paraissent pas avoir laissé beaucoup de loisirs pour les spéculations de la philosophie? C'est un problème d'histoire morale qu'il n'est pas facile de résoudre aujourd'hui. On n'avancerait pas beaucoup la question, en observant qu'après tout Lucrèce expose en très beaux vers les principes de cette philosophie épicurienne, dont la vie de Memmius donnait de si brillants exemples ; l'épicurisme de Lucrèce est l'art de trouver une parfaite quiétude loin des terreurs de la superstition et des folies de la passion ; mais son livre n'est pas du tout la théorie des faciles jouissances.

Il faut donc chercher ailleurs la solution de la difficulté. N'oublions pas qu'à cette époque le goût de la philosophie est très répandu dans la haute société romaine. La plupart

1, De \at. rerum. i. 142.

des familles opulentes entretiennent chez elles un philosophe; le maître jouit de sa conversation, et quelquefois l'emmène avec lui dans les provinces. Lucullus se fit accompagner en Orient par le philosophe Antiochus ' ; M. Pison avait chez lui le péripatéticien Staséas ^ Autour de Cicéron et de lîrutus, on voit Diodote , Apollonius, Phèdre, Posidonius, etc/. Les dames du grand monde commençaient même à s'engouer de philosophie, preuve certaine de faveur et de mode ; du moins, un peu plus tard, Horace nous montrera de petits livres stoïciens fourvoyés dans l'attirail comphqué du mwidus mullebris'. L'opinion protestait quelquefois contre ces goûts nouveaux, et dès lors apparaît cet argument banal qui sera, pendant des siècles, le lieu commun de ceux qui n'aiment pas ks philosophes : « Voyez ces gens-là, disait-on, ils dissertent savamment sur la pudeur, et beaucoup d'entre eux vivent en hommes qui ont toute sorte de ménagements et de complaisances pour leurs passions \ »

Tous les systèmes avaient leurs partisans. Le pythagorisme même était représenté par Nigidius Figulus,'espèce d'illuminé, savant et crédule comme un philosophe mystique delà Renaissance'. La doctrine épicurienne devait donc avoir aussi ses maîtres et ses adeptes. Patron l'avait enseignée à Rome avec un certain éclat ^ et tout porte à

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