‹ Les gestes ensemble la vie du preulx chevalier BayardChapitre 2 sur 13 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

au nombre des récits chevaleresques publiés dans la Nouvelle Bibliothèque Bleue.

Quant à son auteur, le Lyonnais Symphorien Champier, on sait qu'il avait épousé une Terrait, nièce de l'abbé d'Ainay et cousine de Bayard.

Pour la vie et l'œuvre si considérable de Champier, nous renvoyons le lecteur curieux à /'Etude biographique et bibliographique sur Symphorien Champier par C. Allut. L,yon, 185c.

EN ce présent volume sont contenus .vi. livres.

Le premier est de quattre singularités du Daulphiné et la description d'icelluy contenant six chapitres.

lyC second, des combatz que le noble Bayard eust au reaulme de Naples, Gennes et Milan, comprenant toutes les batailles et gestes qu'il fist soulz le très chrestien roy Loys douziesme de ce nom, contenant .xi. chapitres.

Le tiers contient les gestes du preulx Bayard lesquelles il fist soulz le très chrestien roy Françoys premier de ce nom jusques à la

mort dudict Bavard, contenant sept chapitres.

lye quart livre contient les louanges et comparaisons du preulx Bayard comparé à troys gentilz, troys Juifz, troys clirestiens, contenant neuf chapitres.

Le cinquiesme contient la nature, nativité, et les meurs dudict Bayard, avec les pérégrinations, proverbes et dictz moraux dudict Bayard, contenant cinq chapitres.

Le siziesme contient les complaincts, oraysons, lamentations, épitaphes, sur la mort dudict seigneur Bayard, comprenant quatre chapitres.

Epi\tre prohemiale.

A révérend père en Dieu Monseigneur I^aurent des Alemans, seigneur et evesque de Grenoble, Symphorien Champier salut.

Nul vice, en ce monde terrien, révérend père en Dieu et mon très honoré seigneur, n'est plus detestabe et énorme envers Dieu €t les humains que est le péché d'ingratitude, comme celluy qui est le tronc et la racine de tous les aultres. Car Dieu, en son

grand jugement reprendra et accusera les pécheurs plus de ingratitude que de nul autre péché. A ceste cause, révérend père, affin que je ne soys noté du vice dessusdict, pource que mes encestres sont descendus du noble pa3^s du Daulphiné, je te faictz présent de la lecture et de l'hystoire et gestes du noble chevalier Bayard, ton cousin germain, comme à celluy qui est et qui doibz estre, pour fouyr le vice d'ingratitude, deffendeur et protecteur de ce présent livre, et comme à celluy qui es successeur de celluy qui a esté la cause première que le noble chevalier Bayard a faict plusieurs nobles actes dignes de très grande commendation et louange. C'est de feu ton oncle et le sien, révérend père en Dieu, monseigneur Laurens des Alemans, ton prédécesseur evesque de Grenoble, lequel vous deulz a nourry, et est la cause première que estes venus à très grans honneurs. Et a esté la cause pourquoy me suis enhardy et entremeslé de mettre la main à escripre en ceste nostre langue françoyse, car, si bien il en souvient à ta debonnayreté et haulte magnificence, quant fus

logé en ma maysoii à Lyon, tu me donnas grand couraige et eûhortas de mettre la main à la plume. Et au moyen de la tienne persuasion et de monsieur le président du Daulphiné Falco Daureliat ce que je creu de legier à cause de l'estimacion que j'avoye du noble chevalier ton feu cousin Bayard, aussi de la doctrine et vertu, et de la réputation que je eus présentement, te voyant ensemble avec tes cousins, frères du feu noble Bayard, révérend père en Dieu Philippe Terrail, evesque de Glandes ve, et monsieur Jaques Tereail, seigneur de Sainct Martin de Chartres, abbé de Josaphat, et aultres nobles du Daulphiné, comme ton chier et unique frère Monsieur le capitayne Charles des Alemans, seigneur de Laval et aultres plusieurs des parens et alliés du noble chevalier Bayard. Or doncques très clerc prélat, je prie à ta courtoysie naturelle que veu et entendu que tout tel que je suis en nostre langue moderne, ta haulte prudence me défende contre tous détracteurs, si aulcuns en y a (ce que je ne cro5^s pas). Car le noble chevalier du quel j'ay icy escript les gestes ne

fust jamais liay de homme de France ny de aultre province. Et son histoyre declaire assez l'affection qu'il a eue toujours au bien public de la nation de France. Ainsi comme aultrefoys tant ay declayré en mon livre intitulé le triumplie de France, tant en latin que en langue gallicaine lesquels triumphes et euvres sont eschappées des boutiques des Imprimeurs tant à Paris comme à Lyon, assez mal corrigées ; à ceste cause, révérend père, je te supplie par la vraye amour que tu peulx avoir à ta lignée et à ton sang, que veuille ceste pre sente histoyre des gestes de ton chier cousin le noble Bayard fayre bouter sur les formes impressoyres. Et si à ce ne te peult esmouvoir ta lignée et consanguinité, à ce te vueille esmouvoir l'honneur de ton pays et la bonne doctrine et exemple du noble chevalier Bayard, pour monstrer à tes subjectz comme jeusnes gentils hommes doibvent inviter et ensuyvre en vertus et choses illustres et dignes de commendation le noble capitayne Bayard, lequel a esté le myrouer et exemple de toute chevalerie. Parquoy tous nobles cueurs qui vouidront

BAYARD l5

cueillir fruipt ou fioriture dedans ce jardin du noble Bayard remply et illustré des gestes singuliers, seront bien si humains que ils en rendront grâce a celluy qui est cause que il est ainsi cultivé, en extirpant d'icelluy toutes erreurs et scabrosités qui le pourroient rendre stérile. Et à tant fine icy mon epi^tre, laquelle nous servira de prologue. Et à toy, révérend père en Dieu, donne le premier moteur et créateur de toutes choses, toute et expectible félicité et bien heureuse vie.

Escript à I^yon ce .xv. jour de septembre l'an de grâce mille .cccccxxv.

"î VIS

Epistre envoyée à noble et preulx chevalier

lieutenant du Daulphiné

et de Monseigneur le duc de Lorrayne

Capitaine Bayard.

Preulx, triumphant, vertueulx champion Second Hector, et l'aultre Scipion, Fouldre de guerre et marcial oraige, Imitateur Hannybal de Carthaige, Trosne d'honneur, tabernacle de gloire, Char triumphant ordonné pour victoyre.

Qui de tes mains d'ardeur aigre eschaufifées, As acquis de Mars les triumphans trophées, En rapportant ton bras dextre et haulsaire Rougi du sang de l'Espaigne adversaire.

Grand personnier des labeurs d'Hercules Imitateur des gestes d'Achilles, Salut te rend celluy qui congnoit bien Pour vérité orres quant et combien En as donné par ta force et vaillance Habondamment au bien public de France.

Que pleust à Dieu que à ton loz immortel

-Me fust possible en ordonner ung tel

Au moyns que eusse assés propre escriptoire

Pour rédiger tes faicts en inventoire

Impossible est dont j'ai douleur amère

Car à Hector il convient un Homère

Et à César des triumphants le guyde,

Les clercz espritz de Vergile ou d'Ovide.

A Bayard, quoy ? Unjf Dan, un maiêtre Alain

Ung Jean de Mehung, ung George Chastellain

Pour l'abrever en claires eaulx dififuzes.

Au beau pourpris d'Apollo et des nimphes

Et s'il ne fault supplier leur absence.

Bien humblement veult prier ta clémence

Que pour desdaing ne mesle en non challoir

Le mien escript fondé sur bon voulpir.

Lequel tout seul, si ta lettre ne f ault

Peut excuser de pouvoir le defïault

Et toutes foys, pour cela je ne tache

De ma plumette ordonner un pannaige,

Pour illustrer le heaulme tymbré

De toy qui es en tous lieulx célébré

Car renommée en ton florissant eaige

T'en devisa ung de son beau pannaige

Qui soit ainsi du temps du roy Alphonce

En ung champ cloz, desconfiz don Alonce

Puis peu après, au pont de Garillan

En la duché de Gennes et Millan,

Tu te montras aultant qu'il est possible

En tous combas et assaulx invincible

Et, qui plus fait foy de ta hardiesse,

C'est ton exploit à la prinse de Bresse

Où maulgré tout Bressiens et souldars d'elle

Premier entras dedans leur citadelle

Et si avoient tout prouvé par tesmoingtz

J'en sçays en main cent sufïisans du moins

Bien il suffit d'alléguer ceste foys

Le preulx Gaston vray conte de Foix,

Charles d'Amboise ou, pour le faire court,

Monstra Allègre, Auligny, Imbercourt,

Pourtant entend nation espaignolle

Ne couche plus en jeuz cette paroUe

Disant que France aux belliqueulx azars

A trop grisons et bien peu de Bayards

Car il vault mieulx, pour conclure ce point

En avoir peu que de n'en avoir poinct.

Ung seul Bayard Françoys à la campaigne

A rué jutz les grands genetz d'Espaigne

Et conquesté les bardes et despouille

De tes coursiers de Calabre et de Pouille

C'est le Bayard tout bardé de prouesse

Au beau devys et blason de noblesse

Que tu as veu fera en tes espanades

Ung milion de saulx et de ruades

C'est le Bayard au combat bannissant

Aulx clers clerons d'honneur bien bondissant

BAÏARD 2

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yw

Dessus lequel oncques la main hostille

Ne sceust asseoir ne donner coup d'estrille

Je dys ta main ne toute ta puyssance

Ne ta faincture et meschante aliance

Comme on a veu en diverses manières

Depuis un peu au siège de Mezières

Oui ont valu tes dards, tes étendards

Ton grant picard P'rancisque et leurs soudards

La fouîdroyante et forte baterie

De la puissante et grosse artillerie,

Dis hardiment tu es à la rebresche

N'avois tu pas pour entrer belle bresche

Te failloit-il pour fouyr ton devys

Portes ouvrir, ou baisser pont levys,

Gracion plus que aultre fraudule

Le seul Bayard ta faicte mainte leute

Et font fouyr par plaines et montaignes

Avec toy mains grans roussins d'AUemaigne

Dont l'ung d'eulx prinz cache en una buysson

Est à Patis, apprenant sa leçon

Que s'en suyt il de ce heur tant notoyre

Sinon donner à Dieu du tout la gloyre

Qui a assiz ung si vertueulx cueur

Dedans ton corps magnanime et vainqueur

Qu'as exposé si et en toutes pars

Tout des premiers pour servir de rempars

Fortifiant et gardant de souffrance,

Toujours l'honneur et bien public de France.

O noble cueur de triumphe paré

Cueur valeureux de force remparé,

O grant ressouer de tout honneur bellicque

Fort Castillon de la chose publicque.

Où est celluy qui deuvre supernelle

Erigera en memoyre éternelle

A ce triumphant ou bien colompne antique

Pour faire foi de ta gloire autentique

Il n'en est point, aussi est-il duisible

Qu'elle soit mise en chose corruptible

Ains pour le mieulx à grans charges et sommes,

Perpétuée à la bouche des hommes

— C'est le baston, l'appuy, le loyer, le salaire

Que doibt quérir un cueur de noble affaire

BAYARD ig

— L'appuy de gentille noblesse

Le bon estât de noble gentillesse

Dont bon renom qui seul en a la charge

A ja pour toy faict lever la descharge

En tous endroitz si très bien calculée

Qu'el ne peust estre à jamais reculée

Et sur ce poinct je feray fin et pause

Très humblement te priant que la clause

Qui m'a induict ceste espitre entreprendre

Soit le moyen qu'en gré la puisse prendre

C'est la vertu à qui est chose juste

Que tout on rende ainsi que dit Saluste

Ce que je foys comme s'il qu'il vouldroit

Mieulx te monstroy qu'il a sueur à bon droict

Et est suhscript.

Lettres allés sans qu'esguillon vous touche De bien parler avés façon et art Présentés vous au seigneur de Bayard Le chevalier sans peur et sans reproche.

Aul^re espiée.

A Monsieur Merlin de Sainct Gelays, aulmosnier de Monseigneur le Daulphin, Symphorien Champier salut.

lye tesmoignaige du temps passé, la lumière de vérité, le messagier des antiquités, la vie de memoyre que maintenant on appelle histoyre, les anciens ont préféré devant tous aultres genres d'escripture et ont dit estre utile et très necessayre aux hommes pource qu'elle nous demonstre comme debVons vivre et ce que debvons ensuyvre, et pareillement fouyr, et comme noz opérations par bons moyens se doibvent diriger en vertu tout ce que nous monstrent histoyres apertement et pour exemples. Car tout demeureroyt en ténèbres, si la lumière des histoyres n'estoit et ne demonstroyt les choses passées. Et comme dient les anciens, il n'est pas plus de honneur aulx victorieulx que aux scripteurs et historyens des victoyres, et n'est pas moins à louer Homère,

descripvaiit les gestes troyennes que Hector ou Achilles qui d'icelles ont esté la gloyre. Si histoyre n'eust esté trouve, les hommes ne parleroient que des choses de leur temps seulement, A toy donc, chier amy Merlyn, ay voulu ceète histoyre envoyer, pource que elle est d'ung preulx entre tous les aultres qui ont esté au pays de monseigneur le Daulphin, au service duquel tu es ordinayrement et des plus familiers. Et d'aultant que monseigneur le Daulphin est filz du premier filz de l'Eglise aisné, n'est de merveilles si en son pays du Daulphiné est né ung des plus chevaleureulx qui aye esté de son temps. Car ainsi que le Daulphin est le plus noble poysson et beau, bening et de doulce nature qui soyt en la mer, ainsy monseigneur le daulphin est entre tous jeunes princes très noble, beau, bening et de nature courtoyse. Et veu qu'il est ainsy d'aultant que son père a voulu prendre l'ordre de chevalerie par les mains du feu noble Bayard, à plus forte raison vouldra mon dit seigneur prendre récréation aux gestes et histoyres du preulx Bayard, lequel a prins nais-

sance au pays dont il est souverain seigneur et du quel il porte le tiltre. Et tu scés assés comme les gestes en ceste histoyre contenues peuvent donner exemples à tous jeunes chevaliers qui veulent armes pourter. Lucius Luculus, lequel escri^t en grec les batailles de Marsus, par la seule congnoissance des histoyres non seulement delaicte l'entendement de l'homme, mais aussy est utile à tous humains pour la congnoissance des choses passées, par laquelle plusieurs foysles jeunes sont réputés plus saiges que aulcuns anciens, et ce est par la seule lecture des histoyres. Si, en ceste histoyre, je recite aulcunes infortunes que les Françoys ont eues de nostre temps, pour ce n'en doibs estre reprins. Car ung vray historien doibt escripre aussi tost les infortunes et adversités comme les prospérités. Et n'est pas moins à louer Titus lyivius, Romain, de ce qu'il a escript comme Romme fuât prinse et bruslée par ceux de Gaule dicte maintenant France, que quant il descript le triumphe de Paulus Emilius lequel il eust des Macédoniens, ou quant il descript les vie-

toyres de Scipion' Aphricain. La nature des historiens est d'escripre prospérité et adversité ensemble. Xenophon, très grand philosophe, quand il descript la destruction de Athènes et la famine d'icelle, cite triste et doulent et avec larmes descript ; mais non obstant, pource que il estimo3^t éstre utile à la postérité, ne délaissa à ce fa3^re. Doncque's, mon am}^ Merlin, je te prie, vueille excuser les faultes de ce petit livre, (si aulcunes en y a) et si ne sont escriptes en vraye rethoricque françoyse comme les epistres de Ovide, translatées, de latin, en. nos • tre langue galhcaine par feu ton oncle, evesque d'Angbleâme. Je t^ ay bien voulu ceste epistre envoyer pour te donner à congnoistre que à celle foys que tu fus.t^ en ma maison à Lyon, avec plusieurs aultres docteurs et litterés entre tous aultres, me pleust ton éloquence et adorné langaige. Vueilles doncques recongnoistre l'amour de moy envers toy et iaiçtz qu'elle soyt réciproque, et soyt juge de noz labeurs. Et à tant, prie celluy que la terre par sa providence colloquast au centre du monde qu'il

luy plaise donner vie longue à monseigneur le Daulphin Françoys duquel es serviteur ordinayre, et à messeigneurs ses frères et à toy ensemble vie en longueur Nestorienne et Davidique en meurs et dévotion.

^ Description du Dauïphiné.

^ Les gestes ensemble la vie du noble chevalier Bavard comprenant plusieurs victoyres des roys de France Charles VIII, Loys XI et Françoys premier de ce nom soubz lesquelz il a vescu. Composées par messire Symphorien Champier, docteur chevalier et seigneur de la Faverge. Chapitre premier.

DAuivPHiNÉ est une province des Allobroges, lesquelz Allobroges, comme de^cri^t Berose Chaldée, pript son nom de Allobrox, roy qui premièrement régna en ce pays. Et les principalles cités dicelle région, comme dientles cosmographes, et les plus illustres, sont Vienne sur le fleuve du Rhosne, Grenoble, laquelle fut dicte de Gracien l'empereur, Genefve, sur

le lac, Valence sur le Rhosne, dicte à Valentinian, l'empereur, et la dernière, Avignon. Les provinces nomme Juvenal en sa première satire, et Saluste en son histoyre de Cathiline, et Plautus en une epistre laquelle se commence Nunquam me Hercule... Entre toutes les provinces des AUobroges, le Daulphiné est la principalle, dont Vienne est la capitalle. Laquelle pour le présent est archevescliie et metropolitayne. Et se dict l'arcevesque primax primatum. Ceste province est dicte et nommée Daulphiné, au Daulphin qui est un^ poysson de la mer le plus noble, bening, doulx, familier, et misericordieulx qui soyt entre tous les poissons. Car ainsi que recitent Mécénat Flavianus et Flavius Alphius, Pline et Aulus Gelieus au temjDS de Auguste César, le filz d'un pauvre homme lequel apprenoit la langue latine en ung lieu appelé Puteolos, lequel filz souvent estoit porté par le Daulphin sur la mer jusque à Puteole, oii il faisoit son estude et duroit plusieurs ans ainsi faisant. Et une aultre foys auprès d'une cité de Affrique, nommée Hyppone, dont fust

evesque sainct Augustin, estoit ung daulphin au rivaige de la mer, lequel prenoit le pain de la main des hommes. Et Getide, ainsi que recite Pline en une cité des Rhodiens nommée la Ivise eust ungenfant nommé Hermias lequel par long temps fust porté par le Daulphin sur mer, et par luy nourry long temps, et puys par une tempeste et orage de mer fut gecté sur terre. Et ung tel exemple le cite le filz de la fille de Aristote, Theophraste en ung lieu maritime nommé Naupactes, lesquelz exemples et histoyres nous demonstrent le Daulphin estre le poisson de mer le plus noble et charitable, si ce peult dire sans represhension piteable de tous aultres poissons. Et par ^ ^i\

vraye similitude et transcription semblable, ^d.^ pouvons dire le Daulphiné estre terre noble, r^^^'^ domestique, laquelle produist les gens les plus "] humbles, courtoys, nobles, domesticques, pitea^ 1 blés, humains, hardys et preulx en guerre, en ' paix charitables que gens ny nations qui soyent entre les Allobroges et Gaules. De l'antiquité et origine du Daulphiné, je me desporte pour le présent, car Mirsilus hystorien antique

en a très amplement escript, lequel escript les gestes antiques de ceulx du Dauphiné qui furent devant que Deucalion les chassa de la région de Thessalie, comme recite Dionysius Alicarnaceus en son premier livre. De ces Daulphins venant de Thessalie fut ediffié et construit le chasteau Daulphin, situé aulx montaignes du Daulphiné, duquel print le nom la pluspart des AUobroges et la plus noble partie, dict le Daulphiné. De ceste noble province sont sortis par origine plusieurs nobles hommes tant aulx armes que en toutes doctrines, dont pour le présent, je m'en déporte.

^ Des quatre singularités du Daulphiné. j ^:) P^

lyC très chrestien roy I^oys unzieème de ce nom, du temps qu'il estoit demeurant au Daulphiné, avant son couronnement, du Daulphiné d'où il estoit seigneur, disoit que en son pays du Daulphiné avoit quatre choses singulières, lesquelles n'estoient semblables en nul lieu du monde. I^a première singularité e;stoit la fontaine qui brusle, c'est une fontaine ardente, laquelle est située entre la cité de Grenoble et la cité de Dye, de laquelle parle sainct Augustin au .vii. chapitre du .xxi. livre de la cité de Dieu, disant ainsi : Illum quidem fontem non inveni quem in Epiro vidisse se discerent, sed qui in Gallia

similem noscent non longe a Gratianopoli civitate, ubi faces extinguntur ardentes et ascendentur extincte. C'est-à-dire : « Je n'ay pas trouvé gens qui dient avoir veu la fontaine en Epire laquelle on dict que les torches allumées sont exteinctes, et ceux qui ne sont pas allumées se allument, mais bien une telle avons ouy par certains estre en Gaule au près d'une cité nommée Grenoble.» Ce sont les propres parolles de sainct Augustin. Ceste fontaine, à la toucher, est froide et si on boute dedans de la paille ou chandelle, elle se allume comme si elle estoit flambée de feu. Et ce, de la première singularité, de laquelle me déporte pour le présent, pource que ung jeusne et docte docteur, nommé maistre Hieraulme de Montuis en a très bien traicté et physicalement parlé par quatre probleumes, lesquelz il a depuis commanté et très scientifiquement declairé.

^ De la seconde singularité du Daulphiné,

Description de la tour sans venin.

I<a seconde singularité du noble pays du Daulphiné est la tour sans venin sur près dudict Grenoble environ le milieu de la montagne, de la rivière de l'Isère et du Drapt. En

laquelle beste venimeuse ne peult vivre, car incontinant que l'on l'a boutée dedans, elle meurt. Cette tour, comme aulcuns l'ont voulu interpréter, signifie que en icelle province, gens traistres ny intoxicateurs, empoysonneurs, caulx, plains de vendications etfaulcetés communément ne peuvent régner en celle région, pource que la noblesse du pays ne peult souffrir telles gens régner en leur province. Et si par avanture audict pays a mauvais juges ou gens de rapine, tant en judicature que entre les nobles, toute la noblesse se joinct ensemble et demonstre le maléfice d'iceulx, parquoy leur parlement ou justice est à ce contrainct à rendre à ung cliescun ce qui luy apartient. Et pource on dit par commun langaige en France que il n'y a noblesse que du Daulphiné, à cause que il n'y a gentil homme ny riche ny pouvre qui, à ung affaire du pays, ne soit prest aulx armes quand la nécessité y est.

*f[ La tierce singularité du Daulphiné.

UANT à la tierce singularité du Daulphiné, laquelle du temps du dict roy lyoys unziesme, estoit vraye singularité, c'est la montaigne inascensible, là où jamais homme n'avoit de ce temps monté, laquelle fust faicte ascensible du temps du bon roy Charles VIII. Car on voyaige premier dudict roy Charles de Naples, ung I^orrain, dict le capitayne don Ju-

lien, lequel toute sa vie avoit esté ingenieulx et aussi alchimiste la ou l'on ne acquer pas grant richesses comme est de cou^tume, car de air et de fumée on ne peult faire or ny argent. L^e dict don Julien par son engin et subtilité fist faire engins et crochetz lesquelz on boutoit dedans les roches, et tant fist qu'il monta dessus la montaigne, et après aulcuns des plus hardis montèrent après luy et ne se fault esbahyr si don Julien I^orrain trouvoit moyen de ce fayre, car entre toutes les nations que l'on sache, n'y a gens si ingenieulx que lyorreins, lesquelz Lorreins ont trouvé l'invention de faire mirouers de verre, en oultre toutes verrines ou la plus part de France et d'ailleurs viennent de I^orreinne. lycs Lorreins ont trouvé en leur terre mine d'asur qu'est très noble couleur. Les Lorreins ont trouvé en leur pays plusieurs mynes d'argent, de plomb, de cuyvre et aultres metaulx. Et oultre plus, laquelle chose est moult à louer, les nobles Lorreins sans loix romaines, sans coustumes escriptes, ont la congnoissance de toutes les causes civilles de leur pays, sans pillerie, sans corruption des

adyocatz ny faulces sentences de légistes ny juges, mais sont les nobles juges selon la plus grande partie des voix, et s'il estoit question d'une place de dix mille francs de rente ou plus, dans ung an la sentence est donnée oii les parties sont d'accord entre eulx, ou par arbitres des nobles, et ne sceust oncques le roy Régné, qui eètoit entre les princes un mirouer de' noblesse, jamais trouver moyen de faire condescendre ses subjectz et nobles de bouter leurs cou^tumes par escriût. Pource que les nobles disqient que si les cou^tumes estoient rédigées par escript, ung tas de legules les vouldroient commenter et feroient comment sur comment, glose sur glose, comme ont faiçît Bartole, Balde, Salicet, I^ange, Johannes Andrée, Johanes de Imola, Jason, jusques à ung diçt Porcus, et plusieurs aultres, sur les loix des empereurs, lesquelz sont cause que les procès pour le présent sont immortels, lesquelz ne sont que les laictz de Cerberus pour bouter confusion au monde. Et ainsi ont faict les aultres sophistes aux aultres facultés, comme en médecine ont faict Jacques de For-

live, Ugo de Senis Dinus et Thomas de Garbo, qui ont gasté la médecine, et sont cause que l'on a délaissé Hyppocras et Gallien non sophistiques, mais anciens docteurs. Et les Artiens ont délaissé Aristote, et ont priris aulcuns sophistiques, comme Buridam, Albert de Saxonie, George de Brucelle, et des jeunes Bricot, Coronel du Ivart et semblables. Des théologiens je m'en déporte ; mais je vouldroys bien que on ne leust que la Saincte Bible, avecques les docteurs de l'Esglise catholique, et les anciens, comme Sainct Denys, Hylaire, Cyprian, Chrisostome, Fulgence, Damascene, Ugues, et Richard de Sainct Victor et semblables.

Et à tant, me tairay et feray silence du mont inascensible, et parleray de la quarte singularité, pour ce qu'elle est plus conjoincte à nostre matière principalle.

^ De la quarte singularité du Daulphiné.

LE dessus nommé Roy I^oys dtoziesme de ce nom disoit que la quarte singularité de son pays du Daulphiné c'estoit le plus beau jardin qui fuèt au monde. C'estoyt six lieues de pays despuys une seigneurie que l'on appelle la Boissiére et ung aultre, nommé A vallon jusques à Grenoble, entre deulx montaignes, auquel jardin avoit cent maisons de gentilzhommes, belles, fort antiques et bien édifiées et grans praeries, vignes, arbres de toutes sortes de fruitaiges bons à merveille, lequel jardin ejiftoit arrousé de diverses fontaines, ruisseaul'x et rivières, entre lesquelles estoit une magistralle : c'est l'Isère, qui vient des

montaignes de Savoye, et tire vers Grenoble, et de là à Romans, et puis se joinct, près de Tornon au fleuve du Rhosne. En ce jardin, ordinairement on faulche deulx foys les prés. I^à sont beaucoup de martinez, là où bâtent le fer, desquelz on sert de fer plusieurs provinces. Ce jardin est si fertile de toutes choses qu'il n'est possible, pource qu'il contient, en trouver de meilleur. En oultre, disoit que ce jardin en soy contenoit une maison, là où estoit la meilleure espée que l'on sceust, et l'appeloit l'espée terraille. Par ceste espée, entendoit les prédécesseurs et ancestres du noble et preulx chevalier Bayard, et despuys, on a dict au Daulphiné l'espée terraille. Tu trouveras encore de nostre temps deuîx espées en la maison du noble Gaspard Terrail, lesquelles portoit le grant père du dict Gaspard, et du dict Bayard, et sont d'une merveilleuse façon et d'ung grand poix, et se treuve peu de gens qui s'en puissent bien ayder, à cause de la ponderosité d'icelles.

En ceste maison, de tous temps ont esté gens de force et prouesses, et qui tous jours

ont suyvy les armes, et de leur temps n'a esté bataille en France ny ailleurs, où fussent les roys de France, où ils ne fussent.

Je délaisse, à cause de la briefveté, les aultres singularités qui sont au pays du Daulphiné : comme troys tynes faictes naturellement dans une roche au près d'un chasteau nommé Sasonage, en la montagne, lesquelles sont grandes à merveilles. Et ung certain jour de l'année, ceulx du pays vont veoir lesdi(ites tynes dans le rocher assises, et si l'année doi]î(t e^tre stérile, elles sont vû^'des et n'y a comme poinct d'eaue. Si l'année doibt estre abondante en biens, elles sont pleines d'eaue. Et ainsi l'afferment ceulx du pays entour. Et en ung aultre lieu au Daulphiné, près d'une ville nommée Moras et du prieuré de Mante, quand doi^'t egtre maulvaise année, ceulx du pays dient qu'il sont une fontaine de terre dont deux molins peuvent bien mouldre, et en auftre temps, il n'y a point d'eaue. Et demeurera ladi^te fontaine au^tunes foys six ans, aultrefoys hui^ ou dix sans eaue.

Oultre au Daulphiné, touchant la cité de Vienne est une grosse montaigne artijSciellement faicte, laquelle est fondée sur grosses tours massiçes, là où a plusieurs conduictz qui passent soubz la rivière du Rhosne et viengnent jusques à ung villaige nommé les Mureaulx, et, au dessus de ceste montaigne, a ung beau chasteau qui s;e appelle Pipet, du grant Pompée Romain, qui fist faire ceste montaigne artificielle duquel elle priât le nom et tient encore.

En oultre, à une lieue de Grenoble, a une fontaine laquelle ordinairement produit et porte des pierres précieuses lesquelles on boute aulx yeux des gens pour les nectoyer, et sont petites et glissantes.

Et quant à la dernière singularité, laquelle est moult utile, c'est la manne, laquelle tous les ans tombe sur les arbres au pays du Daulphiné, spécialement autour de Brianson, de laquelle, ordinairement, sans aucune sophistication, usent tous les médecins de France et aultres provinces et, si elle n'est si laxative que celle du L^evant ou de Calabie, si est elle

plus amyable à nature, et est sans sophistication et purge la colère par lenition sans aulcune garde, et est appelée et nommée par les philosophes vos syriacus, par aulcuns Arabes tereniahin, par les israelitiques, manna celestis, et est fort bonne avecques les aultres medicines meslée, et leur oste leur malice et venenosité. Et si je ne l'ay nombrée entre les singularités delphinales pource que ailleurs elle croist, elle peult estre nommée entre les préciosités et utilités principalles. Et de mon temps, quant le roy François premier de ce nom passa les mons, la manne tomba sur les arbres autour de la cité de Plaisance en moult grande quantité, de laquelle en ce mesme temps, en vis user à messieurs les médecins de Pavie. Et quant le roy Charles ^n^dlsit à. Naples, en tumbat en plusieurs lieux de Italie.- C'est un don céleste, lequel Dieu donne aux provinces par especial priviliege. Plusieurs aultres merveilles sont audict Daulphiné, desquelles pour briefveté, pour le présent, m'en déporte, et viendray aux gestes du noble Pierre Terrail, seigneur de Bayard.

•fj Du commencement du preulx chevalier Bayard.

LE noble Pierre Terrail nasquit en une maison forte nommée Bayard, située au pays du Daulphiné nommé Grisivodan, auprès d'ung chasteau royal dict Avalon auquel cliasteau est une noble maison en laquelle sont nés et nourris pour la beauté et bonté du lieu une noble et ancienne famille au Dauphiné nommée Montenar, de laquelle sont sortis plusieurs nobles chevaliers et aux armes instruitz et vaillans hommes en la discipline militaire. De ce noble Pierre Terrail fust père noble Aymes Terrail, seigneur de Bayard, et fust mère noble femme Helayne des Alemans, seur de noble seigneur de Laval, et seur de Laurent, seigneur et evesque de Grenoble. En ceite maison de Bayard avoit deulx frères; l'ung fu^ seigneur du dict Bayard duquel est descendu noble Pierre Terrail; l'aultre fust seigneur d'une noble et forte maison nom-

mée Grenion, et despuis son filz Yves Terrail fust seigneur de Bernin à deulx lieues de Grenoble. Et pour condescendre à nostre matière, ledict Pierre Terrail, dès son enfance fut nourry par son père en toutes vertus et tenu aulx escolles à Grenoble par sondict oncle, seigneur et evesque dudit lieu. Et après ou environ douze ans de son eaige fut baillé et donné paige par son oncle à monseigneur le duc de Savoye Charles, lequel seigneur duc alla bientost après en France. Et, pource que ledict Pierre Terrail chevauchoit moult bien sur tous aultres paiges de son temps, le bon roy Charles huictiesme de ce nom, roy de France, le demanda à monseigneur de Savoye lequel !uy donna libéralement.

Le roy Charles, quand il vouloit faire courir quelque cheval, volentiers sur tous aultres paiges faisoit monter dessus et courir devant luy le dict Pierre Terrail. Et pource qu'une foys, à Lyon, il chevaulchoit devant le roy ung très rude et bien courant cheval, le roy lui cria cinq ou six foys : « Picque ! picque ! » despuis, bien l'espace de vingt-cinq ans, on

n'appeloit ledict Pierre Terrail que Picquet, etluy demeura ce nom jusques il fust capitaine de gens de pied, et alors print le nom de Bayard.

En ce temps qu'il estoit encore paige, pource que monseigneur de L-ini qui estoit de la maison de Lucembourg, filz du Connestable de France, cousin germain dudict Roy Charles, le plus beau prince de ce temps que l'on sceust, estoit le plus favorisé et aymé du Roy, le Roy bailla "au Seigneur de \Jm\ son paige Pierre Terrail, lequel Pierre a bon droict avoit nom Terrail, car oncques paige ne fist mieux courir cheval sur terre que faisait ce Terrail, lequel despuis par la prouesse a faict à plusieurs vray tiltre prendre terres avant leur période naturel, qui, en plusieurs lieux, a vrayement gardé et défendue la terre de son seigneur et prince souverain, le noble roy de France. Ce Pierre Terrail a esté à plusieurs nobles vray territoire fertil : auxquels plusieurs foys de son territoyre a donné de son avoir et terre. Il semble doncques bien par ses gestes que à vray tiltre et par une pro-

vidence divine, que ce nom vrayement luy aye esté donné, car, ainsi que la terre est la vraye nourrice du monde et des humains, laquelle produict tous les alimens et soubstient tous les aultres élémens, laquelle est le centre par laquelle tous les élémens prennent nourricement, ainsi estoit ce Pierre dit Terrail, car de son temps a esté en France à tous nobles pouvres et indigens le vray territoyre et refuge. Oncques ne refusa à noble personne, ny a aultre qu'il congneut estre homme vertueulx, chose que on lui demandast, et au lieu de prester, purement il donnoit. I^a terre nourrist tous humains ; ce Terrail, de son temps, nourrissoit tous pouvres gendarmes. Iva terre donne tout et riens ne retient pour elle ; ainsi, ce Terrail donnoit tout le sien, et peu ou rien gardoit pour luy. La bonté de la terre, la force et vigueur est con^neue et louée par tout le monde, non seulement sur elle, mais au ciel impérial par les hommes qui là divinement habitent ; ainsi la force, valeur, vertuz et libéralité dudict Pierre Terrail sont, non seulement en France, Bs-

paigne, Italye, là où la plus grant part de ses gestes et prouesses ont été faicts, mais aussi jusques aulx terres et insuies nouvellement trouvées. Et jusques aulx Sarmates, aulx Indiens, aulx Arabes, Ethiopiens. Caldyens et Moabites.

Et non seulement aulx terriens d'un Terrail avoient prins le nom, mais aussi aulx terres des Vivans nommés Elysées, pour la pitié, miséricorde, charité, sans laquelle on ne peult avoir la grâce de Dieu qu'il a toujours eue des pauvres, du temps qu'il a vescu en ce misérable monde.

Et si, de son temps, il a esté aymé non seulement des Françoys, mais aussi de toute estrange nation par sa clémence, affabilité, humilité, ensemble sa grande libéralité et magnificence, à plus forte rayson doibt à ceéte heure estre aymé en la terre céleste, au Royaulme des Vivans de celluy qui est père de toute clémence, charité et miséricorde, duquel par sa grâce procèdent tous dons, tous biens, toutes vertus qui sont au monde, et sans luy nul homme ne peult faire bien. Car

tout vient de luy. Et si ce noble Terrail a bien terraillé en ce monde par la vertu celeste, icelle est venue de Dieu, duquel il a esté dict vray territoyre fertile, et ce me faict dire le psalmiste royal David, quand il dit : Tu reddes tmicuique secundum opéra sua, tu rendras à uijg chearcun selon ses opérations. Et pource quand chescun fait par euvres extérieures lesquelles donnent à congnoistre les intérieures — car au fruict on congnoist l'arbre — les gestes, vertus, bonté et charité envers . les pouvres, lesquelles par tout ay cong'neu en ce noble chevalier Bayard, dic^z et ose bien dire ensuyvant comme j'ay dict de David, que s'il a ejété aymé en terre transitoyre, qu'il doijad e^tre aymé en la terre céleste et Royaulme des Vivans.

Et pource que j'ay esté un peu long par affection humaine, laisseray à plus parler de la jeunesse du dessus nommé Pierre Terrail. Mais parlerons du commancement de ses armes, par lesquelles proverons les choses louables que par cy-devant j'ay dict de luy. Et n'en diray rien par adulation, ny par

prières aulcunes, mais seulement ce que par famé publicque et récente en ay pu sçavoir de gens vertueux qui l'ont veu et cogneu par expérience.

^ Cy commence le second livre du

PREULX CHEVALIER BaYARD.

^ Conmient le noble Bayard fust faict homme d'armes de la Compaignie de Monsieur de Lini dont estoit lieutenant ung noble cappitaine dict Loys d'Ars.

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