UNE LETTRE DE SIR G.-E. CARTIER
Afin d'échapper aux mandats d'arrestation émis contre les chefs patriotes, sir Georges-Etienne Cartier, après le combat de St-Denis, s'était enfui aux Etats-Unis d'où il était revenu au pays, grâce à la proclamation d'amnistie de lord Durham.
Mais lorsque, dans l'automne de 1838, Robert Nelson entreprit de soulever de nouveau les Canadiens contre le joug anglais, Cartier, craignant d'être appréhendé, comme tant d'autres, crut devoir adresser au Secrétaire Goldie la lettre suivante :
Monsieur,
"Vous me pardonnerez en ce moment de prendre la liberté de vous écrire. Je m'adresse à vous en ^votre qualité de Secrétaire Civil pour vous faire connaître que j'étais un des proscrits mentionnés dans une ordonnance du 28 juin dernier passée et adoptée sous l'administration du Comte de Durham et du Conseil Spécial d'alors; et qu'en conséquence et sur la foi de la proclamation du Comte de Durham, émise au commencement d'octobre dernier, qui mettait fin à mon exil, je suis revenu en cette province pour y reprendre mes occupations, fermement déterminé de ne prendre part à aucun mouvement politique et de tenir la conduite la plus pai-
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frible et la plus irréprochable. Il est peut-être bon pour moi de mentionner ici qu'une copie de la dernière proclamation du Comte de Durham m'a été officiellement envoyée, accompagnée d'une lettre que je puis montrer au besoin. Cette circonstance a contribué à hâter mon retour en ce pays où je suis depuis le douze du mois d'octobre dernier, et à me convaincre qu'en m'éloignant de toute affaire et de tout trouble politiques et en me conduisant paisiblement, j'y vivrais dans une sécurité parfaite sous la protection de la loi. Depuis mon retour jusqu'aujourd'hui, j'ai demeuré à Montréal pour donner aux autorités l'occasion d'avoir les veux sur moi. Je ne me suis absenté de cette ville que pendant deux jours, vers le quinze ou le dix-sept d'octobre dernier, pour aller voir ma famille qui demeure à la campagne et que je n'avais pas vue depuis un an.
Malgré ma conduite paisible et la réserve qui a accompagné mes actes et mes paroles, depuis mon arrivée comme durant mon exil, je dois vous dire que de ce temps-ci je suis loin de vivre sans inquiétude. Les nombreuses arrestations qui ont eu
lieu et le langage de quelques personnes m'entretiennent dans des appréhensions continuelles d'être
arrêté, ce qui m'empêche de vaquer librement à mes
affaires. J'aimerais, s'il m'est possible, parer à tonte molestation Imméritée. Je dois vous déclarer,
Sur mon honneur et sur ma conscience, que je ne
suis lié en rien aux troubles récents et qu'il n'est ) personne qui les désapprouve et les déplore plus que moi. Je vous le réitère, ma détermination est bien formée de me conduire de la manière la plus paisible et la plus irréprochable. Maintenant, vous m'obligeriez infiniment en donnant communication de la présente à Son Excellence Sir John Colborne, et en me faisant connaître s'il y a danger pour moi d'être troublé dans ma liberté individuelle.
J'ai la plus grande espérance que Son Excellence Sir John Colborne, appréciant la situation délicate où je me trouve, me fera la justice de donner au contenu de la présente toute l'attention possible.
J'ai l'honneur d'être,
Votre très humble et dévoué serviteur,
George-Et. Cartier.
Thomas L. Goldie, Esquire, C. S. Montréal.
La crainte d'être arrêté n'a-t-elle pas poussé Cartier à faire des déclarations un peu exagérées de soumission et de loyalisme et, surtout, à condamner en termes trop sévères l'insurrection de 1838, au moment où les pauvres patriotes écrasés étaient menacés de la prison et de l'échafaud? N'aurait-il pas pu dégager sa responsabilité d'une façon moins dangereuse pour ses compatriotes ?
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Le fait est que plusieurs chefs patriotes paraissent avoir trop oublié que les insurrections de 1837 et 1838 étaient plus pu moins le résultat de leurs discours et de leur conduite, et qu'ils n'ont pas déployé, pour les Bauver, l'énergie qu'ils avaient mise à les soulever.
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