DOCUMENTS RELATIFS AUX EVENE- MENTS DE
L/un de ces documents, relatif à l'emprisonnement de M. Blanchette, le patriotique curé de St-Charles, est une lettre qui me fut adressée par une personne digne de respect et de confiance. L'autre est un protêt contre la fameuse Cour Martiale de 1838 par "M. H. Lanctôt. M. Lanctôt était notaire à Laprairie, en 1837; il prit une part active au soulèvement et fut emprisonné. C'est dans la prison qu'il rédigea ce document intéressant.
Voici d'abord la lettre concernant l'arrestation de M. le curé Blanchette :
M. le curé Blanchette, qui est devenu évêque dans l'Orégon, était en 1837 curé de la paroisse de Saint-Charles, sur la rivière Richelieu. La Rébellion ayant éclaté, M. Blanchette avait fait son possible pour apaiser ses paroissiens qui étaient en pleine révolte. Au moment où les rebelles allaient engager la bataille avec les troupes anglaises, M. Blanchette se rendit à leur camp, fit mettre ses paroissiens à genoux, et fit avec eux des prières pour les préparer à la mort.
Sir John Colborne fit conduire M. le curé Blanchette, à la prison de Montréal comme coupable de haute trahison.
Il y avait avec lui dans la prison le docteur Masson, accusé du même crime et qui fut condamné à être pendu.
Il y avait aussi dans la même prison le curé de Sainte-Rose, M. Magloire Turcotte, également accusé de haute trahison.
La prison était encombrée: on jugea à propos de transporter un certain nombre de prisonniers dans un autre endroit.
LES GEBBES I âNADIBNNES L89
prisonnière ainsi transportés <'t ;» i «-n t enchaînés trois
par trois.
Le docteur -M ; » — * n i étail ji 1 1 <i < ■ 1 1 «'• j M. le curé Manchette | -n droite et au curé Turcotte, ;'i sa gauche.
Le docteur Masson, avec Ba gatté ordinaire, s'adresse à compagnons de chaîne, et leur dit: «Notre Seigneur a été crucifié entre deux voleurs; et voilà que je vais être pendu eut re deux curés.
PROTET DE M. HIPPOLYTE LANCTOT
Considérant que l'institution de la Cour Martiale contraire à l'esprit et à la lettre de la Constitution et des lois en force dans le pays;
Considérant aussi que nous ne trouvons pas dans statuts ni dans les actes passés par le Parlement provincial aucune loi qui peut justifier une telle procédure ;
Considérant que c'est le droit et le privilège de font Sujet Britannique d'être jugé par -es pairs, droit sanctionné par la loi écrite, continué par les lois communes et garanti par la Constitution.
Considérant que le Conseil Spécial a cru pouvoir sanctionner une telle procédure en prenant pour précédent l'Acte de [798 pour l'Irlande, quoiqu'il Soit spécifié cependant dans le dit acte que la loi martiale ne sera en force que contre des personnes prises, les armes à la main, en flagrant délit, et jugées de suite et sur les lieux ;
Considérant que par ce même acte il est expressément ordonné qu'après qu'une personne sera confinée dans aucune prison quelconque, elle ne Sera
plus assujettie à la loi martiale mais à ses juges naturels ;
Considérant que dans les siècles éclairés et dans les temps de civilisation dans lesquels nous vivons, la force de la loi et de la morale est toujours audessus de la force physique ;
Pour ces raisons, moi, Hippolyte Lanctôt, crois devoir à mes concitoyens et à mon pays de protester, et je proteste solennellement contre la manière illégale dont je suis traité.
Mettant ma confiance et mes espérances dans la justice de Dieu, dans l'honneur et l'équité de la Grande-Bretagne, dans l'opinion publique du monde civilisé, je déclare m'abstenir de prendre part dans ces procédures.
H. LANCTOT.
Prison de Montréal, Février 1839.
M. Lanctôt fut condamné à être pendu, mais sa sentence fut commuée et il fut l'un des 58 patriotes condamnés à l'exil. Plusieurs enfants et petits-enfants sont fiers" de porter son nom.
Lors de l'enquête qui eut lieu pour établir qui avait droit à la récompense promise pour l'arrestation de Girod qui, avant le combat de Saint-Eustache, avait abandonné les patriotes et s'était enfui,
LES GERBES CANADIENNES lï)l
un nommé Joseph Gênais donna le témoignage qui
suit :
Joseph Gervais, locataire, de la paroisse de la Pointe aux- Trembles, après serment prêté Bur les Saints Evangiles, dépose el dit — que lundi le dix-huit <lu mois de décembre courant, vers entre le* neuf et dix heures du matin, lui, ledit Déposant, s'en allait en lias du village de la Pointe-aux-Trembles, suivant la route du bord de l'eau, et se trouvait à peu près à une lieue en bas dudit village de la l'ointe aux Trembles, lorsqu'il rencontra Amury Girod qui s'en allait aussi du c<"»té d'en bas. Ledit Girod demanda alors au Déposant, le chemin qu'il fallait prendre pour aller chez Le Capitaine Laflamme à la Rivière-dés-Prairies, (pi'il était un bailli et qu'il allait prendre le capitaine Laflamme. Alors ledit Déposant enseigna la route de la Rivière-dés-Prairies audit Girod et le laissa pour entrer dans une maison où il avait all'aire. Ledit Déposant, en s'en revenant (die/, lui. rencontra le Capitaine Clark accompagné de plusieurs hommes armés. Le Capitaine Clark était à cheval et fit demander en français audit I >émt s'il n'avait pas lui, ledit Déposant, rencontré un nomme dan- la route. Ledit Déposant répondit: '" < >iiî. j'ai rencontré et passé à côté d'un homme qui m'a demandé la toute pour aller à la Livière (les-l'raii ies ''. Alors M. Clark lit embarquer ledit Déposant dans une traîne, et lui-même monta but son cheval et dit audit Déposant: "Tâches de nous montrer par où il est passé et je vous donnerai vingt-cinq
louis". M. Clark était accompagné de trois de ses homme-, (pli le suivaient et a pris un fusil dans sa main, (''tant BUT BOU cheval. Après être monté dans la route de la Rivière de-- Prairies, non- arrêtâmes chez un nommé Saint Amour, à la Rivière-des-Prairies. M. Clark était toujours sur son cheval. Alors nous avons vu partir une voiture de chef le voisin. M
Clark est parti après la voiture et non- le suivions. Ledit
Déposant vit alors sauter dan- la traîne qui se trouvait devant M. Clark le même homme qu'il avait rencontré auparavant. M. Clark a toujours suivi la voiture et nous autres après lui,
et nous avons suivi la voiture jusque die/ un nommé Antoine Alillard. et là non- avons rejoint l'homme à la \oiture Alors M. Clark lui a fait demander où il avait débarqué l'homnii'
qu'il avait auparavant dans -a voiture. Cet homme répondit qu'il l'avait débarqué chez un nommé Bleau, le voisin d'où il était alors. Nous sommes alors parti- DOUX aller chez le
voisin, et M. Clark étant sur son cheval nous accompagnait. Arrivé chez le voisin, ledit Déposant a alors vu Girod qui était baissé près des palissades du jardin. Lorsque Girod a vu ledit Déposant, il a fait un bond. Il avait un pistolet à la main. " Le Déposant a alors eu peur et s'en est retourné avec vivacité. M. Clark s'est alors avancé, à cheval, près de Girod, et il pouvait être à environ vingt pas de Girod, lorsque Girod s'est tiré son pistolet à la tête. M. Clark parla alors en anglais, et le Déposant ne peut dire ce qu'il a dit, le Déposant s'en alla alors pour aller chercher les autres en cas qu'il vînt à échapper à M. Clark. — En retournant, ledit Déposant a aperçu ledit Girod mort. — Le Déposant est positif à dire que M. Clark était le plus près de Girod lorsque celui-ci s'est tué — et ne dit rien de plus — et a déclaré ne savoir signer.
Huit mots rayés nuls.
Assermenté devant moi