‹ Les Germains avant le christianismeChapitre 6 sur 26 · IU · texte numérisé non relu

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liulhon,

liod.

leodh,

liodh,

lied.

chant.

six cas, nominatif, génitif, datif, accusatif, vocatif, instrumental. Il y paraissait une parfaite régularité. Toutes les nuances de la pensée étaient représentées par autant de désinences différentes : les voyelles marquaient les genres et les nombres ; les consonnes caractérisaient les cas. Cette belle ordonnance, dérangée de bonne heure, se conserve surtout dans le gothique et le teutonique : l'anglosaxon et le Scandinave contractent déjà les terminaisons, les déplacent et les confondent. Une telle manière de décliner, que les grammairiens appellent la déclinaison forte, devait se soutenir difficilement : elle supposait des habitudes d'application et de discernement qui feraient honneur aux sociétés les plus polies (1).

(1) Voici le paradigme de la déclinaison forte dans les quatre dialectes :

Gothique. Teiitonitiue. Anglo-saxon. Scandinave. Masculin, blinds, plinter, blind, blindr, aveugle.

Féminin, blinda, plintii, blinda, blind.

Neutre, blindata, plintuz, blind, blindt.

Je donne seulement la déclinaison masculine, la plus instructive des trois. Cf. Grimm., Gramm., t. I.

Siîig. n. blind s, plint er, blind, blind r.

Gén. blind is, plint es, blind es, blind s.

Dat. blind amma, plint emu, blind um, blind um.

Ace. blind ana, plint an, blind ne, blind an.

Instr. plint u.

Plur. n. blind ai, plint è, blind e, blind ir.

Gén. blind aiïé, plint êrô, blind ra, blind ra.

Dat. blind aim, plint êm, blind um, blind um.

Ace. blind ans, plint è, blind e, blind a.

Le vocatif n'existe que dans un petit nombre de substantifs go-

Aussi la paresse des esprits avait eu recours à des procédés moins savants. La nasale n, introduite dans les désinences, altéra d'abord la consonne caractéristique ; elle finit par l'effacer. La confusion, déjà visible dans le gothique, se montre surtout dans les autres dialectes. L'anglosaxon et le Scandinave n'ont plus qu'une flexion pour tout le singulier. C'est ce que les grammairiens appellent la dédinanon faible. Elle se développe surtout dans l'allemand moderne, où, un grand nombre de noms ayant perdu toute trace des cas, il y faut suppléer par les prépositions et les articles. La mémoire se décharge, mais la langue s'appauvrit (1).

La grammaire s'attache moins au nom qu'au verbe. Elle met tout son art dans ce mot flexible, qui fait le nœud de la proposition. Le verbe gothique se prête avec une facilité remarquable aux be-

thiques. Le teulonique est le seul qui conserve le cas instrumental. Ces quatre dialectes ont le duel, mais dans le pronom personnel seulement.

(1) Paradigme de la déclinaison faible.

xon. Scandinave.

le coq.

Gotliique.

T LU tonique.

Anglo-saxon.

Scandinave.

Sing. n.

han a,

haji 0,

han a.

han i,

iiénit.

Iian ins,

han in,

lian an.

han a.

Dat.

han in,

han in.

han an.

han a.

Ace.

lian an,

lian un.

lian lin,

han a.

Plur. n.

hau ans,

han un,

han un.

han ar.

Génit.

han anê,

han ônô,

han ena.

han R.

Dat.

han ani,

han ôm,

han um,

hcBn um,

Ace.

han ans.

han un,

han an,

han a.

soins du discours. On y trouve deux voix, Tnclif et le passif; trois modes, indicatif, subjonctif, impératif; deux temps, le présent et le passé; trois personnes et trois nombres. Le point capital est la formation du piélérit, qui se fait régulièrement par le redoublement de la première syllabe du radical et pai' lecbangement de la voyelle (s/ejoa, je dors; saislep, ie dormis). Ce cbangement de voyelle s'opère de six manières différentes, d'où naissent les six conjugaisons qu'on nomme fortes. Ce système savant, compliqué, qui fait passer cbaque verbe par quarante flexions successives, exigeait une singulière netteté de prononciation, une grande délicatesse d'oreille, un prompt sentiment des rapports entre les nuances du mot et celles du sens, C était beaucoup demander à des peuples de guerriers et de pâtres : aussi voit-on la règle fléchir et le désordre prévaloir. Le gothique lui-même perd le redoublement dans le plus grand nombre de ses verbes. Les autres dialectes ne le connaissent pas ; ils n'ont conservé ni les formes du duel, ni celles du passif. L'anglo-saxon ne met plus de différence entre les trois personnes du pluriel ; des quarante flexions primitives du verbe, il n'en retient plus que douze (1).

(1) Des cinq cents verbes forts dont M. Grin m retrouve la trace dans les langues germaniques, cinquanle-sept seulement se con-

Mais le langage populaire ne rencontrait pas de difliculté plus grande que la formation du prétérit : ce fut de ce côté que l'innovation se tourna. Au lieu de modifier les voyelles des radicaux de six manières différentes, on conserva le radical invariable, en y ajoutant une terminaison uniforme {haba, j'ai; habaida^ j'eus). Cette méthode hc'ûe constitue ce qu'on appelle la conjugaison faible. Les quatre dialectes primitifs l'admettent comme une exception. Elle nç comprend d'abord que les verbes dérivés : elle s'enrichit peu à peu des autres qui échappent à l'ancienne règle, et finit par faire loi à son tour dans l'allemand moderne, où les verbes forts, réduits à cent

servent dans les quatre

dialectes :

je prends pour exemple gibat

donner.

Gothique.

Teutonique. Anglo-saxon. Scandinave.

Indicatif présent sing.

gib a.

kip u.

gif e,

gef.

gib is,

kip is,

gif est.

gef r.

gib ilh.

kip it,

gif odh.

gef r.

phtr.

gib am.

kip amas.

gif adh.

gef um.

gib ith,

kip at.

gif odh.

gef idh.

gib and.

kip ant.

gif adh,

gef a.

duel.

gib ôs.

gib als.

prétérit sing.

gnb,

kap,

gëaf.

gaf.

plur.

gèb um,

kap mnes,

, gëdfon.

gaf um.

duel.

gÔb u.

Subjonctif présent .sing.

gib au.

këp ê,

gife,

gef i.

présent sing

gèb jaù,

kàp i,

gëaf e,

g;ef i.

Impératif sing.

kip,

gif.

gef.

Infinitif

gib an,

kep an.

gif an.

gef a.

Participe présent

gib ands,

këp anler,

gif ende,

, gef andi.

passé

gib ans,

këp àner ,

gif en.

gef inn.

23i CHAPITRE IV.

soixante, ne figurent plus qu'à titre d'irréguiiers (1).

Ainsi, dans la déclinaison et dans la conjugaison, deux principes contraires se font jour : l'un est l'ancienne tradition de la langue, conservant les riches flexions des noms et des verbes, modelées avec un art infini sur toutes les formes de la pensée humaine; l'autre est l'usage, qui se débarrasse de ce luxe grammatical comme d'un héritage incommode, dépouille les mots de leurs flexions, et les remplace par des particules et des suffixes. D'un côté, il y a je ne sais quoi de vivant qui travaille au dedans des mots et qui les fléchit; de l'autre, il y a un procédé mécanique qui les prend par le dehors, et les unit par des liens plus grossiers, mais plus durables. Ce procédé devait l'emporter à la fin dans les idiomes germaniques, et y mettre un ordre nouveau. Mais, au temps dont nous nous occupons, il ne réussissait encore qu'à ébranler les rè-

(1) Voici un exemple de conjugaison faible. Il suffit d'indiquer la première personne du singulier de chaque temps pour en distinguer les caractéristiques. Haban signifie avoir.

Gothique.

Teutonique.

Anglo-saxon.

Scandinave.

Indicatif présent.

liab a,

hap êin,

bab be,

bef i.

prétérit.

hab aida,

bap ela.

haef de,

haf da.

Subjonctifprésent.

bal) au,

bap èe,

bab be,

bef i.

prétcril.

hiib nidèJjaù

, bap éti,

bœf de.

haf di.

Participe présent.

bab ands,

bap enter,

hab ende.

haf andi.

prétérit.

bab aitus,

hap êlêr,

hxl d,

haf dlir.

Infinitil

hab an,

hap an,

hab ban,

haf a.

gles anciennes. Les formes du discours n'avaient plus cette exactitude qui ne permet pas de se méprendre sur leur signification. L'incertitude des termes laissait la pensée dans le vague, par conséquent dans l'impuissance. Il y avait assurément peu de logique au fond de ces langues, peu de travail d'esprit chez les nations qui les parlaient.

Une dernière particularité grammaticale achève de peindre le caractère des hommes du Nord. Pendant que, chez les Hébreux, ce peuple de la tradition et de la prophétie, les verbes ont le passé et le futur, mais point de présent, les dialectes du Nord, au contraire, n'ont pas de futur. Quand * ils commencent à traduire des textes grecs et latins, Ils rendent le futur et le présent par le même mot : la différence des temps ne leur est pas encore sensible. Plus tard seulement, ils cherchent à l'exprimer à l'aide des auxiliaires. Ces peuples ont dans leurs conjugaisons un moyen de désigner le passé : car ils y tiennent par les souvenirs, pdr les lois, par les croyances. Ils ont le présent, comme il convient à des esprits qui vivent sous l'impression du moment et que la passion occupe tout entiers. Mais ils ne connaissent pas le futur, parce que c'est le propre des barbares de se montrer imprévoyants, et de se complaire dans celte indépendance absolue qui ne dispose jamais du lendemain.

Il reste à chercher des lumières hisloiiqiies dans l'étymologie des langues du Nord; et d'abord on remarquera l'élroite union des quatre dialectes qui viennent d être examinés. On y a trouvé le même fond de vocabulaire, les mêmes radicaux pour exprimer les premières idées de Dieu, de la société, de la nature ; on y a reconnu la même grammaire, partout les mêmes lois d'euphonie, partout deux manières de décliner les noms et de conjuguer les verbes. Rien ne démontre plus sûrement l'unité de la grande race qui couvrit l'Europe septentrionale depuis le Tanaïs jusqu'à l'Océan. En second lieu, tous ces idiomes font voir une lutte entre la tradition qui garde sur eux un reste d'empire, et le génie indiscipliné d'un peuple impatient de toute autorité, dans le langage comme dans l'action. La décadence n'est cependant pas si profonde qu'elle ne laisse apercevoir les traces d'une ancienne culture, d'une société plus régulière et plus occupée des besoins de l'intelligence. Enfin, si l'on cherche le lieu où cette culture put fleurir, les indices ne manquent point. En effet, la langue gothique montre une supériorité incontestable par la régularité de ses flexions, par l'harmonieuse composition de ses mots et par l'abondance des termes abstraits dont elle dispose. Le teutonique altère déjà ces belles qualités; elles s'obscurcissent

LES Langues. 207

surtout dans l'anglo-saxon et le Scandinave, où tout se conlraclc comme sous l'influence d'un clim;it glacé. Ainsi, en parcourant les i(!ioines germaniques, on les trouve plus riches, plus sonores, plus exacts, à mesure qu'on relourne vers le Midi et l'Orient. Lis langues des Germains, comme tous leurs souvenirs^ s'accordent pour tiacer l'itinéraire de leurs migrations, pour en reculer le départ jusqu'en Asie, et sauver ainsi les titres de leur parenté avec le reste du genre humain.

Ces premières indications se confirment.^ si l'on compare les dialectes du Nord avec la grande Camille des langues indo-européennes. C'est un fait acquis à la science par d'admirables travaux, que l'analogie profonde qui unit les idiomes germaniques, celtiques, slaves, et ceux de l'Italie, de la Perse et de l'Inde. Je n'entreprends pas de revenir sur des recherches qui ont été poussées jusqu'aux derniers détails : il me suffit d'en rappeler sommairement les conclusions.

Rien n'est plus discrédité en philologie, rien n'est moins décisif que le seul rapprochement des mots. Il y a des ressemblances fortuites qui ne prouvent rien; il y en a de partielles qui prouvent le commerce, mais non la parenté de deux nations. Cependant la comparaison devient concluante quand elle porte sur des mots que les peuples n'emprun-

lent pas ; qui forment, pour ainsi dire, le corps des langues. Comment douter encore, lorsque de longues tables scrupuleusement dressées font ressortir l'identité des radicaux sanscrits, grecs, latins, gothiques, pour les pronoms personnels, les nombres, les fonctions essentielles de l'âme, les organes du corps, les liens de famille, les spectacles journaliers de la terre et du ciel? Le rapprochement jette une lumière encore plus vive si un mot, indécomposable dans les langues dérivées, trouve en sanscrit ses racines, et par conséquent son explication. C'est ainsi que la langue sacré des Indiens rend raison, comme on l'a vu, du nom que les peuples du Nord donnent à la Divinité. Ainsi encore le latin vichia et le gothique vidovo, veuve, se décomposent et s'expliquent dans le sanscrit vidâva {vi, privatif; dâva, époux), sans époux (1).

(1) Voici le tableau des noms de nombres cardinaux :

Sanscrit.

Latin.

Gothique.

Teulonique.

Anglo-saxon.

Scandina

cka,

unus,

ains.

einer.

an.

einn.

dva,

duo,

tvai,

zvcne,

tvegen,

tveir.

tri.

très,

threis.

dii,

tliri,

trir.

tchatour,

quatuor,

fidvor,

fîor,

fëover,

liorir.

panlchan,

quinque.

tjinf,

vinf,

fif.

finim.

chacl).

sei.

uiitu,

sëlis,

six.

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