ÂGÉ DE TROIS MOIS ET DEMI
Pauvre mère 1 pauvre femme ! il y avait vingt ans qu'elle pleurait !
On A vu souvent des femmes venir mourir sur là tombe de leurs enfants.
Au milieu de cette douleur^ M. le Préfet de la Seine a lancé cette phrase réaliste : • Il est peu de sépultures qui ne soient pas abandonnées au bout di) quarante ans. » Cette assertion du grand administrateur a fait tressaillir tout le monde, et cepen* dant elle est au-dessous de la réalité. En dehors
des caveaux de familles patriciennes, peu de tombes restent fleuries après quinze ou vingt ans. En visitant les cimetières, le poète a dit : ,
L*oubli« c'est une fleur qui pousse sur les tombes !
Le poëtc a raison, M. Ilaussmann aussi.
Le cimetière du Père-Lacliaise a ses habitués, comme les Tuileries ou le Luxembourg. Si vous passez dans Tavenue des Acacias, à droite du grand carrefour du rond-point, vous pourrez voir assis sur un banc voisin des tombeaux de Fourier, Tapôtre du socialisme, et de Gall, Tapôtre du matérialisme, un petit vieillard propret, bien rasé, bien coiffé, lisant tranquillement un volume de Parny, de Dorât ou de BoufQers. Si vous lui demandiez pourquoi il a fait de ce lieu son refuge de prédilection, il vous répondrait simplement que « c'est Tendroit le plus gai du quartier. »
Le cimetière du Père-Lachaise est, pour celui qui le visite, un grand enseignement. Là sont ensevelies dans le silence de la mort toutes les gloires du
siècle. Des ennemis irréconciliables se coudoient, des amis sont couchés côte à côte, et des républicains, des socialistes, des légitimistes, des bonapartistes reposent en paix les uns contre les autres ; des bouffons et des princes, des traîtres et des vaillants, des savants et des millionnaires, des reines et des saltimbanques dorment du grand sommeil dans régalité de la mort.
Sur plus de mille pierres se trouvent inscrits des noms dont le pays s'honore> gloires bien diverses, nous l'avons dit : Ney, Nansouty, Mortier, Macdonald, Valmy, Masséna, Davoust, Suchet y causent peut-être la nuit de leurs combats; Marchangyest le voisin d'Arago, que peuvent-ils se dire? Méry, qui savait le passé, touche mademoiselle Lenormand, qui disait l'avenir.
Alfred de Musset abrite presque Danton sous son saule.
Mrs chers amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimetière; J'aime son feuillage éploré,
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Dont la pâleur m'est dooce et chère, Et son ombre sera légère A l'endroit où je dormirai.
Balzao^ Sotilié, Nodier, Delavigne^ Cbénier, Millevoye, et bien d'autres poètes; Héloïse et Abailard^ et bien d'adtres amanls; Rothschild^ Fould, Demi* doff, LaffittCi Perregaud, et bleu d'autres finan^ ciers; Scribe, Baour-Lormian, Ni^pomucène Lemereier, Pigault-Lebrun, et bien d'autres autours ) de grands artistes comme Talma et Pradier, de grands eotnpositeurs comme Chérubin! et Hérold, défe satants comme Marjolin, Duphytretij Larrey, Geoffroy Saint-HIlaire) JacOtot, le vénérable fondateur de la méthode utiiverselle, madame Gottin, madame de GenllSi jusqu'à Manuel et le général Fuy qui coudoient Barra?, Élisa M^Tceèur, maiiemoiëelle Mars, la reine d Oude et Di bureau. Il y a là^ tious vous le disons en vérité, un spécimen de tout ce qui a été grand, même dans le mal.
Il est une tombe devant laquelle il faut s'arrêter et se découvrir avec respect, elle est voisine de
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celles du général Foy, de Manuel, de Saint-Simon, de Nansouty, de Racine^ de Benjamin Constant, de Garnier-Pagès, c'est celle eu général Hugo.
M. Jules Gailus, uti homme du monde,- est depuis de longues années le conservateur du Père-LacbaisO) Les familles parisiennes^ riches ou pauvres^ savent aveë quel tact, quel emprcssemetit et quelle urba- Ditê^ Ce galant homme a accompli sa mission dans les tetilpsles plusdlffleiles; M; Gâilusa su élever un emiild relativement modeste! à la hauteur des plus tioblei^ fonctions.