DE LA DEUXIÈME ÉDITION
A une réunion des directeurs de l’Institution royale, tenue le 12 décembre 1825, le Comité des conférences annonça qu’il avait demandé à M. Faraday de vouloir bien se charger d’une série de leçons qui devaient être faites à la jeunesse pendant les vacances de Noël et de Pâques; mais que les nombreuses occupations du savant professeur ne lui avaient pas permis d’accéder à ses désirs.
A l’assemblée générale mensuelle des membres de l’Institution royale, tenue le 4 décembre 1826, les directeurs annoncèrent qu’ils s’étaient assurés le concours de M. Wallis, pour faire, sur l’astronomie, plusieurs conférences, à la portée de la jeunesse, pendant les vacances de Noël.
Dans son rapport du 16 avril 1827, le Conseil d’administration « félicite l’Institution de l’établissement de ces conférences destinées à la jeunesse. » Le Conseil est convaincu que l’on ne saurait trop étendre l’influence de l’Institution royale, et que les leçons faites aux jeunes gens sont un des moyens les plus efficaces de répandre les connaissances scientifiques.
L’abstention de Faraday n’avait été que momentanée, car aux vacances de Noël 1827 il voulut bien se charger
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de faire pour la jeunesse six conférences élémentaires sur la chimie (1).
On renonça bientôt aux conférences de Pâques, mais depuis 1827 celles de Noël ont été maintenues avec succès par l’Institution royale.
En 1871, je fus chargé de ces conférences. On m’avait souvent demandé quelques articles sur les glaciers pour des encyclopédies et des revues, mais je m’étais toujours abstenu. Je n’avais pas non plus voulu faire de conférences sur cette question, parce que mon intention était de ne rien écrire et de ne rien dire dont je ne pusse assumer toute la responsabilité : les discussions que ce sujet avait provoquées me faisaient un devoir d’adopter cette ligne de conduite.
Mais, en 1871, il me sembla que le temps était venu où, sans offenser personne, je pouvais parler à nos jeunes auditeurs des travaux de ceux qui avaient résolu pour leur instruction les différents problèmes que présentent les glaciers. Bence Jones, mon ami et mon conseiller si regretté, pensa comme moi que la question n’était pas sans intérêt, et en conséquence je m’y arrêtai définitivement. Plein de sympathie pour la jeunesse, et ayant, par moi-même, l’expérience du mal que peut faire à des esprits encore tendres une exposition insuffisante, je me suis efforcé de rendre ces leçons claires, complètes et animées.
Pour en rendre l’effet plus durable, je rédigeai un
(1) Aucun document authentique ne prouve que M. Wallis ait fait les conférences sur l'astronomie dont nous avons parlé plus haut, et le bibliothécaire de l’Institution royale croit que les Conférences de Noël furent inaugurées par Faraday.
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ni
sommaire détaillé, que je fis distribuer à mes jeunes auditeurs. Mon but était de leur présenter, sous une forme abrégée, mais parfaitement suivie, tous les points essentiels déjà connus sur des glaciers, en y joignant certains résultats de mes dernières recherches, qui ne se trouvaient dans aucun des traités publiés jusqu’alors.
Mais, quand il s’agit d’éducation, je suis tout à fait de l’avis d’Émerson : avec l’instruction, l’œuvre n’est encore qu’à moitié faite, et il faut y joindre ce que ce philosophe appelle la provocation. Par ce mot il entend la faculté qu’ont certains maîtres, grâce à la force de leur caractère et à la vitalité de leur pensée, de mettre en jeu toute l’énergie latente de leurs élèves, et de donner de l’intérêt aux détails les plus arides. Je ne voulais, dans mes leçons, omettre aucun point essentiel, quelle qu’en fût l’aridité ; aussi, pour tenir compte, en même temps, de ce qu’exigeait l’inexpérience de mes élèves, dus-je me tracer le plan d’une suite d’excursions imaginaires avec l’un d'entre eux. Chose étrange, quoique je n’eusse ainsi qu’un compagnon idéal et abstrait, je me pénétrai tellement de sa présence qu’avant ia fia de notre voyage je l’aimais d’uae affection réelle et pleine de vivacité.
Les sommaires dont je viens de parler n’ étaient d’abord destinés qu’à mes jeunes auditeurs ; à la prière d’un ami, je ms suis décidé à les développer, et à en faire le petit livre que je présente ici au lecteur.
L’attention que le public a bien voulu accorder à ce volume me faisait un devoir de donner sur son origine les détails que l’on vient de lire.
Un critique allemand, que je n’ai aucune raison de
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considérer comme très-favorable k l’ouvrage ou à son auteur, s'exprime ainsi à propos de ce petit livre : « La passion de l’auteur pour les montagnes l’entraîne fréquemment à nous donner sur ses excursions dans les Alpes plus de détails que n’en exigent ses démonstrations. Cependant le lecteur ne se plaindra pas de ces digressions, car elles animent singulièrement l’ouvrage. » Tel a été, en effet, le but de ces digressions. J’ai voulu instruire mon jeune compagnon sans le fatiguer et ces interruptions étaient des temps d’arrêt choisis à dessein pour permettre à son esprit de se détendre, et de reprendre ainsi des forces nouvelles.
Quant aux autres critiques, les unes bienveillantes, les autres hostiles, je m’abstiendrai d’en parler. Répondre aux dernières serait le plus souvent manquer de la force d’âme que j'ai cherché à développer chez mon élève. Si ceux qui me lisent les ont vues, ils sauront le peu de cas que j’en fais ; s’ils ne les ont pas vues, je leur conseille de ne point les chercher, mais de juger ce livre par eux-mêmes. Aucun lecteur impartial ne me soupçonnera d’injustice et de mauvaise foi envers mes devanciers, dont nous regrettons tous le dernier survivant et l’un des plus illustres, enlevé il y a quelques
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Après douze ans d’absence, j’ai visité la mer de Glace au mois de juin dernier. Elle m’a présenté d’une manière frappante cet excès de la consommation sur la production qui, s’il continue, finira par réduire les glaciers de la Suisse à n’être plus que l’ombre de ce qu’ils étaient autrefois. Lors de ma première visite à la mer de Glace, ses énormes glaçons s’élevaient au-dessus des Mottets, et un bras de l’Arveiron, jaillissant des hauteurs, tombait en cascade au pied des rochers. La glace s’arrête maintenant bien en deçà. Une énorme moraine, que le glacier a laissée derrière lui en se retirant, marquera encore pendant quelque temps sa grandeur passée. La voûte de l’Arveiron a considérablement diminué. Le chemin par lequel on monte au Chapeau suit une moraine latérale, à laquelle on arrivait, il y a quelques années, par la sur face du glacier : maintenant, cette surface se trouve bien plus bas. L’éparpillement visible et continuel des mo-
Tvkdall. 1
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raines échouées, pour ainsi dire, sur le flanc de la montagne, explique l’absence de toute crête ancienne sur les montagnes à pentes rapides. La cascade de glace du Géant a beaucoup souffert de l’amoindrissement général du glacier. Ses crevasses ont encore un aspect sauvage; mais les falaises de glace et les séracs d’autrefois ne sont plus représentés que d’une façon médiocre.
Le grand Aletsch et ses voisins offrent les mêmes symptômes de diminution. En outre, j’ai reconnu cette année que les deux anciennes moraines, dont j’ai parlé page 142, font partie de la même grande moraine latérale qui a bordé le glacier pendant une longue période, dans laquelle son étendue a dû rester sensiblement constante. Cette limite si bien conservée marque, d’une manière frappante, la place qu’occupait autrefois la rivière de glace.
Pendant le séjour que j’ai fait cette année au Bel Alp, une catastrophe est arrivée qui rend inexacte, momentanément du moins, la description que j’ai donnée, page 133, de la MârgelinSee. Accompagné de deuxjeunes amis, j’avais descendu le glacier et traversé la gorge de la Massa. A notre retour au Bel Alp, nous trouvâmes tout le personnel de l’hôtel aux fenêtres; tous regardaient avec anxiété du côté du glacier. On entendait un bruit semblable au mugissemenl d’une cataracte. Les domestiques disaient que, sans doute, la MârgelinSee avait rompu ses digues. Le fait était vrai. Pendant quelque temps, l’eau coula sous le glacier; mais, parvenue à peu près à moitié
PRÉFACE
chemin entre le Bel Alp et l'Æggischhorn, elle se fraya un passage du côté de ce dernier, et forma un torrent entre le glacier et le flanc de la montagne. En certains endroits, cette rivière avait près de soixante mètres de large; en d’autres, elle était de moins de douze mètres. De temps en temps, les glaces étagées en gradins formaient des séries de cascades d’une hauteur considérable : le torrent se précipitait d’étage en étage avec une fureur indescriptible, et lançait dans les airs un nuage d’écume. Sur un point, le fond du torrent était formé d’une couche épaisse de sable mou ; et, après le passage des eaux, on voyait d’énormes entonnoirs qu’elles y avaient creusés dans leurs mouvements tumultueux.
Peu de temps après notre retour au Bel Alp, les premières eaux du torrent se montrèrent du côté opposé de la vallée, entraînant tout sur leur passage ; quelques minutes plus tard, elles s’élançaient dans le vallon que nous avions traversé le matin. Lorsque nous étions à l’extrémité du glacier , j’avais été frappé de la force et du volume des eaux de la Massa, et de la grandeur de sa voûte; mais je n’avais pu m’expliquer alors la présence des énormes blocs de glace qu’elle charriait continuellement. Une rupture partielle avait sans doute précédé le grand mouvement des eaux supérieures. Le Rhône était considérablement grossi; les récoltes étaient endommagées ou perdues, et le conducteur de la diligence ne comprenait rien aux trois pieds d’eau qui couvraient la grande route, sans aucune raison apparente. Deux ou
PRÉFACE
trois jours après, on me dit, à l’Æggischhorn, qu’un ingénieur avait été envoyé pour examiner s’il ne serait pas possible d’ouvrir un passage, de manière à empêcher les eaux de s’accumuler à l’avenir dans la Màrgelin See. Si ce projet réussit, on aura fait un travail utile, mais, en même temps, on aura détruit un des sites les plus pittoresques de la Suisse.
J. Tyndall.
ET