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DEUX LETTRES DE LAURIER

J'ai affirmé plus d'une fois que dans les dernières am de sa vie, Laurier avait exprimé le désir de ><>rtir de la politique active afin de jouir d'un repos bien mérité. En 1909, ii semblait prévoir les événements qui devaient lui causer tant d'ennuis, lorsqu'il écrivait à un ami la lettre suivante :

3 janvier 1909.

Mon cher ami,

Je viens de recevoir ta lettre avec tes bons souhaits. Ma femme m'avait déjà fait part de tous ceux qui tu lui avais transmis pour moi par le téléphone. Je ne saurais trop en recevoir, cette année car je crois que je vais en avoir grand besoin. La victoire <|tie j'ai remportée est pleine de responsabilités. J'ai pleine confiance dans le résultat final, mais, avant d'arriver «à ce résultat, il y aura de mauvais quarts-d'heure à passer.

Le principal, c'est que ma santé est lionne, excellente même, mais je n'ai plus la même ardeur à la besogne. Il me semble que le repos, le repos absolu, serait le parfait bonheur. 11 ne peut pas non- rester

beaucoup d'années à vivre maintenant, et combien

je jouirais d'être sorti, pour ce qu'il m'en reste,

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de l'ardente fournaise où je suis depuis vingt ans et spécialement douze ans.

J'en ai parlé avec quelques-uns de mes collègues, mais ils protestent avec tant d'instance , contre la seule mention de cette intention, que je n'ai pas encore eu le courage de dire: il le faut. . .

Je t'envoie, de mon côté, tous mes meilleurs

vœux.

Bien à toi,

Le 2 janvier 19 10, il écrivait :

Mon cher ami,

C'est bien vrai que nous voici à l'année 19 10. Qui m'aurait dit, il y a trente ans, que j'arriverais à 19 10, m'eût bien étonné et ne m'aurait pas du tout convaincu. J'y suis, et qui plus est, en excellente santé.

Combien, malgré cette belle santé, j'aspire au repos. C'est là la seule chose qui me fasse souvenir que je ne suis plus jeune. Je n'ai plus de goût à la lutte, et ce que je fais, je le fais simplement par devoir.

Tous les matins je me lève avec la pensée que j< vais en finir, et me retirer; et tous les matins, je reprends le harnais, j'entre dans les mille choses qt me réclament et j'oublie ma résolution.

Bien à toi,

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