II. — Organisation du travail
Voyons maintenant dans quelles conditions économiques 3' exécutent les opérations de traçage, d'abatage et de soutènement.
Tous les ouvriers employés aux excavations intérieures, soit en minerai, soit en stérile, portent le nom de barreneros, parce que le fleuret {barreno) est l'outil principal dont ils se servent. Ils travaillent tous par contrat, c'està-dire à l'entreprise, à tant par unité d'excavation pratiquée, unité dont le type varie suivant la nature de l'excavation.
Ces contrats se renouvellent tous les mois ; les règlements obligent l'administration de l'établissement à observer rigoureusement, pour leur conclusion, toutes les formalités d'une adjudication publique. Ce système, en apparence le meilleur de tous, ne donne cependant à Almaden que des résultats médiocres : il défend très-mal les intérêts de l'État qu'il se propose cependant de sauvegarder. C'est que depuis longtemps déjà, les mineurs ont pris l'habitude de s'associer, et de se distribuer entre eux les différents chantiers par voie de tirage au sort. Chaque groupe fait alors une adjudication pour le chantier qui lui est échu, sans jamais rencontrer de la part des autres groupes une concurrence qui fasse baisser le prix de la maind'œuvre (*).
(♦) Voir p. 106, la note sur la déplorable émeute de 187Û, dans laquelle périrent assassinés MM. Monasterio, inspecteur général des mines, et Buceta, ingénieur ordinaire.
68 MI^ES ET U31IHBS d'aLMAOEN.
Chaque chantier est donc adjugé à un groupe de vingt ouvriers, qui se divisent en quadrilles de deux, trois ou quatre hommes, selon la nature de l'excavation qu'il s'agit de pratiquer. Ces différentes quadrilles se relèvent par postes ou entrées, de six heures chacune : la première entrée va de minuit à six heures du matin ; la deuxième da six heures à midi , et ainsi de suite. Les piqueurs à la veine ou au rocher travaillent dans les trois premiers postes, le quatrième sert au transport des mii^erais c|Ç$>ujs les chantiers jusqu'fiux voies de rouage principales, des matériaux aux chantiers, et à l'exécution des travaux de boisage.
Les prix des excavations sont ordinairement tels que la journée de six heures soit payée de quatre à cinq piécettes (une piécette : i',o5 au change courant; la piécette, en réalité, a le même poids que le franc). L'usage impose & chaque ouvrier l'obligation de forer dans ses six heures de travail un trou de mine de o"*,28 de profondeur dans le minerai, et deux de ces trous dans le schiste ou lafrailesqi.
L'administration fournit aux ouvriers les outils, moins le marteau que chacun possède en propre, et les entretient à ses frais. Ces outils sont déposés dans des magasins intérieurs placés à chaque étage dans le voisinage du puits San Teodoro ; les frais d'éclairage et l'achat de la poudre sont au compte des ouvriers.
Le nombre des ouvriers occupés dans la mine aux difiérentes heures de la journée est assez variable ; on peut compter en moyenne chaque jour sur les chifires suivants :
i" entrée ûo à 60 ouvriers.
a* entrée 000 à 34o —
3* entrée. 180 à 200 —
û* entrée 180 à aoo —
700 & 800 ouvriers.
Le nombre total des ouvriers occupés dans l'intérieur ^st d'ailleurs beaucoup p^ifs fort et varie de 9.260 à 2.5oo.
nmcs ET USINES d'alma0bii. 59
Chaque ouvrier fait donc en moyenne un poste de si?t heures par trois journées; mais en raison de ce que Cj^rtains services, moins dangereux pour la santé dea bomqacs que celui de Tabatage, se font tous le8Jouri|, ou presque tous les jours par les mêmes ouvriers, ceux occupés à l'abatage et au muraillement ne travaillent guère dans 1^ mine que six heures tous les cinq ou six jours.
Le boisage {entibacion) est confié- à des ouvriers ç[ui constituent un corps spécial (celui des entibadores)^ comprenant deux classes d'ouvriers. Les premiers, appeléfj enlibadores de première classe, ont chacun sous leurs ordres deux boiseurs de deuxième classe. Tous les boiseurs forment ainsi quarante quadrilles de trois ouvriers ; ils sont chargés de tous les boisages, renouvellements d'échelleset d' étais ; une quadrille a pour fonction spéciale de constamment visiter et maintenir en bon état la colonne de pompes qui va du septième étage au jour. Chaque boiseur de pre mière classe gagne 2',75 (*); ceux de seconde classe 2', 26 ; Tadministration leur fournit en outre la lumière et les outils. Ce sont les meilleurs ouvriers, et les plus disciplinés.
Les bois employés sont le chêne pu le chêne vert*, ils proviennent des forêts voisines et s'achètent par adjudication, en moyenne à 70-75 francs le mètre cube.
Les ouvrages de maçonnerie sont exécutés par des ouvriers, spéciaux, nommés alarifes ; leur travail leur est payé à tant le mètre cube d'arc, tant le mètre cube de massif. Ils sont placés sous la surveillance de maîtres maçons, appelés maestros de obras. L'administration leur fournit les matériaux à pied d* œuvre ; ils ont à préparer à leur compte les mortiers, et à les élever, ainsi que les briques et les pierres jusqu'à la voûte ou au massif aux-
(♦) J'identifie la piécette espagnole avec le franc; il n'y a, en réalité, dans les nouvelles piécettes, ni différence de poids, ni différence de titre avec notre monnaie.
6o MINES ET USINES d'âLMADEN.
quels ils travaillent. Ils emploient, pour le faire, des treuils mus à bras.
Les briques se fabriquent à petite distance de l'établissement et s'achètent par adjudication. On les paye à tant le cent; le mètre cube de briques revient à 20 francs environ.
La pierre s'exploite à l'extérieur dans les carrières ouvertes au Sud de la colline d'Almaden dans de grands bancs de quartzite blanc. On la paye à raison de 5 à 6 francs le mètre cube de roche, en place.
La chaux provient de bancs de calcaire silurien qui se trouvent à la ou i5 kilomètres d'Almaden; elle se paye, rendue à la mine, de 2',:s5 à 2',5o l'hectolitre. Elle est d'une qualité excellente 5 aussi les ouvrages en maçonnerie ont-ils une grande solidité à laquelle contribue sans doute aus:$i la nature calcaire et magnésienne des eaux de la mine, qui ne donnent pas moins de 2 kilogrammes de dépôt par mètre cube.
Le prix de revient du mètre cube de maçonnerie peut s'évaluer de la manière suivante :
francs.
Briques 20,90
10 Arcs ^ ^*'*"^- ''^^
' * ' ^ Transports 3,5o à 5,oo
Pose 9,00
3/ï,oo à 36, 00
francs.
Pierres 6,00
I Transports. . . . 3,oo à 6,5o a« Massifs. . \ ^^^^^ ^^ ^^^^^ ^ ^^g^
Pose 7,00
Voici, d'ailleurs, au sujet des travaux d'abatage et de soutènement, quelques chiffres précis empruntés aux registres officiels de l'administration des mines.
MIMES ET DSmKS D'aLMADEN. 6i
Du !•' juiUet 1875 au i** juillet 1876.
1* Abatage. — Nombre de chantiers, en moyenne, lao Volume abattu. . 6.680 mètres cubes.
Nombre de journées payées 54.7^7
Le nombre total des mètres cubes de roche abattus a été :
En minerai, de 6.367'',85o
En stérile 571 ,607
Total 6.739"»,367
Il en résulte que k mètre cube a coûté en moyenne 46 francs à abatti*e.
La production a été, en poids, la suivante :
En minerai i9.%8S489
En stérile 1.590 ,/^6
Des 6.567°*^,85 de minerai abattu dans la mine, 4.3i2"',07i ont été pris dans les réserves, qui régulièrement ne devraient fournir que le tiers de la production totale; elles représentent, en effet, d'après ce que nous avons dit, le tiers du gisement entier. C'est qu'on avait depuis longtemps laissé s'accumuler les réserves, et qu'on a jugé bon de les ramener à une quantité moins exagérée, en en enlevant une partie considérable dans les dernières années. Aussi la tonne de minerai n'a-t-elle été grevée cette année, pour abatage, que de i5',9o, tandis que Tabatage avait coûté aS'jgo; 23',7o; 26',5o; 23',8o; i8',4o dans les cinq années précédentes. Ces chiffres justifient ce que nous disions précédemment sur la facilité d'enlèvement des réserves.
2* Soutènement. — Les chiffres tout à fait précis me font ici défaut, d'autant plus que la comptabilité des mines ne fait pas de comptes distincts pour le boisage et le murail-
62 ' MINES Bt USINES D'aLMABEN.
lement, et que les comptes pour Tannée économique terminée le 1" juillet 1876 n'étaient pas encore complètement dressés à l'époque de mon séjour à Almaden.
Les dépenses de soutènement varient de 200.000 à 25o.ooo francs par année : elles ont été en 1876-76 de aSo.ooo francs environ;
Or on construit dans Tannée : " ^"
5o4-»,924 d'ares ayant coûté. . . . /i.476',63 i n^,,.. i^ nose et a. 687»», 199 de' massifs ayant coûté i8.3a8',68 f ^ ^ '
Nous avons vu tout à l'heure que le prix du mètre cube de maçonnerie d'arcs peut s'estimer à 55 francs, et celui du mètre cube de massif à 20 francs,.
Les travaux de murai Uement n'auraient donc coûté en*^ semble que 72.000 francs, et le reste, soit plus de i5o.ooo francs, aurait été consacré aux travaux de boisage et d'entretien; ce chiffre s'explique d'ailleui'S si Ton songe au nombre des boiseurs( 1 20 hommes) constamment occupés, et au prix élevé des bois de soutènement (76 francs le mètre cube).
Passons maintenant à l'étude des moyens de transport et d'extraction.
Roulage. — Tous les services de transports intérieurs, soit des minerais jusqu'aux puits, soit des m^-tériaux à pied d' œuvre, soit des outils aux dépôts et réciproquement, se font à Tentreprise. On emploie pour le roulage des vragons rectangulaires en fer de 216 litres de capacité, contenant un poids de 4oo kilog. de minerai. Ils roulent sur des voies en fer de o",78 de largeur, formées par des rails qui pèsent 10 kilog. leooiètre courant. Le service, appelé aussi service d'extraction et d'introduction, comprend tous les mouvements intérieurs : il se paye à raison de o',25 à o',32 par lOo kîlog. dé poids extraits ou introduits, sauf pour les matéariaux de construction. Pour ceux-ci, en effet, Tadmi-
MINES ET USINES d'aLMADÉN. 63
nistration traite à raison de tant par mètre cube de maçonnerie en place ; le prix varie selon la position des ouvrages, il est en moyenne de si'jSo pour le filon San Pedro y San Diego, de 5 francs pour San Francisco et San Nicolas.
Extraction. — L'extraction au jour se fait dans les mêmes wagons que l'on enlève dans des cages guidées par de fortes poutres en chêne du Canada, pouniies de parachutes Libotte, et suspendues à des câbles plats en aloès....* ' ^
Jusqu'en 1875, l'extraction se faisait uniquement par le puits San Teodoro, au moyen d'un manège à chevaux ou à mules. Dépuis le mois de mars 1873, le service d'extraction et d'introduction se fait aussi par le puits San Miguel. Près de la bouche de ce puits se trouve une machine à vapeur, de la force nominale de 20 chevaux- vapeur, à cylindre horizontal , à condensation et détente variable système Meyer ; les deux bobines sur lesquelles s'enroulent les câbles sont mises en mouvement par cette machine par l'intermédiaire d'un engrenage. La vitesse des câbles est d'environ 2 mètres par seconde. La machine met en outre en mouvement un ventilateur Guibal, qui fonctionne en aspirant l'air vicié de la mine.
Jusqu'à rinstallation de cette machine à vapeur, le puits San Miguel n'avait jamais servi qu'à la descente des hommes ; mais on fut obligé en 1874 d'interrompre le service de l'extraction par San Teodoro, pour régulariser les parois de ce puits et y installer un guidonnage ; les opérations ont été terminées, ainsi que la pose de la machine d'extraction, en 1875, m^is l'installation provisoire de San Miguel, ayant donné de bons résultats, fut conservée.
La machine du puits San Teodoro a une force nominale de 40 chevîiux; elle est à deux cylindres verticaux, à condensation et à détente variable système Audhemar ; l'admission de la vapeur et soii échappement se font par des soupapes : elle a été construite dans les ateliers de John Gockerill, à Seraing. Une petite machine auxiliaire de 6 chevaux est
64 MINES ET USINES d'aLVADEN.
destinée à lui venir en aide en cas de besoin. Sa force est calculée de manière à pouvoir faire en 12 heures l'extraction normale et Tépuisement de la mine, au moyen de bennes à eau.
Au puits San Aquilino fonctionne une machine de 3o chevaux, à cylindre vertical, avec condensation, et appareil Guinotte de détente variable. Sa fonction essentielle est la montée et la descente des ouvriers qui, entrant dans la mine par une galerie de niveau du 1*' étage à 44 mètres au dessous du niveau supérieur, descendent depuis le i*' étage jusqu'à celui où ils ont à travailler. On évite ainsi d'une part du travail pour la machine, d'autre part pour les ouvriers qui habitent plus bas que le puits San Aquijino l'obligation d'y monter chaque jour. Accessoirement, la machine sert aussi à l'extraction.
Les mines d'Almaden sont donc actuellement desservies d'une manière entièrement satisfaisante, par des machines à vapeur des types les plus perfectionnés, tandis qu'il y a quatre ans encore on regardait avec raison leur installation comme une des plus défectueuses que l'on pût voir, même en Espagne. Cette situation était d'autant moins compréhensible que les mines d'Almaden donnent depuis longtemps des bénéfices très-considérables; elle ne s'explique que par /l'incurie du gouvernement espagnol, sa défiance systéma- ( tique à l'égard des ingénieurs, et par les innombrables difficultés qui naissent d'une excessive division des pouvoirs, notamment par la séparation absolue de la direction technique, et de celle des services administratifs. Il a fallu, pour remédier à cet état de choses, toute l'énergie de feu M. l'inspecteur général des mines Monasterio, obligé de lutter à la fois contre l'inertie du gouvernement et contre le mauvais vouloir des ouvriers d'Almaden, qui firent au début à l'introduction des machines la même opposition irraisonnée que rencontrent presque partout les perfection^ nements même les plus naturellement indiqués.
MINES ET VSUI^,ipMAJl&l^^ 65
On peut se demander pourquoi f ÔiJîîSfc^iMÊwS^achines de trois types différents ; la raison principale a été le désir de faire des essais comparatifs, et de fournir aux jeunes ingénieurs des mines, pour lesquels un séjour à Almaden est habituellement une sorte d'école d'application, l'occasion de voir de près et dans leurs détails différents systèmes fonctionner conouremment.
Épuisement. —■ Le service de l'épuisement se divise en deuxparties : 1** élévation des eaux qui se produisent au dessus du 7* étage, c'est-à-dire jusqu'à 208 mètres de profondeur; 2** élévation des eaux des 8% 9" et lo* étages jusqu'au 7*.
Le premier de ces services se fait aujourd'hui presque ^exclusivement au moyen de bennes à eau par la machine à vapeur du puits San Teodoro, Toutefois onfeit encore fonctionner, quatre fois à peu près par an, une machine à vapeur de Watt, à simple eflEet, à basse pression ; établie en 1791, cette machine est une des premières de celles que construisit Watt, en employant le mouvement du balancier pour ouvrir et fermer l'admission, et pour faire la condensation. Le balancier, en bois, n'a été que consolida postérieurement par l'addition de quelques barres de fer. Cette machine fait marcher une colonne de sept pompes aspirantes et élévatoires, dont les pistons, également en bois, ne sont pas une des moindres particularités de cette instaUatiûJi__ que Ton ne tonserve^ qu'à titre de monument historique.
Deux réservtrirs, l'un de i.38o mètres cubes au 5* étage, l'autre de 914 mètres cubes au 7% servent à réunir les eaux de la mine.
La production de vapeur pour cette machine à vapeur se fait au moyen de chaudières chauffées au bois ; on paye à l'adjudicataire du service de chauffage i',5o environ par centimètre dont s'abaisse dans les réservoirs le niveau de l'eau, soit environ par 5 mètres cubes d'eau extraite. .
Les eaux produites au-dessous du niveau du 7* étage
(16 HINSS KT USINSS D^ALMAPEN.
9* élèvent jusqu'au réservoir de ce niveau au moyen de simples pon[ipe»--à-4Uittn très^grossières, disposées en co- Ipunes et mues par des manoeuvres qui gagnent à ce travail de i',5o à 2 francs par jaumée de 6 heures. C'est le service auquel on condamnait autrefois les esclaves dans les mines. Il se fait maintenant piar adjudication, on paye aa contractiste de 12 à i4 francs par centimètre dont descend Teau dans le réservoir inférieur.
On voit que le service de l'épuisement laisse encore à désirer; cela tieat sans doute à son importance relativement restreinte : la mine ne produit en effet, d'après les observations de plusieurs années, que de 72 à 84 mètres cubes d'eau par 24 heures, dont une partie notable audessus du 7* étage. Pour toute cette partie la dépense ^ diminué depuis l'installation de la machine de San Teodoro da,ns une proportion remarquable. Elle ne coûte plus guère en effet que 5. 000 francs au lieu de 4o.ooo qu'elle coûtait auparavant.
Le prix de l'extraction est de même descendu, grâce aux nouvelles installations, de 5^20 la tonne à l'^go.
Aérage. — La ventilation de la mine se fait naturellement, par suite de la différence de niveau des bouches des puits . quî communiquent entre eux. L'air frais entre par San Teodoro, et par San Aquilino et ressort par San Miguel après avoir parcouru les travaux. Dans la saison chaude le courant tend à se renverser et l'on ne réussit à le maintenir que grâ^e au ventilateur de San Miguel. Avant rétablissement de cet appareil, la ventilation s'activait en été par un foyer d' aérage à la base du puits.
Le renouvellement actif de l'air n'est nulle part peutêtre aussi nécessaire qu'à Almaden. Il se charge en effet de vapeurs mercurielles et de miasmes provenant de la décomposition des bois ; bien peu, parmi les anciens ouvriers, et surtout parmi les surveillants, réussissent à échapper au tremblement mercuriel.
MIIHSS ET USINES d'aLMA]»N. 67
Ateliers.^ — Les puits de San Aquilino et San Teodoro, placés à Textrémité Ouest de la ville d'Âlmaden^ moins à l'étroit par conséquent que San Miguel qui est dans la ville même, sont couverts de solides constructions qui abritent les machines et entourés d'un certain nombre de bâtiments servant d'ateliers et de magasins. On y trouve une forge, une charpenterie, un atelier de réparations.
Les deux premiers servent à la mise en état des outils employés dans les travaux en régie; le troisième, à la confection et à l'entretien du nouveau matériel de transport. On y trouve les principales machines-outils, mues par une petite machine à vapeur de 12 chevaux. On pourrait dans ces ateliers fabriquer les outils dont on a besoin : on préfère néanmoins les acheter ; l'entretien d'une notable partie des outils se fait aussi par contrat.
Tout le semrice des magasins, des réceptions et des sorties est fait par des enfants qui gagnent de o',4o à o',85 par jour, et par de vieux ouvriers dont la santé a été ruinée par le service des mines, au point que leur travail est loin de mériter le modique salaire qu'on leur donne plutôt en guise de retraite que comme rémunération pour un service rendu* C'est aussi à ces invalides du travail que Ton confie les travaux de réparations extérieures, d'entretien des voies d'accès, etc., lorsqu'ils demandent un secours pour se rétablir.
Tous ces travaux au jour occupent ensemble environ 65o hommes et 2sso enfants-, ils sont payés sur le compte des frais généraux d'exploitation.
IIL — Préparation môcaiiiq[iie.
Daûs l'état actuel des choses, le minerai tel qu'il sort de la mine est chargé sur des charrettes à bœufs et conduit ainsi jusqu'à l'usine de distillation, où il n'est soumis qu'à une classification grossière dans le voisinage des fours
MINES ET USINAS D ÂLMADEN.
auxquels ou le destine. On le divise, d'après son aspect, en trois classes : minerai supérieur, minerai moyen, minerai pauvre.
Le minerai supérieur, appelé ordinairement métaly prend le nom de cinabre lorsqu'il est très-riche, et d'un grain assez fin pour pouvoir se travailler : on l'emploie alors àla fabrication de petits objets d'ornement, d'encriers, de pressepapiers, etc.; au point de vue métallurgique, il convient donc de faire abstraction de cette variété, d'ailleurs assez rare. Le métal ordinaire tient environ, en moyenne, 25 p. 100 de mercure; il forme à peu près 16, i4 p. 100 de la masse entière du minerai en morceaux.
Le minerai moyen s'appelle china lorsqu'il est en morceaux de 100 à aSo centimètres cubes, et requiebro loraqu'il forme des masses plus considérables.
La teneur de la china est d'ailleurs très- variable ; aussi en avait-on fait, en 1869, à l'époque des essais de M. Monarterio, dont nous parlerons tout à l'heure, sept classes distinctes, par ordre de richesse décroissante ; la division se faisait à Simple vue, d'après l'apparence du minerai et sa couleur, variant du rouge au gris violacé. Les essais ultérieurs ont du reste montré la parfaite exactitude de cette classification , qui exige seulement de la part des ouvriers une habitude qu'ils arrivent assez promptement à acquérir.
On ol;)tient les proportions suivantes de minerai de chaque classe :
China 1'* classe
— 2» classe,
— S-» classe.
— 4» classe.
— 5» classe.
— 6* classe.
— 7* classe.
PROPORTION
p. 100 de minerais de toutes classes.
TENEUR
en mercure.
MINES ET VSimS d'aLMAOSN. 69
La 1" classe de china a donc la même teneur que le minerai supérieur. En les réunissant on a 18,49 p. 100 du minerai entier, qui tiennent 26 p. 100 de mercure. La division de la china en 7 classes, nécessaire pour les prises d'essais des expériences de M. Monasterio, ne se fait plus aujourd'hui. Toutes les classes de china, depuis la 2'' jusqu'à la 7% sont donc réunies et forment ensemble 67 ,3o p. 1 00 du minerai en morceaux, que Ton réunit sous le nom de minerai moyen, et dont la teneur moyenne en mercure est de 6,08 p. lOO.
Le minerai pauvre, désigné sous le nom de solera pabre, ou solera negra, est formé par de grands blocs de quartzite noire, présentant seulement des mouches de cinabre, ainsi que par des morceaux un peu gros de schiste légèrement imprégné. Il constitue environ a4,2i p. 100 du minerai en morceaux; sa teneur moyenne est de 0,80 p. 1 00 de mercure.
Lorsqu'on a enlevé du minerai tel qu'il sort de la mine les morceaux d'une certaine dimension pour en faire le métal, la china ^ ou la solera pobre, il reste des grenailles et des menus, mêlés d'une assez grande quantité de schiste stérile, de débris de diverses natures, tels que fragments de briques et de bois : on donne à tout ce résidu le nom de bacisco ; un criblage retient les morceaux dont le volume dépasse l\o centimètres cubes ; les terres restantes sont mouillées, puis agglomérées grossièrement de manière à former des briquettes en forme de pyramide tronquée, auxquelles on donne improprement le nona de boules de bacisco.
Le bacisco, c'est-à-dire en somme le menu, forme sensiblement le quart du minerai gros. Quant à sa teneur, on peut admettre qu'elle est à peu près la teneur moyenne, puisque ce menu est formé de débris de morceaux de toutes richesses. On obtient en grenaille mblée un peu moins du quart du menu.
MlTtES £T USINES D ALMADBN.
En résumé, les différentes classes de minerai se répartissent à peu près de la manière suivante :
limKEÂIS.
TENEUR
PROPORTION
du minerai total.
Métal
China. . . . .
Sciera pobre. .
Bacisco. . . ,
Ce qui donne pour l'ensemble du minerai une teneur moyenne de 8,3o p. loo.
Ge chiffre est loin d'avoir rien d'absolu , nous ne prétendons même pas le donner comme une moyenne ; on n'a jamais fait, en effet, d'essais suivis pendant une période un peu longue. Ainsi un autre essai avait donné, pour la teneur et les proportions des différentes classes, les chiffres suivants :