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TIX

Dans plusieurs cas , la structure veinée, au lieu de n'être apparente que sur les bords, traverse le glacier de part en part, surtout au pied des escarpements et des aiguilles : au glacier du Géant, par exemple, à celui du Rhône, au glacier inférieur du Grindelwald, etc. Lorsque cette structure règne sur toute la largeur et que la vallée se rétrécit, comme la Mer de glace, à Trélaporte, alors les veines se confondent, se plient, s'entre-croisent par l'effet des pressions latérales et il devient difficile de leur attribuer une direction générale. — M. Tyndall croit que celte structure transversale^ comme il la nomme, est due aux causes suivantes : « Lorsque Tin- « clinaison d'un glacier change subitement, en « passant d'un plan très-incliné à une déclivité « moindre , comme cela a lieu au pied des es- « carpements, la glace, jusqu'à une certaine « profondeur, doit être soumise à une violente (( pression longitudinale, par la résistance que « la pente plus douce oppose à la charge des « glaces sur l'escarpement. À ces endroits, la « structure se développe transversalement à la « pression, c'est-à-dire normalement à Taxe.

« La plus grande vitesse des parties centrales « infléchit peu à peu cette structure qui, après

a un certain parcours, affecte la forme de « vastes courbes sur toute la largeur du « glacier (1). »

Le glacier de Grindelvvald présente un exemple frappant de ce phénomène: lorsque les glacf^ parviennent au haut de l'escarpement, elles se brisent en formant des crevasses transversales, qui se comblent peu à peu sur la pente rapide, par la chute des aiguilles et des débris qui s'écroulent. Elles se soudent de nouveau à la base, en laissant voir d'abord de grandes ondulations, semblables à des vagues de houle, qui s'affaissent peu à peu à mesure que Ton descend vers la vallée. A la base même des cataractes, la structure veinée transversale commence à apparaître et devient de plus en plus prononcée jusqu^à ce que, à quelque distance du pied de rescarpement» l'œil puisse suivre aisément de part en part les rides superficielles qu'elle produit. Une fois formées, les veines de glace bleue et blanche prennent part au mouvement général , et elles parviennent jusque dans les régions basses, exemptes de pression, où elles n'auraient pas pu se produire.

(1) Glaciers of the Alps, p. 384.

Tyndaîl, en parlant du glacier du Rhône^ donne une figure que nous reproduisons ici (PL X, fig. 21), et qui rend très -claire sa théorie. Toute la glace doit passer par l'état structural au pied de Tescarpement ; les ondulations diminuent peu à peu, et finissent par disparaître non loin de la base, tandis que les veines de la structure, d'abord presque rectilignes, se courbent de plus en plus en aval, pour rester visibles presque jusqu'à Textrémité du glacier.

La structure veinée peut enfin régner dans le sens de la longueur. Tyndall la nomme, dans ce cas, structure longitudinale. Au glacier du Talèfre, par exemple, on observe des veines parallèles à Taxe, sur tout son parcours. Tyn ^ dall en explique la formation de la manière suivante : Les glaciers, comme les fleuves, sont formés par des affluents quelon nomme les/nbutaires. Lorsque les glaces de ces tributaires viennent à se souder, elles avancent ensemble pour former le glacier tronc. La structure veinée longitudinale ne serait formée que par la structure veinée marginale des tributaires. En effet (PI. X, fig. 22), au point de jonction À, les glaces des deux glaciers 1 et 2 doivent exercer Tune sur l'autre une énorme pression; les

structures marginales des deux côtés du promontoire se rencontrent, se pressent et participent au mouvement d'ensemble qui les entraîne vers le bas de la vallée. La structure ne disparaît pas, et devient ainsi parallèle à Taxe.

Nous verrons plus loin que les moraines Ion* gitudinales sont formées d'une manière absolument semblable ; il est donc certain que si les assertions de Tyndall sont exactes, la structure longitudinale doit régner sous les moraines. En effet, sous les débris provenant de la jonction des glaciers du Talèfre et de Léchaud, tributaires de la Merde glace, sous les moraines des glaciers du mont Rose, et surtout sous celle du glacier de TAar , Tobservation donne gain de cause à cette affirmation ; partout la structure veinée s'aperçoit longitudinalement sous les amas de matériaux dont ces moraines sont formées. La structure longitudinale n'est donc pas le résultat d'une pression transversale, comme la structure transversale est celui d'une pression longitudinale, mais elle n'est due qu'à la prolongation de la structure marginale rendue centrale par la jonction de deux tributaires.

Ces trois types de structure peuvent varier à Tinfini, suivant les causes locales^ les obstacles que présentent les rives, le rétrécissement de la vallée, etc. ; aussi devient-il quelquefois difficile de discerner, dans le dédale des veines ainsi modifiées, à quel type primitif elles appartiennent. Toutefois, dans la majeure partie des cas, une étude attentive des conditions topographiques du glacier pourra faire reconnaître la nature première de la structure.

Tyndall attribuant donc à la pression le rôle principal dans la formation de la structure veinée, multiplia ses recherches ; il trouva sur la plupart des glaciers des faits en faveur de son opinion, et chercha, de retour à Londres, à produire cette structure d'une manière factice sur des blocs de glace parfaitement transparents. Les intéressants résultats qu'il obtint le confirmèrent dans sa nouvelle théorie. Il prit un cylindre de glace de 2 pouces de hauteur sur 1 pouce de diamètre, et le soumit à une pression graduelle entre deux planches de bois. Bientôt il put observer des lignes nébuleuses transversales, qui augmentèrent en nombre et en intensité à mesure que la pression devint plus grande. Après quelques instants, le

cylindre présentait Taspect d'un cristal de gypse, dont les plans de clivage auraient été transversaux.

En regardant attentivement, il reconnut que ces stries étaient dues à des plans superposés, parfaitement distincts. Il pouvait cependant se faire que ces veines, au lieu d'être le résultat de la compression, fussent celui d'une désagrégation moléculaire produite par la tension latérale provoquée par la pression. Pour éclaircir ce point, Tyndall plaça entre les deux machoires de bois, un cylindre tronqué de glace transparente (PI. XI, fig. 23); il remarqua que les lignes nébuleuses se formaient sur le côté ab le plus long, réduit à aH/ et n'apparaissaient pas sur l'autre. Il en conclut que les veines développées sur le morceau de glace n'étaient dues qu'à la pression.

Quant à la cause du phénomène, le savant physicien croit la trouver dans une liquéfaction partielle de certains plans, ainsi que permettent de le croire les points obscurs observés dans l'intérieur de la masse, et qui grandissent et se meuvent à mesure qu'augmente l'effort.

« Ces taches d'apparence liquide sont le ré- « sultat d'une sorte de décristallisation La

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a glace d*un glacier, dit-il pour conclure, doit « indubitablement être plus on moins liquéfiée « par l'énorme pression à laquelle elle est souc mise. Des plans de désagrégation se for- «meront probablement, dans lesquels l'air, « emprisonné sous forme de globules , devra « s'échapper. La petite quantité d'eau produite « s'imbibera dans cette glace devenue poreuse, « et se regélera dès que la pression aura cessé. « Cette action me parait être l'explication phy- « siqué complète des veines bleues de la struc- « ture veinée (1). »

Nous ne suivrons pas l'auteur dans l'analogie qu'il tire entre le phénomène de la structure veinée et celui du clivage des roches. Cela nous entraînerait trop loin. Nous nous permettrons seulement de faire ressortir toute Timportance de ces vues pour l'explication des grands problèmes de la cristallisation et de quelques autres en géologie. M. Tyndall croit que certaines roches , dont le plan de clivage est différent de celui de stratification, ont dû, dans les bouleversements du globe, être soumises à des pressions que notre imagination a

(2) Glaciers ofthe Alps, p. 412.

peine à saisir, mais qui ont produit, dans leur masse, une sorte de structure veinée, semblable, à la regélation près , à celle de la glace. De concert avec M. Huxley, il attribue le clivage à trois causes principales : « D'abord à la « réduction des matières de faible cohésion en «plans parallèles; ensuite à Faplatissement « de petites cavités ; enfm à la diminution de « la cohésion par les forces tangentielles. » Nous renvoyons nos lecteurs aux diverses notes et travaux de Tyndall sur ce sujet (i).

(1) Glaciers ofthe Alps, p. 406.

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