‹ Les glaciers et les transformations de l'eauChapitre 62 sur 126 · TV · texte numérisé non relu

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Planche Mi

Glacier d'Unlcrapr avec sa moraine centrale.

et régulières, sur la surface des glaciers dans le sens do leur longueur. Elles partent toujours des points de rencontre de deux fleuves de glace. Les moraines centrales sont dans ce cas la continuation des moraines latérales des deux glaciers.

La formation des moraines centrales se voit très-bien dans la planche VII qui représente le glacier d’Unteraar. Dans le fond on voit sortir les deux glaciers de leurs vallées respectives, à droite celui du Schreckhom, à gauche celui du Finsteraarhorn. A partir de leur point de réunion on voit ce rempart de pierre qui occupe le milieu de la figure descendre comme moraine centrale. A gauche on aperçoit quelques gros blocs de pierre portés sur des piliers de glace; c’est ce qu’on appelle les plateaux des glaciers.

Pour vous mettre à même de juger de l’ensemble de ces phénomènes sur un théâtre plus vaste, je place sous vos yeux une carte de la Mer de Glace de Chamonix, faites d’après celle de M. Forbes. (Voyez à la page suivante.)

On sait que la Mer de glace est, quant à sa masse, le plus grand des glaciers delà Suisse, bien que, sous le rapport de la longueur, elle le cède au glacier d’Aletsch. Elle est alimentée par les champs de neige des montagnes situées un peu au nord du mont Blanc, dont plusieurs comme la grande Jorasse, l'aiguille Verte (a, carte de la Mer de Glace, et coupe de la page 200), l’aiguille du Géant (b), l’aiguille du Midi (c) et l’aiguille du Dru ( d ) ne sont inférieures que de 2 000 à 3 000 pieds à ce roi des montagnes de l’Europe. Les champs de neige qui s’étendent sur les flancs de ces montagnes et dans les vallées se réunissent en trois fleuves principaux : le glacier du Géant, le glacier iu Léchaud et le glacier du Talèfre qui se joignent finalement, comme l’indique la carte, et forment ainsi la Mer

de glace, fleuve de glace de 2 600 à 3 000 pieds de large qui descend dans la vallée de Chamonix ; de sa partie inférieure, en k, sort un grand ruisseau, l’Arveyron, qui va

Carte de la Mer de glace do Chamonix.

se jeter dans l’Arve . La chute inférieure de la Mer de glace, visible depuis la vallée de Chamonix et qui forme une gigantesque cascade de glace, est ordinairement dési-

gnée sous le nom de glacier des Bois, du nom d’un petit village situé au-dessous.

La plupart des visiteurs de Chamonix ne montent que sur la partie inférieure de la Mer de glace, à partir de l’auberge du Montanvers (m) ; s’ils ne craignent pas le vertige , ils traversent le glacier en cet endroit pour gagner la petite maison du Chapeau placée vis-à-vis en n. Quoique, comme la carte l’indique, on ne puisse voir et qu’on ne traverse ainsi qu’une partie relativement très-petite du glacier, ce chemin suffit pour faire connaître les scènes grandioses et les difficultés d’une excursion sur les glaciers. Des touristes plus audacieux remontent le glacier jusqu’au Jardin (e), roche couverte d’un peu de végétation, qui divise en deux bras le fleuve de glace du glacier du Talèfre. D’autres, plus courageux encore, vont jusqu’au col du Géant (11 000 pieds au-dessus de la surface de la mer), pour descendre du côté de 1 Italie dans la vallée d’Aoste.

La surface de la Mer de glace nous montre quatre de ces remparts de pierres désignés sous le nom de moraines centrales. La première, à l’est du glacier, prend naissance à la partie inférieure du Jardin , au point de réunion des deux bras du glacier du Talèfre; la seconde provient de la réunion de ce glacier avec le glacier de Léchaud, la troisième, de la réunion de ces divers* glaciers avec le glacier du Géant et enfin la quatrième d’un banc de rochers qui descend de l’aiguille du Géant vers la cascade (g) du glacier du Géant.

Pour vous donner une idée de l’élévation et de la pente du glacier, j’ai tracé (p. 200) une coupe longitudinale d’après les nivellements et les mesures de M. Forbes, avec la vue de la rive droite du glacier. Les lettres dési-

Coupe longitudinale de la Mer de glace de Chamonix.

gnent les mêmes objets que dans la carte de la page 198; P est l’aiguille du Léchaud, q jfijv 1 aiguille Noire, r le mont Ta-

i cul > f est I e col du Géant, le

c/A. P°' nt le plus bas de la haute

muraille de rochers qui entoure le bord supérieur des 1 1 champs de neige alimentant la

. H H | Mer de glace. La base du des-

T sin correspond à 2 milles alle- KïlisL. s roands ; à l’extrémitc droite,

les hauteurs au-dessus du w '4 niveau de la mer sont indi-

quées en pieds anglais. La m, figure montre très-bien com-

||k I l J * en la pente du glacier est

^ Pdite dans la plupart des endr o»ts. Quant à la profon- ! deur on ne peut l’apprécier

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B ' UJg va is signaler.

; ; Sur le Tacul, le bord du

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al l’extrémité d’un rocher taillé

>■* pic, une muraille de glace

s’élevant verticalement à une hauteur de 140 pieds. Cette hauteur indique la profondeur que doit avoir sur son bord l’un des bras supérieurs du glacier. Au centre, et après la réunion des glaciers, la profondeur doit être beaucoup plus grande. Un peu au-dessous du point où se réunissent les trois glaciers, MM. Tyndall et Hint sondèrent la profondeur d’un moulin, — c’est-à-dire d’une de ces cavités par lesquelles les eaux de la surface des glaciers descendent jusqu’au fond — : ils trouvèrent 160 pieds de profondeur, et leurs guides affirmèrent à cette occasion qu'ils avaient sondé une fois dans un pareil trou 350 pieds de profondeur, mais on n’a jamais atteint le sol du glacier. En considérant d’ailleurs le sol ordinairement crevassé et plein d’excavations des vallées formées par des rochers à pic, il parait invraisemblable que, pour une largeur de 3000 pieds, la profondeur moyenne ne soit que de 350 pieds; la manière même dont les glaciers se meuvent fait supposer que sous la partie crevassée se trouve une couche très-puissante et bien adhérente.

Pour vous faire mieux apprécier les grandeurs relatives de la Mer de glace, je vais prendre un exemple qui vous est plus familier : Figurez-vous la vallée de Heidelberg remplie de glace jusqu’à la Molkenkur ou plus haut, de manière que la ville entière avec ses tours et son château soit enterrée dans la glace s’élevant graduellement depuis l’ouverture de la vallée jusqu’à Neckargemünd ; tout cela correspondrait à peu près au fleuve unique de la partie inférieure de la Mer de glace.

Ou bien encore, imaginez qu’à la place du Rhin et de la Nahe, près de Bingen, se réunissent deux fleuves de glace remplissant la vallée du Rhin jusqu’à son bord supérieur, aussi haut que le regard peut s’élever; le fleuve

202 CONFÈRENCE DE M. H. HELMHOLTZ

unique formé par leur réunion descendrait vers Asmannshausen et Burg-Rheinstein. Un pareil fleuve de glace aurait aussi à peu près les dimensions de la Mer de glace.

La planche VIII' nous montre la puissance des masses de glace qui forment les grands glaciers ; elle représente la partie inférieure du gigantesque glacier de Gorner, près de Zermatt.

La surface de la plupart des glaciers est plus ou moins salie par du sable et par une foule de petites pierres qui se rapprochent, à mesure que la glace qui se trouve autour d’elles et au-dessous d’elles disparait en fondant. A la surface, la fusion a rendu friable la glace qu’elle n’a pas détruite. Mais au fond des crevasses, on aperçoit de la glace d’une pureté et d’une clarté dont la glace que nous voyons dans nos plaines ne peut pas nous donner la moindre idée. Par suite de sa grande pureté elle parait d’un bleu magnifique, à peine un petit peu plus verdâtre que le bleu du ciel. Les crevasses dans lesquelles on peut admirer la glace de l’intérieur présentent toutes les dimensions. Elles naissent à l’état de simples fentes, dans lesquelles on peut à peine introduire la lame d’un couteau : elles s’élargissent peu à peu, pour former finalement des gouffres de plusieurs centaines ou même de plusieurs milliers de pieds de longueur, de 20, 30, même 100 pieds de largeur; ils sont presque toujours tellement profonds que l’œil ne peut atteindre le fond. Leurs parois verticales, d'un bleu foncé, rendues étincelantes par l’eau qui filtre le long d’une glace pure comme du cristal, forment l’un des spectacles les plus spendides que la nature nous offre, spectacle singulièrement relevé par l’idée des dangers qu’il présente et qui en rendent la jouissance impossible aux touristes qui ne se sentent pas compléte-

ment exempts de toute prédisposition au vertige. Il faut savoir, à l’aide de souliers bien ferrés et d’un bâton bien pointu, se maintenir sur la glace, sur le bord d’un précipice à pic dont le fond se perd dans les ténèbres de la nuit à une profondeur inconnue. On ne peut pas toujours éviter ces crevasses lorsqu’on veut traverser un glacier. Ainsi, sur la partie inférieure de la Mer de glace, traversée ordinairement par les touristes, on est obligé de marcher sur des bancs de glace étroits et souvent assez inclinés : ces bancs n’ont souvent que 3 ou 4 pieds de largeur, et, des deux côtés, ils sont longés par un de ces gouffres bleus. Plus d’un touriste habitué à marcher sans crainte dans des sentiers taillés dans le roc, au bord d’un précipice, a senti son courage fléchir sur ces ponts de glace; il est pourtant impossible de détourner les yeux de ces gouffres béants, car il faut soigneusement choisir l’endroit où l’on peut poser le pied. Ces gouffres bleus, ouverts sous nos pieds, sont loin d’être le plus grand danger des glaciers. Mais , nous autres mortels , nous sommes tellement organisés qu’un péril que nous voyons et que, par cela même, nous pouvons facilement éviter, nous effraye plus qu’un autre péril dont nous connaissons bien l’existence mais qu’un léger voile cache à nos yeux. Il en est ainsi des gouffres des glaciers. Dans la partie inférieure des glaciers, ils sont béants devant nos yeux, nous menaçant de la mort : nous reculons effrayés, nous nous armons de prudence pour leur échapper ; c'est à peine s’il y arrive un accident. Sur la partie supérieure des glaciers, la surface est au contraire couverte de neige ; lorsqu’elle tombe avec abondance, les couches épaisses forment voûte sur les crevasses larges seulement de 4 à 8 pieds et les couvrent de manière à les cacher compîéte-

ment, de sorte que le touriste ne voit devant lui qu’une belle couche de neige bien unie. Lorsque ces ponts de neige sont assez épais ils portent bien un homme ; mais ils ne le sont pas toujours, et ce sont là les endroits où les hommes et même les chamois trouvent le plus souvent la mort. Le moyen d’éviter ce danger consiste ordinairement à s’attacher deux ou trois au moyen d’une longue corde de manière à pouvoir se suivre à 40 ou 12 pieds de distance. Si l’un des touristes tombe dans une crevasse, les deux autres peuvent le retenir et le remonter.

Sur certains points, on peut descendre dans les fentes, surtout à la partie inférieure des glaciers. Sur les glaciers si souvent visités de Grindelwald , Rosenlaui et autres , on facilite l’accès des voyageurs en taillant des marches dans la glace et en y plaçant des planches. Si l’on ne craint pas l’eau qui y suinte continuellement, on peut ainsi descendre assez bas dans les crevasses et admirer les parois de cristal, si merveilleusement transparentes de ces cavités. La belle couleur bleue qu’elles possèdent est la couleur naturelle de l’eau tout à fait pure ; l’eau liquide, comme la glace, est colorée en bleu, mais excessivement peu, de sorte que la couleur ne devient visible que pour des couches de 10 pieds ou plus. L’eau du lac de Genève et du lac de Garde présente la même couleur que la glace.

Les glaciers ne sont pas partout déchirés ; lorsque la glace se heurte contre un obstacle ou bien au milieu de deux grands fleuves de glace s’avançant parallèlement, la surface est tout à fait unie. Voici (en face page 205) une des parties les plus unies de la Mer de glace, dans le voisinage du Montanvers dont la petite maison apparaît dans le fond. Le Griesgletscher peut même être traversé

Surface de la Mer de glace, près du Montanvcra.

ment dans les points où le lit passe d’une pente douce à une pente plus rapide. Là, la glace se déchire dans tous les sens en formant des blocs isolés, auxquels la fusion donne l’aspect de pyramides et de pics pointus de formes très-curieuses, qui se précipitent de temps en temps avec un bruit effroyable dans les gouffres environnants. De

à cheval à l’endroit où se réunissent la vallée supérieure du Rhône et la vallée de la Tosa. Les endroits les plus déchirés de la surface des glaciers se trouvent naturelle-

Glacier des Bois, au bai de la Mer de glace* •

page 198) présente une de ces cascades en l, le glacier du Géant en présente un autre en g , enfin la partie inférieure de la Mer de glace en offre une troisième. Cette dernière, dont nous avons déjà parlésous le nom de glacier des Bois, et qui s’élève sans transition à une hauteur de 1700 pieds au-dessus du sol de la vallée de Chamonix, hauteur du

loin un tel endroit ressemble à une cascade sauvage que le froid aurait solidifiée ; de là aussi le nom de cascade qu'on leur donne. Le glacier du Talèfre (voyez la carte,

Kœnigstuhl, près de Heidelberg, frappe toujours d’admiration le touriste de Chamonix. On voit représentés ici ses blocs de glace déchirés.

Jusqu’ici nous avons comparé les glaciers à des fleuves en nous fondant sur leur aspect extérieur ; cette ressemblance n’est pas purement extérieure. La glace du glacier se meut en effet comme l'eau d’un fleuve, mais moins rapidement. Ce que je vous ai appris déjà sur la formation des glaciers vous prouve qu’il doit en être ainsi. Comme la glace de la partie inférieure des glaciers diminue continuellement par suite de la fusion, elle disparaîtrait nécessairement si de nouvelles masses ne suivaient pas toujours, constamment renouvelées par la chute des neiges sur les champs de neige.

Mais une observation attentive nous permettra de suivre de l’œil le mouvement des glaciers. Tout d’abord, les habitants de la vallée, qui ont toujours devant les yeux le glacier, qui le traversent souvent et qui prennent comme points de repère pour retrouver leur chemin les gros blocs de rochers gisant à sa surface, s’aperçoivent de ce mouvement en voyant ces repères se déplacer chaque année d’une manière sensible vers le bas de la vallée. Par exemple comme la partie inférieure de la Mer de glace de Chamonix se déplace chaque année de 400 à 500 pieds, vous comprendrez très-bien que ces déplacements, malgré la confusion chaotique qui règne parmi ces crevasses et ces masses de pierres, doivent finir par être remarqués.

Le glacier entraîne, outre les pierres, les objets qui se trouvent accidentellement à sa surface. En 1788, le célèbre naturaliste Saussure et son fils, accompagnés d’une

ravane de poiteurs et de guides, passèrent seize jours

sur le col du Géant ; en descendant le long des rochers, du côté de la cascade du glacier du Géant ( g , carte de la oagel98), ils y abandonnèrent une échelle de bois. C’était ni pied de l’aiguille Noire, à l’endroit où la quatrième mo raine centrale delà Mer de glace prend son origine; cette ligne indique en même temps la direction suivant laquelle la glace s’éloigne à partir de cet endroit. En 1832, c’est-àdire quarante-quatre ans plus tard, des morceaux de cette échelle furent retrouvés par M. Forbes et par d’autres voyageurs, un peu au-dessous du point de réunion des trois glaciers de la Mer de glace, sur la moraine centrale dont j’ai parlé (s, carte de la page 198) ; il s’ensuit que cette partie du glacier avait glissé en moyenne de 377 pieds par an. En 1827, Hugi s’était bâti une cabane sur la moraine centrale du glacier de l'Unteraar, pour y faire des observations. L’endroit occupé par cette cabane fut déterminé par lui et, plus tard, par Agassiz; chaque année elle descendait un peu. Quatorze ans après, en 1841, elle se trouvait 4884 pieds plus bas ; elle avait donc parcouru, en moyenne, 349 pieds de Paris par an. Agassiz trouva plus tard un déplacement un peu plus faible en observant les positions successives de la cabane qu’il avait construite aussi sur le même glacier. Les observations dont je viens de parler exigeaient un temps très-long. Si l’on observe, au contraire, le mouvement des glaciers avec des instruments de précision, par exemple avec les théodolites dont se servent les arpenteurs, on n’a pas besoin d’attendre des années pour reconnaître le déplacement de la glace, un seul jour suffit.

De semblables observations ont été faites, dans ces derniers temps, par plusieurs observateurs, notamment par M. Forbes et par M. Tyndall. Il résulte de leurs mesures

que la partie centrale de la Mer de glace avance, en été, avec une vitesse de 20 pouces par jour, vitesse qui, du côté de la cascade inférieure, monte à 35 pouces. En hiver, la vitesse est à peu près moitié moindre. Sur les bords du glacier et dans ses couches plus profondes, la vitesse, comme celle de l’eau d’un fleuve, est considérablement plus petite que dans la partie centrale de la surface.

- Les affluents supérieurs de la Mer de glace sont animés d’:m mouvement moins rapide : il est de 13 pouces par jour pour le glacier du Géant, de 9 pouces et demi pour le glacier du Léchaud. En général la vitesse varie avec les différents glaciers, selon leur grandeur, leur inclinaison, la masse de la neige qui tombe et une foule d’autres circonstances.

Cette énorme masse de glace s’avance ainsi, d'une manière insensible et sans bruit, d'environ 1 pouce par heure. Il faut cent vingt ans à la glace du col du Géant pour atteindre la partie inférieure de la Mer de glace; son mouvement ne frappe pas les yeux de l’observateur superficiel, et cependant elle s’avance avec une force irrésistible, brisant comme des brins de paille tous les obstacles que les hommes pourraient lui opposer, laissant des traces de son passage même sur les parois granitiques de la vallée, comme nous le verrons plus tard. Lorsqu’à la suite d’une série d'années humides, accompagnées de chutes de neige très considérables dans les hauteurs, la partie inférieure du glacier s’avance, elle pousse devant elle les demeures des hommes, en brisant sur son passage les arbres les plus vigoureux, elle déplace même, sans paraître éprouver de résistance sensible, les remparts formés par les immenses blocs de rochers qui cona- Tykoalu 14

tituent sa moraine terminale et qui forment des séries de ; collines très- considérables.

Quel sepctacle vraiment grandiose que ce mouvement, • si doux, si contenu, si irrésistible, si puissant !

Ici, je veux encore faire remarquer que la manière

même dont les glaciers se meuvent nous apprend où et

Glacier de Gorner, près de ZermatL

dans quel sens les fentes doivent se former. Comme toutes les couches du glacier n’avancent pas avec une égale rapidité, certains points restent en arrière par rapport à d’autres, par exemple les points voisins des bords par rapport à ceux du centre. Par suite, la distance d’un point donné, situé près du bord, à un point du centre qui se trouve primitivement sur la même hauteur, augmente

constamment, parce que ce dernier se meut plus vite ; comme la glace située entre ces deux points ne peut pas se dilater en proportion de l’augmentation de la distance, elle se déchire et forme des fentes : on peut le voir (p. 210) sur les bords du glacier de Gorner, près de Zermatt. Je me laisserais entraîner trop loin si je voulais vous expliquer la formation de tous les systèmes de fentes régulières qui se produisent dans des endroits déterminés de tous les glaciers; il me suffira de vous dire que les explications tirées des considérations précédentes concordent très-bien avec les faits observés sur les glaciers.

Cependant je vous ferai encore observer que des déplacements excessivement petits suffisent pour former des centaines de fentes dans la glace. La coupe de la Mer de glace page 200 ( g,c,h ) vous montre des endroits où l’inclinaison de la surface de la glace varie, d’une manière presque insensible, de 2 à 4 degrés. Ce petit changement d'inclinaison suffit pour produire à la surface du glacier un système de fentes transversales. M. Tyndall a, en effet, avancé, et prouvé par des calculs et des mesures, que la masse de glace des glaciers ne se dilate pas du tout, mais qu’elle se brise toujours sous l’influence de la traction.

La distribution des pierres sur la surface des glaciers s’explique tout aussi facilement lorsqu’on considère leur mouvement. Ces pierres ne sont que les débris des montagnes entre lesquelles coule le glacier. Par suite de la décomposition des rochers, ou sous l’influence de la congélation de l’eau qui se trouve dans leurs fentes, il s’en détache des morceaux qui roulent sur le glacier, principalement sur ses bords. Ces débris peuvent rester immédiatement couchés à la surface, ou commencer par

s’enfoncer dans la neige; mais ils finissent toujours par revenir à la surface par suite de la fusion des couches superficielles de neige et de glace; ils se rapprochent de plus en plus, surtout à la partie inférieure du glacier, où la glace qui les sépare se fond plus rapidement. La grandeur des blocs, que la glace charrie avec elle et vient déposer à la partie inférieure du glacier, est souvent colossale. On voit, dans les moraines terminales anciennes et nouvelles, des blocs de rochers de la grandeur d’une maison à deux étages.

Les blocs de pierres se meuvent suivant des lignes qui restent à peu près parallèles entre elles et à la direction longitudinale du glacier. Ceux qui se trouvent au milieu du fleuve de glace restent au milieu, ceux qui sout couchés sur le bord restent sur le bord. Ce3 derniers sont les plus nombreux, parce que, pendant tout le parcours du glacier, de nouvelles roches peuvent tomber sur le bord et jamais sur la partie centrale du glacier. C’est ainsi que se forment, sur les bords de la glace, les moraines latérales dont les blocs sont en partie entraînés par la glace, en partie déposés sur le sol qui borde le glacier. Mais lorsque deux glaciers se réunissent, leurs moraines latérales se heurtent, forment au milieu du fleuve unique une moraine centrale etglissent, en restant parallèles entre elleset aux rives du fleuve, jusqu’à ce qu’elles atteignent lalimite inférieure de la glace qui appartenait primitivement à l’un ou à l’autre des bras du glacier. Ces moraines sont très -remarquables parce qu’elles montrent comment les parties voisines d'un même glacier s’avancent en bandes régulières et parallèles vers les parties inférieures. Il vous suffira de jeter un regard sur la carte de la Mer de glace (p. 198), et de ses quatre moraines centrales pour vous en convaincre.

Sur le glacier du Géant et sur son prolongement dans la Mer de glace, les pierres dispersées à la surface de la glace forment une série de bandes alternativement grises et blanches, des espèces d’anneaux annuels de glace, observés pour la première fois parM. Forbes. En été, il descend une plus grande quantité de glace qu’en hiver par la cascade g ; il en résulte que la surface du glacier, au-dessous de la cascade, prend l’aspect de terrasses, ainsi que l’indique la figure. Comme, d’ailleurs, les côtés de ces terrasses qui regardent vers le nord fondent moins rapidement, la glace qui les forme est plus pure. C’est là, d’après M. Tyndall , l’origine probable de ces bandes boueuses. A l’origine elles traversent assez régulièrement le glacier; mais comme, dans la suite, leur centre avance plus rapidement que ’eurs extrémités, elles prennent une forme bombée. Elles indiquent à l’observateur, par leur courbure môme, les vitesses différentes que possèdent les diverses parties de la glace dans l’écoulement des glaciers.

D’autres pierres englobées dans les couches inférieures de la masse de glace jouent un rôle particulier; les unes sont tombées au milieu de ces couches par les crevasses de la surface, d’autres ont été arrachées au sol de la vallée. Ces pierres glissent avec la glace sur le sol de la vallée du glacier, contre lequel elles sont pressées par la charge énorme de glace qui se trouve au-dessus d’elles. Les rochers englobés dans la glace, et ceux qui sont Axés sur le sol de la vallée, sont également durs et se réduisent en poussière sous l’influence du frottement qu’ils exercent les uns contre les autres avec une force devant laquelle disparaissent toutes les forces dont l'homme peut disposer. Le produit de ce frottement est une poussière

excessivement fine, entraînée par l’eau, et qu’on retrouve dans le ruisseau du glacier, auquel elle donne une couleur blanchâtre ou jaunâtre. Quant aux rochers du sol de la vallée, sur lesquels le glacier exerce continuellement son action de frottement, ils sont polis comme s’ils étaient soumis à un gigantesque polissoir . Ils subsistent sous forme de bosses bien polies et à peu près rondes, sur lesquelles on remarque, çà et là, des rayures produites par certaines pierres plus dures ; c’est ainsi que nous les voyons apparaître à l’extrémité des glaciers lorsque, à la suite d’une série d’années chaudes et sèches, la glace se retire un peu. Mais nous trouvons ces rochers polis eri bien plus grand nombre dans les parties inférieures de beaucoup de vallées des Alpes, où ils sont les traces laissées par d’anciens glaciers gigantesques. C’est principalement dans la vallée de l’Aar, jusque vers Meyringen, que l’on trouve ces rochers caractéristiques, polis jusqu’à une grande hauteur. C’est là aussi qu’on rencontre ces dalles de pierres polies si célèbres, sur lesquelles passe un chemin, et qui sont tellement glissantes qu’on a été obligé de les entailler pour permettre aux hommes et aux chevaux d’y marcher sans danger.

A côté de ces rochers polis, on trouve encore d’anciennes moraines et des blocs de pierre entraînés qui nous permettent de juger de l’immense extension des anciens glaciers. Les blocs de pierre transportés par les glaciers se distinguent de ceux que l’eau a roulés avec elle, par leur grandeur immense, par la complète conservation de toutes leurs arêtes, dont aucune n’est usée par le roulement, et surtout parce que le glacier les a déposés les uns à la suite des autres, exactement dans l’ordre suivant lequel se succèdent sur la montagne les différentes roches

dont ils proviennent, tandis que les courants d’eau entremêlent toutes les pierres qu’ils entraînent.

En se fondant sur ces caractères, les géologues ont pu démontrer que les glaciers de Chamonix, du mont Rose, du Saint-Gothard et des Alpes bernoises, avançaient par les vallées de l’Arve ; du Rhône, de l’Aar et du Rhin jusque dans la plaine de la Suisse et jusqu’au Jura, où ils ont déposé leurs blocs à une hauteur de plus de 1000 pieds au-dessus du niveau actuel du lac de Neuchâtel. Des traces semblables d’anciens glaciers se trouvent sur les montagnes des Iles-Britanniques et de la presqu’ile Scandinave.

Les glaces flottantes des mers du Nord sont aussi de la glace glacière ; les glaciers du Groenland la poussent dans la mer, où elle se détache de la masse totale du glacier pour aller nager au loin. En Suisse, nous trouvons, sur une petite échelle, une formation analogue de glace flottante sur le petit lac Maerjelen, dans lequel entre une partie des masses de glace du grand glacier d’Aletsch. Des blocs de pierre, englobés dans la glace flottante, peuvent ainsi faire de grands voyages par mer. Il est probable que l’énorme quantité de blocs de granit qui se trouvent dans la plaine du nord de l’Allemagne, et dont le granit appartient aux montagnes Scandinaves, ont été charriés par des glaçons durant la période même pendant laquelle les glaciers des montagnes de l’Europe avaient pris une si considérable extension.

Malheureusement je suis forcé de m’en tenir là sur l’histoire ancienne des glaciers pour revenir aux phénomènes qui se passent dans les glaciers de nos jours

Des faits que je viens de vous exposer, il résulte que la glace d’un glacier coule lentement , comme le ferait un

216 CONFÉRENCE DE M. H. HELMIIOLTZ

fleuve d’une substance visqueuse, par exemple un fleuve de miel, de goudron ou une bouillie épaisse d’argile. La masse de glace ne se meut pas simplement sur le sol, comme un corps solide qui descend une pente; elle se plie, ses parties glissent les unes sur les autres, et, quoique là masse avance en même temps sur le sol de la vallée, les parties qui touchent le sol ou les parois de la vallée sont sensiblement ralenties par cet immense frottement. Le milieu de la surface du glacier, c’est-à-dire la partie la plus éloignée du sol et des parois de la vallée, se meut au contraire le plus vite.

Un prêtre savoyard, l’abbé Rendu, et le célèbre naturaliste écossais Forbes furent les premiers à faire ressortir l’analogie des glaciers avec un fleuve d’un liquide visqueux. Vous me demanderez, sans doute, avec surprise, comment il se peut que la glace, de toutes les substances connues la moins flexible et la plus cassante, puisse couler dans un glacier comme une substance visqueuse? Vous êtes peut-être très disposés à voir là l’hypothèse la moins naturelle et la plus paradoxale qui ait jamais été créée par 1 imagination des naturalistes. Je m’empresse d’ajouter que les naturalistes eux-mêmes ont été singulièrement embarrassés en présence des résultats de leurs recherches. Mais les faits sont là, et ils ne sauraient être niés. La manière dont le mouvement de la glace peut se produire resta longtemps une énigme d’autant plus impénétrable que la facilité avec laquelle se casse la glace apparaît dans les glaciers eux-mêmes par la formation d’innombrables fissures. C’est là, comme M. Tyndall l’a fait remarquer avec raison, une différence essentielle entre les fleuves de glace et les rivières de lave, de goudron, de miel ou d’eau bourbeuse.

La solution de ce curieux problème Sortit — comme cela arrive souvent dans les sciences naturelles — de recherches complètement étrangères en apparence à la question. Ces recherches entreprises pour étudier la nature de la chaleur, et dont les résultats constituent une des conquêtes les plus importantes de la physique moderne, sont désignées ordinairement sous lenomde théorie mécanique de la chaleur. A côté d’une foule d’enseignements sur les rapports réciproques des forces de la nature, les principes de la théorie mécanique de la chaleur conduisent à certaines conclusions sur la relation qui existe entre le point de congélation de l’eau et la pression à laquelle sont soumises l’eau et la glace.

Vous savez que nous déterminons l’un des points fixes de notre échelle thermométrique, celui que nous appelons point de congélation ou zéro, en plongeant le thermomètre dans un mélange d’eau pure et de glace. L’eau — du moins quand elle est en contact avec de la glace — ne peut être refroidie au-dessous de zéro sans se transformer elle-même en glace; la glace ne peut être chauffée audessus de zéro sans fondre. Ainsi, de l’eau et de la glace ae peuvent se trouver en présence qu’à la seule température de 0 degré.

Si l’on cherche à échauffer un pareil mélange à l’aide de la chaleur d’une flamme, la glace fond, mais la température du mélange ne peut dépasser 0 degré aussi longtemps qu’il reste une portion de glace non fondue. Ainsi, la chaleur fournie au mélange transforme de la glace à 0 degré en eau à 0 degré, sans qu’on puisse constater la moindre élévation de température à l’aide du thermomètre. Aussi les physiciens disent-ils que la chaleur absorbée est devenue latente, et que l’eau à 0 degré contient une

CONFÈRENCE DE M. H. HELMHOLTZ

certaine quantité de chaleur latente de plus que la glace à la même température.

Réciproquement, quand nous enlevons de la chaleur à un tel mélange l’eau gèle peu à peu ; mais aussi longtemps qu’il reste une portion d’eau liquide, la température ne descend pas au-dessous de 0 degré. Dans ce cas, l’eau à 0 degré abandonne sa chaleur latente pour passer à l’état de glace à 0 degré.

Un glacier est une masse de glace traversée dans tous les sens par des filets d’eau. Toutes les parties intérieures de cette masse sont donc à la température de 0 degré. Les couches inférieures de névé des champs de neige paraissent avoir cetle même température dans les parties les plus élevées de nos Alpes. La neige, au moment où elle tombe, a presque (toujours une température inférieure à 0 degré. Mais les premiers rayons de soleil fondent les couches de la surface; l’eau ainsi produite s’infiltre dans les couches plus profondes et plus froides, où elle continue à se transformer en glace jusqu’à ce que toutes les couches aient pris une température uniforme de 0 degré. A partir de ce moment, la température reste invariable. En effet, les rayons du soleil peuvent bien fondre la glace de la surface, mais jamais ils ne peuvent élever sa température au-dessus de 0 degré. Le froid de l’hiver ne pénètre pas non plus profondément dans ces couches de neige et de glace qui sont fort peu conductrices, pas plus qu’il ne pénètre dans nos caves. Les couches inférieures des champs de neige, comme celles des glaciers, restent donc indéfiniment à la température de 0 degré.

Mais la température du point de congélation de l’eau peut être modifiée par une forte pression. M. James Thomson, de Belfast, le premier, et M. Clausius, de Zu-

rich, peu après, arrivèrent à cette conséquence en partant de la théorie mécanique de. la chaleur, qui fournit même le moyen de déterminer à l’avance la grandeur de la variation produite par la pression. Le point de fusion descend de -rfj de degré Réaumur pour une pression de une atmosphère. Le frère de M. Thomson, sir W. Thomson, le célèbre physicien de Glasgow, confirma par l’expérience les conséquences de la théorie, en comprimant un mélange de glace et d’eau dans un vase suffisamment solide : celui-ci se refroidissait de plus en plus à mesure que la pression montait, et cela dans des proportions conformes aux conséquences théoriques.

Quand un mélange d’eau et de glace se refroidit sous l’influence de la pression, cela suppose que de la chaleur latente devient libre, c’est-à-dire qu’une partie de la glace fond pour se transformer en eau. C’est là aussi la raison pour laquelle la pression influe sur la température de fusion de la glace. Vous savez que la glace occupe un espace plus grand que l’eau dont elle provient. Lorsque de l’eau gèle dans un vase hermétiquement fermé, elle brise non-seulement des enveloppes de verre, mais même des bombes en fer. Ainsi, par le fait même de la fusion d’une partie de la glace lors de la compression d’un mélange de glace et d’eau, le volume de la masse diminue, et celle-ci peut céder à la pression qu’el’e supporte, plus qu’elle ne le pourrait sans ce changement de la température de fusion. La pression mécanique facilite dans ce cas la fusion, c’est-à-dire la production d’un changement favorable au développement de sa propre action ; on peut observer la même chose dans presque toutes les actions réciproques des forces de la nature.

220 CONFÉRENCE £>E M. E. E2LMHOLTZ

Dans l’expérience de M. W. Thomson, l’eau et la glace étaient renfermées dans un vase d'où rien ne pouvait s’échapper. La question prend une tournure un peu différente, lorsque l’eau qui se trouve entre les morceaux de glace comprimés peut s’échapper par des fentes, comme cela arrive dans les glaciers. La glace est toujours comprimée, mais non plus l’eau qui s’échappe. La glace comprimée se refroidit alors d'une quantité correspondante à l’abaissement de son point de congélation par la pression, mais le point de congélation de l’eau qui n’est pas comprimée ne change point. Nous avons donc , dans ces circonstances, de la glace au-dessous de 0 degré. Il en résulte que tout autour de la glace comprimée une partie de l’eau se congèle , tandis qu'en môme temps une partie de la glace comprimée continue à fondre.

C’est ce qui arrive déjà lorsqu’on presse l’un contre l’autre deux morceaux de glace. L’eau gèle sur les surfaces en contact ; les deux morceaux de glace se soudent et ne forment plus qu’une masse continue. Lorsque la pression est forte, la glace se refroidit beaucoup, et l’union se fait très- rapidement ; mais on peut réussir à souder les deux morceaux sous une faible pression : il suffit pour cela d’attendre plus longtemps. M. Faraday, qui a découvert ce phénomène, lui a donné le nom de végétation de la glace ; on a beaucoup disputé sur l’explication de ce phénomène; je vous ai donné celle qui me paraît la plus satisfaisante.

L’union de deux morceaux de glace se fait très-facilement lorsqu’on se sert de deux fragments de formes convenables, dont la température n’est pas inférieure à 0°; elle réussit mieux Ion que les morceaux ont déjà com-

mencé à fondre Il suffit de les presser pendant quelques instants l’un contre l’autre pour les souder. Plus les surfaces en contact sont unies, mieux elles se soudent par la regélation. Une pression môme très-petite peut suffire lorsque le contact est prolongé.

Cette propriété de la glace est mise à profit par les enfants lorsqu’ils font des pelotes ou des hommes de neige. Pour que cela soit possible il faut que la neige ait déjà commencé à fondre ou que sa température soit assez peu inférieure à 0° pour que la chaleur de la main suffise à la ramener à la température de fusion. La neige très-froide forme une poudre sèche qui ne s’agglutine pas du tout.

Ce que les enfants font en petit, en fabriquant leurs pelotes de neige, se passe sur une échelle immense dans les glaciers. Les couches inférieures du névé, primitivement à l’état de poudre fine, sont comprimées par les masses de neige qui s’élèvent au-dessus d’elles en montagnes de plusieurs centaines de pieds de hauteur. Sous l’influence de cette pression, elles se pelotent pour former une masse de plus en plus dense. La neige qui vient de tomber consiste en petites aiguilles de glace microscopiques trèsfines, formant de charmantes petites étoiles hexagonales. Dès que les couches supérieures des champs de neige reçoivent les rayons du soleil, elles fondent en partie; l’eau provenant de leur fusion s’infiltre dans la neige et va se geler dans les couches plus profondes au contact de la neige plus froide. Elle donne à celle-ci un aspect granuleux, et la ramène à la température de 0°. Mais comme

1. Le professeur se servait d’une série de petits cylindres de glace obtenus par un procédé indiqué plus loin ; on les pressait l’un contre l’autre par leurs surfaces planes, et l’on parvenait ainsi à former un bâton de glace cylindrique.

le poids des masses de neige superposées va en grandis sant sans cesse, cette neige granuleuse se soude et prend enfin l'aspect d’une masse très-dure et très-dense.

En employant une pression convenable, nous pouvons reproduire artificiellement cette transformation de la neige en glace.

Vous voyez ici un vase cylindrique de fonte AA;

la plaque du fond BB est maintenue par trois vis et peut être enlevée lorsqu’on veut sortir le cylindre de glace formé à l’intérieur. Après avoir maintenu ce vase pendant quelques instants dansde laglace fondante, pour le refroidir jusqu’à 0°, on le remplitdeneige; on y introduit ensuite au moyen d’une presse hydraulique le piston CC qui remplit la capacité intérieure tout en y entrant facilement. La

Moule de foute eerveut^omprimer U ueig. press0 hydraulique dont

je me sers permet de porter jusqu’à 50 atmosphères la pression à laquelle on soumet la glace. Naturellement, la neige soumise à cette grande pression n’occupe plus qu’une place excessivement réduite. On supprime alors la pression, on sort le piston et, de nouveau, l’on remplit de neige le cylindre. On continue ainsi jusqu’à ce qu’on ait rempli la cavité

entière du vase AA d’une masse de glace qui ne cède plus sous l’action de la presse. Si je sors maintenant la neige comprimée vous verrez qu’elle s’est transformée en un cylindre de glace dure, aux arêtes bien tranchées, présentant une apparence trouble. Vous allez vous faire une idée de sa dureté en entendant le bruit qu’il produit en se brisant au moment où je le lance sur le sol.

De même que la neige des champs de neige se comprime dans les glaciers pour former de la glace, de même des morceaux de glace tout formés, mais irréguliers, se réunissent en une couche de glace transparente et unie. Ce phénomène s’accomplit de la manière la plus surprenante au pied des cascades des glaciers. On rencontre des cascades dans lesquelles la partie supérieure du glacier vient se terminer au bord d’un rocher à pic, d’où il précipite ses immenses blocs de glace sous forme d’avalanches. Les blocs brisés, dont les éclats s’entassent au pied du rocher, se réunissent de nouveau en une masse unie, qui poursuit son chemin à l’état de glacier. On rencontre bien plus souvent des endroits où le fleuve de glace ne se déchire pas complètement, mais où le sol de la vallée s’incline brusquement. Tels sont par exemple certains endroits sur lesquels j’ai appelé déjà votre attention : la cascade du glacier du Géant, le point g de la Mer de glace (carte p. 198), les points i et h de la grande cascade terminale du glacier des Bois. Dans ces endroits, la glace se brise en milliers de blocs et de bancs, qui se réunissent de nouveau en grandes masses continues à la partie inférieure de la pente.

Nous pouvons encore imiter ici la nature au moyen de notre cylindre de fonte. Au lieu d’y introduire de la neige, j’y jette maintenant des morceaux de glace irréguliers, et

je comprime ; j’ajoute de nouveaux morceaux de glace, et j'opère comme dans l’expérience précédente, jusqu’à ce que le cylindre soit complètement plein. En sortant la masse comprimée, je constate qu’elle forme un cylindre unique de glace assez claire, à arêtes bien tranchées, et qu’elle remplit exactement la forme intérieure du cylindre.

Cette expérience, qui est due à M. Tyndall, montre que, sous 1 influence de la pression, on peut donner une forme quelconque à un bloc de glace, absolument comme à un morceau de cire. On pourrait croire qu’un pareil bloc commence par se réduire en poussière très-fine sous l’action de la pression; que, dans cet état, elle remplit tous les coins de la forme, et que cette poudre analogue à la neige se réunit de nouveau en une seule masse par la congélation. On pourrait d’autant mieux songer à cette explication que, pendant la compression, on entend continuellement la glace craquer dans l’intérieur du cylindre. Mais le seul aspect du cylindre produit par la compression des morceaux de glace nous apprend qu’il ne s’est pas formé de cette manière. En effet, ce cylindre est beaucoup plus transparent que ceux qui ont été formés avec de la neige, et l’on y reconnaît encore les morceaux isolés qu’on a employés, quoique leur forme se soit modifiée en s’aplatissant. L’expérience est très-belle, lorsqu’on commence par introduire dans la forme des morceaux de glace, et qu’on achève de remplir avec de la neige. Le ' cylindre est alors composé de couches alternativement transparentes et troubles; les premières provenant de la glace, les dernières de la neige. Dans ce cas, on distingue encore les morceaux de glace transparents comprimés en plaques.

Ces remarques nous apprennent déjà que la glace n'a

pas besoin d’être préalablement réduite en poussière pour prendre, sous l’action de la pression, la forme d’un cylindre^ mais qu’elle est capable de céder sans que ses parties cessent d'être adhérentes. Nous pouvons nous en convaincre d’une manière plus saisissante encore, et nous faire une idée plus exacte de la raison pour laquelle la glace obéit à la pression. Au lieu de comprimer la glace dans un moule fermé au milieu duquel nos regards ne peuvent pénétrer, nous la comprimons entre deux plaques de bois.

Je place tout d’abord, entre les deux plateaux de la presse, un morceau de glace plus ou moins cylindrique pris à la surface d’une rivière couverte de glace et pourvu de deux faces planes. Je fais marcher la presse. Sous l’influence delà pression, le morceau de glace se brise; chacune des fentes qui se produisent traverse de part en part toute la masse, laquelle se divise en une foule do grands morceaux qui se fendillent et se divisent à leur tour lorsque j’augmente l’action de la presse. Quand j’interromprai la pression, vous remarquerez que tous ces morceaux se sont regelés et forment une espèce de plaque irrégulière ; mais l’aspect de l’ensemble nous montre que si la glace a changé de forme , c’est moins parce qu’elle a cédé à la pression que parce qu’elle s’est brisée. D’ailleurs, tous les morceaux ont complètement changé de position les uns par rapport aux autres.

Les choses se passent tout autrement si je place, entre hs plateaux de la presse, un de nos cylindres produits en comprimant de la glace ou de la neige. Dès que j’augmente la pression, on entend de nouveau des craquements; mais le cylindre ne se rompt pas : il change peu à peu de forme, et s’affaisse de plus en plus en s’élargissant. C’est seulement plus tard, lorsque le cylindre a déjà pris TrsDAU.. 15

la forme d’une plaque cylindrique, qu’il commence à se déchirer sur les bords, et reproduit en petit les fissures

Cylindre do glace sortant du moule de fonte AA.

Gâteau de glace obtenu en comprimant le cylindre (a) entre les plateaux d'une presse hydraulique.

des glaciers. La figure a indique la hauteur et le diamètre d’un pareil cylindre dans son état initial, la figure

b le montre lorsqu’il sort de la presse.

Nous aurons une preuve plus convaincante encore de la facilité avec laquelle se travaille cette glace, en forçant le cylindre, comprimé dans la forme, à passer par une ouverture étroite. A cet effet, je rem place la plaque du fond par une autre plaque percée d’une ouverture conique d’un diamètre égal aux -J- du diamètre de la forme. Voici une section transversale de tout le système. Si j’introduis

Section transversale du moulo de fonte dout dont le fond a été remplacé par une plaque percée d'une ouverture conique.

maintenant dans cette forme un des cylindres comprimés des expériences précédentes, et que j’enfonce le piston, je force la glace à sortir par l’ouverture inférieure. On la voit apparaître au commencement sous la forme d’un cylindre solide de même diamètre que l’orifice. Mais comme la glace sort plus rapidement au milieu que sur les côtés, l’extrémité libre du cylindre se voûte, de sorte qu’on ne peut la faire rentrer par l'ouverture qui lui a servi d’issue. a,b,c représentent les différentes formes qui se montrent successivement.

Formes successives du cylindre de glace sortant de l’ouverture conique.

Dans ce cas, les fentes qui se produisent dans le cylindre de glace sortant par l’ouverture, présentent une ressemblance frappante avec les fentes longitudinales qui divisent le courant d’un glacier à l’endroit où le glacier pénètre dans une vallée plus large, en passant par un ravin étroit formé par des rochers *.

Les expériences que je viens de vous exposer, nous ont montré la glace changeant de volume sous no3 yeifx, tout en conservant sa continuité, sans se briser en morceaux. Le bloc de glace rigide semble même s’aplatir comme de la cire.

1. Pendant ces expériences, la basse température de la glace comprimée se propageait à travers la forme de fonte de manière à transformer en une plaque très-mince l’eau qui se trouvait entre la plaque du fond et le cylindre. On avait cependant eu soin de laisser séjourner le cylindre de fer et les morceaux de glaça dans de la glace fondante.

En observant d’une manière plus attentive le cylindre transparent, produit par la compression des morceaux de glace transparente, au moment où la presse commence à fonctionner, nous pouvons nous rendre compte de ce qui se passe dans l’intérieur du moule. Nous voyons en effet une quantité innombrable de fissures enchevêtrées le traverser comme un nuage trouble. Le plus grand nombre de ces fissures disparait un instant après, lorsqu’on interrompt l'action de la presse ; il en reste cependant quelques-unes. Un pareil bloc de glace, sortant de la presse, est sensiblement plus trouble qu’avant son introduction. Ainsi qu’on peut le reconnaître à l’aide de la loupe, cela tient à une grande quantité de lignes capillaires blanchâtres qui traversent en tous sens l’intérieur de la masse de glace, du reste transparente. Ces lignes ne sont que la traduction optique de fissures excessivement fines sillonnant la masse de glace >.

Nous pouvons conclure de là que le bloc de glace comprimé est traversé par une multitude de petites fissures et de petites fentes, qu’il cède à l’influence de la pression parce que ses particules se déplacent et se soustrayent ainsi à son action. Dès que la pression cesse d’agir, la plus grande partie de ces systèmes de fentes disparait par la congélation. Mais dans les endroits où le déplacement des particules de glace est tel que les surfaces de ces

1. Ces fissures sont probablement vides d’air ; car elles se forment encore lorsqu'on comprime , dans la forme de fonte , des morceaux de glace transparente entourés d'eau qui empêchent complètement l'accès de l’air. M. ïyndall a déjà montré qu’on rencontre des fissures sans air dans la glace glacière. Lorsque la glace ainsi comprimée fond lentement, ces fissures se remplissent complètement d'eau sans laisser de bulles d’air. Par ce fait les fissures deviennent beaucoup moins visibles , et tout le bloc acquiert plus de transparence, ce qui prouve qu'elles ne peuvent pas contenir d’eau au moment où elles se forment.

particules ne se correspondent plus exaclement, il reste des traces de fissures. Ces fissures se trahissent au regard par suite de la réflexion de la lumière qui y pénètre et qui leur donne l’aspect de lignes et de surfaces blanchâtres.

Ces fentes et ces surfaces de séparation delà glace comprimée deviennent encore plus apparentes lorsque la glace qui est descendue au-dessous de 0'* pendant la compression , comme je vous l’ai expliqué plus haut, s’échauffe de nouveau jusqu’à ce point et commence à fondre lentement. Alors les fentes se remplissent d’eau, et le morceau de glace consiste en une infinité de petits grains de glace dont la grosseur varie depuis celle d’une tête d’épingle jusqu’à celle d’un petit pois. Ces grains sont intimement reliés par leurs arêtes et leurs angles, et sont souvent encore enchevêtrés lorsque les fentes très-fines qui les séparent sont déjà pleines d’eau. Si d’un de ces blocs, composés de grains de glace , on détache avec l’ongle de petits morceaux d’une arête, on y reconnaît des grains polyédriques. Du reste, la glace des glaciers présente exactement la même composition, avec cette différence que les morceaux dont elle est formée sont plus grands que ceux de la glace comprimée artificiellement, et atteignent la grosseur d’un œuf de pigeon.

La glace glacière et la glace comprimée nous apparaissent donc comme des substances à structure grenue, par l’apport à la glace cristallisée régulièrement telle qu’elle se forme à la surface des eaux tranquilles >. Nous trouvons entre ces deux espèces de glace la même différence qu’entre le spath calcaire et le marbre, tous deux

1. Voyez la leçon de M. Berlin sur la Constitution de la glace, n° 24 de la Revue des cours scientifiques, 3* année (1866).

formés par du carbonate de chaux. Le premier est à l’état de grands cristaux réguliers; le marbre, au contraire, est formé par un assemblage irrégulier de grains cristallins. Dans le spath calcaire, comme dans la glace cristallisée , des fentes qu’on peut faire avec un couteau , se propagent au loin dans la masse, tandis qu’une fissure qui se produit dans l’un des grains de la glace granuleuse ne s’étend pas nécessairement au delà du grain même.

La glace formée artificiellement par la compression de la neige, et par conséquent primitivement composée d’une quantité innombrable de petites aiguilles cristallines, est très-plastique. Cependant elle se distingueimmédiatement par son aspect de la glace des glaciers, parce qu’elle est très-trouble à cause de la grande quantité d’air contenu dans la masse floconneuse de la neige, et qui y reste emprisonné sous forme de bulles. On peut rendre ce fait plus évident en comprimant cette masse entre deux plaques de bois : on voit alors s’échapper de la surface du cylindre des bulles d'air sous forme d’écume. On peut casser la plaque de glace ainsi formée pour la replacer dans la forme de fonte et la .comprimer de nouveau en un cylindre ; en continuant ainsi à pétrir la glace on parvient à éliminer l’air de plus en plus et à rendre la glace de plus en plus claire. C’est certainement de la même manière que la masse blanchâtre de névé se transforme peu à peu en glace glacière transparente.

Enfin, si l’on comprime les cylindres obtenus par la compression de couches alternatives de neige et de glace pour en former des plaques aplaties, il se produit des bandes fines, provenant de ce que les couches claires et les couches blanchâtres s’étendent très-régulièrement.

On trouve dans beaucoup de glaciers de la glace pré-

sentant des bandes de ce genre; M. Tyndall pense qu’elles proviennent de la neige tombée entre les blocs des cascades de glace. Ce mélange de neige et de glace transparente est comprimé dans le cours ultérieur du glacier et étiré en bandes par suite de son mouvement ; c’est donc un phénomène tout à fait analogue à celui que nous avons produit artificiellement.

Vous voyez comment le glacier, avec ses blocs de glace entassés pêle-mêle les uns au-dessus des autres, avec ses surfaces désolées, couvertes de pierres et de boue, avec ses crevasses béantes qui menacent de nous engloutir, s’est transformé sous les yeux de l’observateur en un fleuve majestueux, plus calme et plus régulier que tout autre fleuve; obéissant à des lois déterminées, il se rétrécit, s’élargit, s’élève ou se jette dans des précipices en se brisant avec fracas. Si nous le suivons maintenant au delà de ses limites, nous voyons l’eau produite par la fusion de la glace, réunie en un ruisseau important, sortir par la porte de glace du glacier et s’écouler au loin. Û est vrtri de dire qu’un pareil ruisseau, au moment où il sort de dessous les glaces , est singulièrement bourbeux, parce qu’il emporte avec lui toute la poussière des rochers polis par le glacier. On est tout désappointé de voir cette belle glace bleue, si merveilleusement transparente, transformée en une eau aussi sale. En réalité, l'eau des ruisseaux de glacier est par elle-même aussi belle et aussi pure que la glace, quoique, au premier abord, sa beauté nous soit cachée. Ii faut aller retrouver ces ruisseaux après qu’ils ont traversé un lac dans lequel s’est déposée leur poussière. Les lacs de Genève et de Thun, le lac des Quatre-Cantons, le lac de Constance, le lac Majeur, les lacs de Côme et de Garde, sont principalement alimentés par l’eau des glaciers; la

limpidité, et l’admirable couleur bleue ou bleu verdâtre de leurs eaux, font le charme de tous les touristes.

Mais laissons là le beau et cherchons l’utile; nous trouverons encore plus de raisons d’admirer. Cette poussière de roche si laide, entraînée par les glaciers, produit, partout où elle se dépose, un sol très-fertile. Elle présente la forme d'une poudre très-fine; et, de plus, elle constitue un terrain vierge très-riche en principes mi néraux assimilables par les plantes. Les couches d’argile très-fine qui couvrent toute la vallée du Rhin jusqu’en Belgique ne sont en réalité que de la poussière de roche provenant d’anciens glaciers.

La distribution de l'humidité, dans une contrée qui contient des champs de neige et des glaciers, présente des caractères particuliers. Tout d’abord, l’humidité est plus abondante, parce que l'air humide qui passe au-dessus des glaciers y dépose, sous forme de neige, l’eau qu’il contient. En second lieu, c’est en été que la neige fond le plus rapidement, de sorte que les sources alimentées par les champs de neige coulent avec le plus d’abondance précisément dans la saison pendant laquelle le besoin d’eau se fait le plus sentir.

Nous apprenons ainsi à connaître, sous un autre aspect, ces déserts de glace. C’est de3 glaciers que proviennent ces mille petits filets, sources et ruisseaux, dont l’humidité fertilisante permet aux laborieux habitants des Alpes d’arracher aux flancs sauvages des montagnes l’herbe savoureuse et des aliments en abondance. Ce sont les glaciers qui engendrent, sur la surface comparativement petite de la chaîne des Alpes, les fleuves les plus puissants, — le Rhin, le Rhône, le Pô, l’Etsch, l’Inn, — qui traversent l’Europe en sillonnant des centaines de lieues de larges

vallées fertiles, pour aller se jeter dans la mer du Nord, dans la Méditerranée, dans la mer Adriatique et dans la mer Noire. Vous rappelez-vous comment Goethe, dans son Chant de Mahomet, a décrit le cours du ruisseau sorti du rocher, depuis son origine dans les nuages jusqu’à son union avec le père Océan *? Il serait téméraire de le dépeindre après lui en d’autres termes que les siens :

« Dans son cours triomphal, il donne des noms aux contrées; des villes naissent sous ses pieds. Irrésistible, il se précipite en avant, laissant derrière lui les sommets dorés des tours, des palais de marbre , toute une création sortie de son sein. Ce nouvel Atlas porte des maisons de cèdre sur ses épaules; des milliers de pavillons flottent au-dessus de sa tète, témoin de sa gloire. Frémissant déplaisir, il va porter ses frères, ses trésors , ses enfants dans les bras de celui qui lui a donné la vie. *

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