‹ Les gentilshommes chasseurs (volume 2)Chapitre 8 sur 8 · CENT. CHAS. Î · texte numérisé non relu

CENT. CHAS. Î

Ravina porta la parole le premier, pour dire à ses camarades qu'il savait qui avait fait le coup, que ce n*était pas oous, et qu'en conséquence il ne fallait pas nous inquiéter en raison de ce crime, dont l'auteur serait entre leurs mains dans quelques minutes.

Quatre de ces hommes chargèrent sur leurs épaules le corps du malheureux brigadier, et, escortant ce triste convoi, nous nous remues en chemin pour regagner la cabane de Titano.

Comme nous allions en franchir le seuil, nous fihnes rejoints par Titano lui-même. Le pauvre homme portait dans ses bras le cadavre de son chien.

— Titano, vous êtes notre prisonnier — lui dit Ravina. — Vous serez gardé à vue cette nuit, et demain, > dès le point du jour, nousivous conduirons dans la ) prison de Pignerol. Vous avec tué un homme qui avait promis de vous épargner.

— Il n'a pas épargné mon chien— murmura le vieux braconnier d'une voix sombre.

Après avoir prononcé ces paroles, il s'assit par terre devant le feu, posa son chien en travers sur ses genoux, et resta immobile, les deux mains appuyées sur le flanc du bel épagneul.

Le corps du brigadier fut étendu dans un coin de la cabane et recouvert de son manteau ; quant aux douaniers, ils se mirent paisiblement à table et achevèrent lentement notre souper, après quoi ils se couchèrent sur le carreau.

Brisés de fatigue et d'émotions, certains en outre que nous ne pourrions, pour le moment^ être d'au-

cane utilité à Titano, nous nous décidâmes, le marquis et moi, à nous coucher aussi, en ncus promettant mutuellement que le premier éveillé appeiiei-aît l'autre, afin d*ètre prêts tous les deux avant le jour.

Nous voulions accompagner Titano jusqu'à Plgnerol, et de là nous rendre à Racconigi auprès du roi, pour demander la grâce du coupable.

Nous dormîmes peu et mal ; avant le jour nous étions sur pied : une lampe mourante éclairait faiblement la chambre.

Un silence profond régnait dans la cabane; on n'entendait au dehors que le pas régulier du douanier placé en faction à la porte.

Titano était exactement à la même place et dans la même position que la veille : sa tête penchée sur sa poitrine, ses deux mains appuyées sur le corps de son chien.

— Dieu soit loué — me dit le marquis à voix base — il aura pu oublier son chagrin pendant quelques heures.

Un soupçon rapide comme l'éclair traversa mon cerveau : je pris une lampe dont je ranimai passagèrement la flamme en tirant la mèche, et je dirigeai la lumière sur le visage du vieux braconnier.

— Ce n'est pas pendant quelques heures qu'il a oublié son chagrin — m'écriai-je — c'est pour toujours 1

— Que dis-tu là ^

— Qu'il est mort !

— Mortl

-^ Regarde toi-même.

— C'est ma foi vrai ! Eh bieni c'est ce qui pouvait loi arriver de plus beureux, puisqu'il avait perdu tout ce qu'il aimait dans ce monde.

Nous pensons que nos lecteurs seront de cet avis.

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