BATAILLE DL COL DE TERRAXERA
e lendemain, au chant de l'alouetle, Joll're donna le signal de l'attaque. Le jour était beau et clair, et des 5 monts neigeux du Capcir soufflait un vent de tramoiilana irais et léger qui dilatait la poitrine et fortifiait le cœur. Le choc lut terrible : les deux armées se heurtèrent avec l'impétuosité des torrents qui se précipitent du Canigou. Les zagayes des Sarrasins siillaient dans l'air et portaient la mort dans les rangs des Chrétiens, mais les traits, les lances et les épées des Chrétiens n'étaient pas moins unnutriers: les Sarrasins tombaient de cheval comme des plongeurs, el aussitôt les soldals-bùcherons de .loirie leur fendaient le crâne d'où la cervelle sautai l en éclats.
Cependant la ruée ennemie allait gran(hssant. Par ordre de Joffre les trompettes sonnèrent la retraite afin d'attirer l'armée de l'émir dans la vallée de liiulagès, oii étaient postées les réserves d'infanterie et de cavalerie, et l'obliger ainsi à franchir les collines couvertes de genêts, de chénes-kermès et de genièvres ram|)antK, qui devaient arrêter les chevaux africains et entraver leurs pieds comme <les filets.
.\j)rés un moment d'arrêt, la lutte reprit, violcnic, achainée. Vers le soir, les Chrétiens, accablés par le nonibrc, coniuicn- ^•aient ù céder le terrain. I()rs(|iriiii terrible tiiniiilte cl de l.inien-
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lablcs clanicuis s'élevèrent du côté de ('orl)ère cl d'Ille, sur les derrières de rariuée sarrasine : c'élaieul les intré))ides monla- «^nards catalans (jui, après une pénible journée de marche, s'étaient rejoints et se jetaient sui" le camp où les Mahoinélans avaient amoncelé les immenses richesses pillées en Xarhonnais et en Roussillon.
Alors vous auriez pu voii- une épouvantable mêlée, et les soldais de .lonVc d'Arria firent un carna<,'e si horrible (jue ce fut merveille. Sur le Iront de bataille j)iincii)al, où la lutte avait été très oj)iniàlie, enlie Domanova et Hodès, la frayeur et le désordre se mirent dans les ran^^s des Sarrasins, (pii lurent fauchés comme des épis de blé. Que vous dirai-je? Leurs cadavres ensanglantés s'entassaient les uns sur les autres, et. dans la gorge où coule la Tet, ils étaient si nombreux qu'ils faisaient barrage au Ilot (le la rivière. Dieu seul put compter le nombie des morts *;t des blessés.
Telle fui la balaillc du col de Terranera qui, conuiiencée au soleil levant, diua juscpi'au soleil couchant. Le souvenir en resta jirofondémcnt gravé dans la mémoire des habitants du pays qui appelèrent Pont dcls Serrahiiis un j)ont construit |)lus tard dans la goige do Hodès ; les ruines ([ui en subsistent ne sont pas autrement désignées encore aujourd'hui. '
' L'ilistorien (ieroninio Pnjadcs. au livre vm, rii. 8 de sa Crnnica nnirersal (IpI I'i iiH-ifindri (Ir ('(italiiiui, inciitionne cotlo t)ataiIlo sur la foi du P. Poch, de l'OrdriMlr Saiul l)oniini(|U(' ; il pense que le mol Trrrnnera vicnl do Irrrendn. comporlanl l'idée d' « effroi », de « terreur ». (^elle étymotoKic est évidcuirnenl fausse et enfantine, mais elle nnuitre à f|ucl point fut frappée l'imaRinnlioD des contemporains ; la traditifin a r)rol)al)lemenf exapéré et embelli, mais elle n'a pas complètement invente Ouant au mot ratalan Terra nera il est tiré du latin Irrrn niurn. qui indique la couleur « noire» du « terrain ». Trrranern, qui a un sens, est devenu Ti'rnh(\ qui n'en a aucun, ici du moins.