LE GLACIER DE MORTERATSCH
Mouvement du glacier de Morteratsch. — Bien loin à l’est de l'Oberland, et dans la partie intéressante de la Suisse connue sous le nom d 'Ober Engadin, s’élève un groupe de montagnes, moins hautes que celles de l’Oberland, mais néanmoins fort imposantes. Ce groupe prend le nom de son pic le plus élevé, le Piz Bernina. Pour y arriver, nous prenons le chemin de fer de Bâle à Zurich, et de Zurich à Coirc; puis nous prenons la diligence qui franchit soit la passe d’Albula, soit celle de Julier, pour arriver au village de Pontresina. Là nous sommes tout près des monts Bernina.
De Pontresina on franchit aisément la passe de Bernina, et l'on arrive en Italie, soit à pied, soit en voiture, par une bonne route carrossable. A environ une heure démarché au-dessus du village, on aperçoit de la route, au cœur même des montagnes, une vallée où se trouve un glacier assez considérable. Le long de ce glacier, on suit des yeux une moraine médiane, et on ne peut guère s’empêcher de remarquer que cette moraine, qui n’est d’abord qu’une bande étroite, s’élargit peu à peu en descendant, et finit par couvrir entièrement l’extrémité inférieure du glacier. Et ce n’est pas là un effet de perspective; si vous étiez sur les pentes des montagnes qui alimentent le glacier, vous verriez, de là aussi, s’élargir la bande de débris, quoique, de cet endroit, l’effet de la perspective dût tendre à rétrécir la moraine à mesure qu’elle s’éloigne en . descendant.
Ce courant de glace est le glacier de Morteratsch, dont 1 extrémité se trouve à une petite heure de marche du village de Pontresina. Il s'agit maintenant de déterminer sa vitesse, et d’expliquer l’élargissement de sa moraine médiane.
LA MER DE GLACE
Dans l’été de 1864, M. Hirst et moi nous avons planté trois trois lignes de poteaux en travers du glacier. La première passait à la partie supérieure du glacier; la seconde, beaucoup plus bas, et la troisième, plus bas encore. Néanmoins, la troisième ligne elle-même était bien au-dessus de l’extrémité inférieure du glacier. Voici la vitesse, par 24 heures, de chacune de ces lignes :
Première ligne.
Poteau o* 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11.
Pouces 18 2 13 13 14 13 12 12 10 7 5.
Deuxième ligne.
Poteau r.» 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11.
Pouces 1 4 6 8 10 11 11 11 11 11 11.
Troisième ligne.
Poteau n" 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11.
Comparons ces résultats entre eux. Vous remarquez que la vitesse de la première ligne est plus grande que celle de la deuxième, laquelle, à son tour, surpasse celle de la troisième.
Nous laissons descendre ces lignes pendant 400 heures, et, au bout de ce temps, nous trouvons les nombres suivants pour les distances parcourues par les points de plus grande vitesse des trois lignes :