‹ Les gerbes canadiennesChapitre 5 sur 32 · PREMIERE EFFUSION POETIQUE · texte numérisé non relu

PREMIERE EFFUSION POETIQUE

Ils sont passés ces jours d'ivresse Où de ses délices l'amour Berçait mon heureuse jeunesse, O jours d'un bonheur sans retour !

De l'amour qui connaît les charmes Doit garder ce trésor précieux, Hélas ! il verse bien des larmes Celui qui perd ce don des deux.

Sans lui que me fait la nature ?

Le doux printemps n'a plus de rieurs, Ni de parfums, ni de verdure, Le firmament est sans splendeurs.

Le cœur hélas! plein d'inconstance Du bonheur qu'il a SOUS la main Dédaigne la douce jouissance

El croit toujours au lendemain.

Rêve chéri de ma jeunesse Toi qui dorais mon avenir Kt me berçais avec tendresse

Tn n'es donc plus qu'un souvenir !

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N. B. — Cette petite complainte fut mise en musique, en 1865, par une charmante jeune fille nommée Maria Dubois, dont le père appartenait à une famille bien connue à Montréal ; sa mère était française. Frêle et sensitive comme une fleur, elle vivait dans l'idéal, bercée par les illusions de sa nature poétique. Elle épousa un jeune avocat, trop artiste lui-même, trop dominé par son imagination, pour exercer avec succès une profession qui exige un esprit pratique et un caractère persévérant.

Or, à cette époque, plus que maintenant encore, la musique, la poésie et les beaux-arts étaient loin de faire vivre ceux qui s'y livraient.

Un jour, le jeune couple, découragé, partit pour aller, comme tant d'autres, chercher fortune aux Etats-Unis. Mais la pauvre jeune femme mourut en chemin dans les circonstances les plus pénibles. Triste fin d'une carrière qui en d'autres temps et dans un autre milieu aurait pu être brillante et heureuse !

Ils étaient rares autrefois ceux à qui, dans notre petit monde littéraire et artistique, le culte de la poésie et des beaux-arts procurait le bonheur et les moyens de vivre honorablement. Combien furent obligés de couper les ailes qui les portaient vers l'idéal, d'éteindre les feux de leur imagination afin de se soumettre aux exigences du terre-à-terre!

Il y a progrès heureusement, notre situation intellectuelle s'améliore de jour en jour, grâce à l'ac-

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croissement de la population et de la richesse de notre province, grâce au progrès de l'instruction publique.

Avant longtemps il y aura dans notre province une classe assez nombreuse et cultivée, assez riche pour permettre à nos poètes, à nos artistes et à nos savants de vivre de leurs talents, du produit de leurs travaux.

De 1860 à 1880 on comptait, à Montréal, des musiciens et des artistes dont le talent faisait le charme de nos concerts, de nos soirées de famille. Comme le cinéma n'existait pas et que le graphophone n'était pas connu, la musique, le chant et la littérature occupaient une place importante dans nos amusements publics et privés; le piano et le violon, la Bute même, avaient de la vogue.

Le pianiste le plus populaire était Calixa Lavallée ; il jouait aussi avec succès le violon et comme compositeur il n'avait pas d'égal. Notre chant national "O Canada!" donne une idée de son talent. ( )n acclamait avec enthousiasme les voix superbes des Lefebvre, des Maillet, (les Beaudry, des Guenette, des Ivavoie et des Ducharme.

M. Maillet était avocat et père de M. Gaston

Maillet, il avait une voix de ténor dont le timbre éclatant résonnait comme une fanfare. Frédéric

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Lefebvre, avocat, lui aussi, faisait admirer la puissance d'une voix de basse peu ordinaire.

Il vient de mourir.

Vers l'an 1872, un jeune violoniste, nommé Jehin Prume, nous arrivait de Belgique où il avait fait admirer son talent artistique. C'était un beau grand garçon à l'extérieur distingué et sympathique. Il conquit en peu de temps l'estime et l'admiration, universelles et devint le favori de notre population à tel point qu'il décida de se fixer à Montréal et épousa Mlle Delvecchio, l'une des jeunes filles les plus aimables, les plus distinguées de Montréal. Elle était, elle aussi, artiste, et figurait avec éclat dans les concerts de cette époque. Elle portait le nom de Rose et c'est le cas de dire qu'elle vécut ce que vivent les roses. Elle mourut bien jeune, regrettée amèrement par la société montréalaise, qui, peu de temps avant sa mort, l'avait acclamée dans une pièce où elle avait représenté Jeanne d'Arc.

M. Prume a laissé un fils, le docteur Jehin Prume qui exerce à New-York la profession de médecin et prouve, par son zèle pour les œuvres nationales, qu'il est sincèrement canadien-français. Il publie parfois dans nos journaux des articles qui lui font honneur.

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