LES CENS NERVEUX
i.oins.
Eh bien, j’en fais des folies! Je mène une vie de satrape ; j’ai un hôtel, des chevaux, des voitures, et trente-deux personnes à dîner tous les jours ! Trciitc-deux femmes 1
MARIOX, piqiit'e cl descendant.
Si vous vouliez bien ne pas vous moquer de moi, d’abord ?
LOUIS
C’est vrai, cela... C’est inouï, ces petites filles!... Parce que c’est nourri, éclairé, chauffé, blanchi !... que ça n’a pas un souci, que ça n’a qu’à s’amuser !...
MARIOK.
S’amuser?... joliment!... C’est pour cela que mercredi dernier j’ai refusé d’aller au spectacle, pensant que vous viendriez le soir!
, LOUIS
Vous avez refusé parce que les places étaient mauvaises... voilà tout !
' MARION
Et mon bal, l’autre mercredi ?
LOU IS, «3 levant cl venant A elle vivement.
Vous avez refusé un bal à^ cause de moi, vous?
MARION
Oui, monsieur, et un bal de noce, encore !
LOUIS
Mais jamais de la vie 1
MARION
Oh I si l’on peut...
^ LOUIS
Mais jamais! jamais!
MARION
Eh bien! non, là... ce n’est pas vrai! Je ne me prive de rien pour vous, et j’en serais bien fâchée... Voiis ôtes trop méchant et trop ingrat!... Allez-vous-en! Pourquoi êtes-vous venu?... Je ne vous connais pas.
(Elle loiTibe assise sor le fauteuil et fond en larmes )
Tu pleures?
A CT K 1, SCC N K IV M
MA 11 ION, tailijiil scsy. iix.
Non ! au contraire...
LOUIS^ ciicrcJjaut à ocarlcr ses inaios.
Je te dis que tu pleures.
MARIO?», ili’lmiii'ant la lêli*.
•Je VOUS dis que non, moi!
LOUIS
Marion, je suis un l)iul.il ! Ma petite Marion!... donne-moi tes mains!... je t’en prie... C’est plus fort que moi, tu le sais bien... j’ai mal aux nerfs! Je t’en supplie, dis-moi que tu ne m’en veux pas !
(Il SC met à genoux devant elle.) MARION, même jeu. *
l.aisscz-moi !
LOUIS
Je ne suis pas méchant!... je t’aime bien... Tu sais que je t’aime! (avcc désespoir.) Est-ce que je ne t’aime pas, voyons?
MARION, l'aiblcmenl.
Si!
(Elle lui abandonne une main.)
LOUIS, teniremeni.
Et toi! m’aimes-tu?... dis?.,
M.ARION, do même.
Mais oui.
LOUIS
Eb bien, alors, pourquoi pleures-tu?... C’est mon caractère.: on ne se change pas... Mais regarde-moi donc!
MARION, un dcloutiianl toujours.
Je ne veux pa.s... vous êtes trop mauvais!
LOUIS, insistant.
Je t’en prie!
MARION
Non !
LOUIS, même jeu.
Je t’en supplie ! . ,
(Il la force a le regarder.)
MARION
Ali ! c’est bien malin! Si tu y mets toute ta force! (l nuis Uii tiaitn ïf»!* main«. M.irion se laisse faire.) Ail ! C CSt égfll... JG SUls lliCH lAcllG...
• Mnrionf Louis,
Si tu savais comme j’étais inquiète... et je n’osais rien dire, encore I Enfin, sans en avoir l’air, j’ai souiflé ta mère d’envoyer le concierge au Ministère. On a répondu qu’on t'avait vu la veille, et voilà comment j’ai été rassurée. Mais il était temps, va... j’étais si tourmentée! si triste!
LOUIS, lui lCDaiil li's deux mains.
Heureusement qu’il n’y paraît pas; tu es fraîche et rose comme...
MARION, piq'.ice.
Hein !... Vous me le reprochez ?
LOUIS , riant.
Moi?... Ah! par exemple!
MARION
C’est-à-dire qu’il fallait tomber malade pour vous plaire, n’est-ce pas?
LOUIS , vivement.
Ah! pauvre mignonne! toi malade! (un pen railleur.) Mais enfin tu m’avoueras bien que, sans tomber malade... on ne perd pas de vue pendant huit jours les personnes qu’on aime... sans y laisser un peu de ses couleurs...
MARION
En tous cas, il vaut mieux les garder ainsi que de les perdre comme vous... au jeu.
* LOUIS
Il ne s’agit pas de moi !
Il fallait perdre l’appétit, le sommeil, n’est-ce pas?
LOUIS
Mais non...
.M.VBION, »*oxoilanl de on jdtif.
Je devais me consumer lentement dans le désespoir et dans les larmes .. '
LOUIS
Du tout...
MARION
H aurait fallu me couvrir de cendres, me frapper la poitrine et m’arracher les cheveux, n’est-ce pas, pendant que vous vous amusiez...