‹ Les gestations dites prolongéesChapitre 3 sur 26 · A MON PRÉSIDENT DE THÈSE · texte numérisé non relu

A MON PRÉSIDENT DE THÈSE

MowSIEUR LE PROFESSEUR VORON Professeur de Clinique Obstétricale

Qui nous a fait le grand honneur d'accepter la présidence de cette thèse, nous adressons nos hommages respectueux et nos sincères remerciements.

À MoxsIEUR LE PROFESSEUR AGRÉGÉ RHENTER

Chevalier de la Légion d'Honneur

Qui nous a inspiré ce travail, avec notre gralitude pour les conseils qu'il nous a donnés et l'intérêt qu'il a bien voulu nous porter.

A MonSsIEUR LE PROFESSEUR AGRÉGÉ MAZEL

Témoignage de notre vive reconnaissance pour l’aide qu'il nous a apporté au cours de ce travail.

A mes Maitres Crvizs ET MILITAIRES WU LA LA e DES FACULTÉS DE MÉDEGINE DE PARIS ET DE LYoN

Introduction

La grossesse prolongée existe-t-elle ?

Cette question a donné lieu à des controverses nombreuses sans que, jusqu'ici, l'accord paraisse s'être fait.

Il nous a semblé intéressant de confronter les opinions des divers auteurs, anciens et modernes, puis de rechercher si nous possédons, à l’heure actuelle, des éléments nous permettant d'être plus affirmatifs.

L'intérêt de cette question est double : scientifique et social. Scientifique, car le problème de la durée de la grossesse reste toujours sans solution précise ; social, car l’article 315 du Code Napoléon, disant : « La légitimité de l’enfant né 300 jours après la dissolution du mariage pourra être contestée », pourrait être faillible et source d’injustice, et aller à l'encontre du dessein du législateur, en risquant de faire déclarer illégitime un enfant né après ce terme, bien que celui-ci pût parfaitement être légitime dans certains cas.

L'étude de quelques observations et d’une statistique va nous permettre d'envisager dans ce travail la

possibilité de pareils faits.

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Historique

Dès l'antiquité, le problème de la durée de la grossesse a été soulevé, du moins pour l'espèce humaine, car l’invariabilité de l’époque de la naissance des animaux vivipares était admise comme un axioine.

Pour Hippocrate, le terme le plus long est entre le 10° et le 11° mois lunaire.

Aristote admet des naissances au début du 11° mois.

Soranus d'Ephèse pense que les accouchements peuvent se produire au 10° mois.

Galien déclare qu'il n’y a pas de terme précis, ni pour la formation, ni pour la naissance.

Ambroise Paré pense qu'il n’y a pas de terme fixe pour la naïssance de l’homme.

Laurent-Joubert, Harvey, Mauriceau, Lamotte sont partisans des accouchements tardifs.

L'incertitude des hommes de science était cause de procès extravagants qui aboutissaient à des conclusions souvent contradictoires. Les Facultés de Leipzig, en 1638, de Giessen, en 1688, admettent 12 mois ; celle de Ingolstadt un an et 8 jours ; celle de Halle, 13 mois.

Daniel Semert rapporte qu'une femme de Wittem-

berg, en 1632, étant au 11° mois de sa grossesse, on

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entendit distinctement les vagissements du fœtus dans le sein de sa mère qui accoucha au 12° mois (claro vagitus in utero materno). Le Parlement de Paris légitima un prince de la Maison de Bourbon-Condé qui naquit 11 mois après la mort de son père.

Petit recueillit l'observation d’une grossesse de trois ans, attestée par un notaire et deux chirurgiens.

En 1763, un procès, qui est resté célèbre, s'éleva au sujet d’un enfant né 320 jours après la mort du mari, et qui opposa Petit et Lebas, partisans de la légitimité, à Louis et Bouvard. L'illégitimité fut reconnue par le Parlement de Rennes.

En 1772, un autre procès s’éleva à propos d'une grossesse ayant duré 11 mois et un jour. L'enfant fut d’abord déclaré illégitime, puis ses droits furent reconnus par le Parlement de Rouen, en 1779, après enquête sur la moralité de la mère.

Au xix° siècle, le Code civil tranche la question, du point de vue juridique, en fixant le terme de la grossesse à 300 jours, suivant l’avis du Premier Consul, alors que Foucroy n'avait proposé que 286 jours. Le but de la loi était d’anéantir tous les procès de ce genre, dans lesquels le scandale tenait une trop large place, puisqu'il s'agissait d'apprécier la moralité de la mère. Mais cela n'arrêta point les discussions médicales.

Cazeaux dit que l'accouchement peut se faire, mais rarement, après le 10° mois révolu.

Depaul déclare que la grossesse ne dépasse pas 270 jours, à moins qu'un obstacle naturel ne s'oppose à l'accouchement.

Stoltz n'admet pas non plus la prolongation de la gestation. Cependant, un de ses élèves, Feltz, déclare

qu'on ne peut mettre en doute la réalité des grossesses qui vont au delà de 300 jours.

Gaston, dans sa thèse, déclare que la durée de la gestation est variable, mais rejette les grossesses prolongées, comme le fait aussi Schmit, l’année suivante.

Puis Muller, Villard, Estachy, Voituriez, Marcopoulos, Cazalis, dans leurs différents travaux, déclarent que la grossesse prolongée n'existe pas, en dehors de la rétention ou des dystocies. Tarnier, Chantreuil expriment la même opinion.

Noury considère la grossesse prolongée comme possible.

Sellet, qui publie dans sa thèse 409 observations de grossesse qui ont duré plus de 300 jours, conclut que la prolongation de la gestation est impossible et propose de remplacer le terme de grossesse prolongée par celui de gestation retardée.

Flandre, reprenant la question en 1925, conclut en disant que la gestation retardée pouvant être difficilement admise, il semble bien qu'il s'agisse, dans ces cas, de grossesses prolongées.

Nous ne prétendons pas donner à cette question une solution définitive, alors que tant d'excellents auteurs l'ont essayé sans y parvenir, et nous estimerons simplement n'avoir pas travaillé en vain, si nous pouvons verser au débat quelques faits nouveaux et bien contrôlés.

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