LA VEILLE DE LA BATAILLE ; ALLOCATION DE JOEERE D'ARRIA A SES SOLDATS
es Sarrasins connaissaient nalurellenienl la présence de l'armée des (chrétiens derrière les collines quecou|)e le i CaA de Terranera, mais ils faisaient peu de cas de JolîVe el de ses soldats, croyant les j)rendre facilement à la main. Ce pendant Joffre leur préparait une surprise qui devait leur être fatale : en tacticien habile et connaissant parfaitement le terrain, le chef catalan avait détaché du gros de son armée, sur sa droite et sur sa gauche, deux fortes colonnes composées de piétons choisis parmi les plus intrépides montagnards, ancêtres de ces redoutables '( Micpielets » qu\ restèrent toujouis invincibles; excellents pour les embuscades et les couj)s de main, ils gravissaient les rochers avec une agilité inconcevable et se portaient |)artout avec tant de légèreté et de promptitude qu'ils j)araissaient se multiplier, toujours insaisissables ; ils étaient Mimés ïl'épées droites à deux lianchants el de haches à manche court dont ils Mi servaient pour s'ouvrir un passage à travers les boistaillis et pour fendre les crânes des ennemis pendant la bataille. Après avoir fait un grand circuit, les deux troupes avaient ordre
22 LKS GESTES OE .lOEFHE d'aRRIA
(le se lojoiiulre cl loinbcr à riinj)iovisle sur les derrières de rarnu'c sarrasine.
I^n allciulaiil, .lollVt' d'Ania, inonlé sur sou grand destrier d'I^spagne, allait liai'anguaut ses gens de bataillon à bataillon, et leur disait de belles ])aroles ap|Mopriées à la circonstance ; il leur disait entre aulies eboses :
« Il serait bien désbonorant j)our notre i)ays (pie nous prissions la fuite devant ces cbiens. Nous allons leur livrer bataille, et il laut (jue de celte bataille vienne grand profit à la Catalogne et à la ('Jirétienlé ; rappelc/.-vous le |)ouvoir de Dieu et de Madame Sainte-Maiie. et aussi l'iioiuieur de nos valeureux ancêtres. Nous sommes résolus de vaincre ou de mourir; mieux vaut avoir la tète trancbèe (pie de reculer. Mette/.-vous bien dans l'esprit (pie si cbacun de vous ne fait pas ainsi, nous sommes tous morts ou caj)tifs, et le même sort attend vos femmes et vos enfants. Au nom de la C.atalogne et de nos ancêtres, je vous pi'ie et vous re([uiers de fèiir sus. »
b.t tous crièrent : « Que le seigneur Dieu nous vienne en aide l ferons, ferons, certainement ils seront à nous ! ^ »
' Les Catalans march(>rent toujours contre les Sarrasins au cri de : « Firam, liraiu, nue InlsKuran nnslrex ! n On s'en assurera en parcourant la célôhre Clirnnifiiie de Ramon Muulaner. Ce cri correspond exaclenienl à criui que poussaient nos soldais fdmanl sur les Allemands : « Nous les aurons », « On les aura ! »