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DE DIVERS PHÉNOMÈNES SUPERFICIELS

Nous ne voulons pas terminer ce travail sans parler de quelques phénomènes superficiels caractéristiques, et en première ligne des moulins.

Les moulins. — On rencontre sur les glaciers, à certaines places invariables, des trous cylindriques qui apparaissent chaque printemps. Sur la Mer de glace, près de Trélaporte, ce phénomène se renouvelle chaque année, sensiblement aux mêmes endroits ; ce qui a longtemps fait croire aux habitants du pays que la position de ces orifices restait invariable et que la glace, dans cette région, ne participait pas au mouvement général. Ces trous se ferment en automne pour se reformer au dégel ; comme si le glacier, animé d'une vie par-

ticulière, s'engourdissait pendant l'hiver, pour rouvrir en été ses organes respiratoires. Semblables aux tubes formés par les graviers, les moulins sont cependant plus grands, plus profonds et en dififèrent essentiellement en ce que l'on ne retrouve point au fond la pierre qui les a forés : on y voit, en revanche, lorsqu'ils sont secs, un cône plus ou moins volumineux de débris et de détritus de toutes espèces.

Les moulins ont leur origine dans les eaux superficielles. Cette eau résultant de la fonte et coulant à la surface, possède, comme nous l'avons vu, une température quelque peu supérieure à O^. Il en résulte que lorsqu'un ou plusieurs ruisselets ont leur cours interrompu par une crevasse ou une simple fissure, ils creusent dans la paroi d'amont sur laquelle ils coulent, une gouttière semi-circulaire verticale, sur toute la hauteur de la muraille de glace. Des gouttelettes d'eau rejaillissent de la petite cascade sur la paroi opposée, si toutefois la crevasse n'est pas large; elles y creusent une seconde gouttière de même forme, opposée à la première. Après un certain temps, et surtout si l'inclinaison du lit diminue, le mouvement du glacier rapprochera les parois ; la crevasse

pourra même se fermer complètement, mais les deux canaux, coïncideront et donneront naissance à un cylindre plus ou moins parfait, dans lequel le ruisseau continuera à s'engouffrer. Supposons qu'en amont de cette crevasse refermée, il s'en ouvre une autre; le ruisseau abandonnera Tancienne et serai absorbé par la nouvelle crevasse: il recommencera à creuser un nouveau moulin et laissera le premier entièrement à sec. Or, Teau en coulant à la surface, entraîne avec elle de ^petits corps étrangers, organiques ou non, qu'elle déposera en forme de cône au fond du moulin ou au premier changement de direction qu'il présentera.

Ces trous sont quelquefois très-profonds; M. Âgas'siz a laissé filer dans Tun d*eux une sonde de 200 mètres avant d'en trouver le fond; encore n'est-il pas sûr de l'avoir atteint, car il peut exister, dans un même moulin, des coudes fréquents et prononcés qui empêchent la sonde de descendre.

Le courageux explorateur n'a pas hésité à se laisser glisser dans l'un d'eux, jusqu'à une profondeur de 15 à 20 mètres, dans le |but d'étudier la structure intérieure du glacier.

MM. Huxley et Tyndall en ont sondé plusieurs à Tendroit appelé les grands Moulins^ sur la Mer de glace. Leurs sondes sont parvenues jusqu a cinquante et quelques mètres, mais ils ne croient pas avoir atteint le fond. Ils ont tenté de mesurer des moulins secs en laissant tomber une pierre et en appréciant le temps qu'elle mettait à parcourir le conduit. Les chocs qu'ils entendaient étaient d'autant plus répétés que les changements de direction étaient plus nombreux : aussi le chiffre de 110 mètres qu'ils accusent, n'est-il accepté par eux-mêmes que sous toutes réserves. D'autres expériences, faîtes au théodolite par les mêmes observateurs, ont prouvé que les moulins ne restent pas stationnaires, mais qu'ils participent au mouvement du glacier et qu'ils sont animés de la même vitesse que toute la masse. On devait s'attendre à ce résultat. Les moulins peuvent se remplir entièrement de sable et de menus débris entraînés par les eaux. Âgassiz explique par là, les cônes de sable à intérieur de glace, dont nous avons eu à nous occuper à propos des moraines. A mesure que la fonte attaque la surface, la partie supérieure du cylindre de débris ab (pi. XVII,

fig. 36), s'éboule sur la glace en bc et bd et forme, d'après lui, les nombreux monticules, que nous avons comparé à des taupinières.

Il nous semble, que s'il en était ainsi, l'intérieur du cône ne serait pas plein, mais que Ton trouverait dans l'axe de quelques-uns, au moins, la portion inférieure du moulin remplie de sable, de même que, dans Taxe d'un volcan, on doit trouver le conduit qui vomit les laves. Nous ne savons pas que cela ait jamais été observé, et nous pensons que s'il £aut attribuer aux moulins la formation des cônes, elle ne peut s'opérer qu'au moment oii l'ablation aura fait arriver à la surface du glacier les dépôts accumulés au fond du conduit.

M. Tyndall a observé sur la Mer de glace un moulin sec à côté d'un autre en activité.

L'eau avait été dérivée du premier dans le second par une cause inconnue ; mais ils devaient communiquer par leur partie inférieure, car un courant d'air froid s'échappait du moulin sec. Cet air était évidemment entraîné par l'eau dans le moulin actif à la façon des trombes catalanes, et remontait parle tube voisin comme par une tuyère.

En suivant la ligne que le mouvement du glacier impose aux moulins, on en rencontre dans certains états déterminés d'avancement qui permettent non-seulement de préciser les différentes phases par lesquelles ils ont pasâé, mais encore d'expliquer à merveille leur mode de formation.

«Les fissures, dit Agassiz (1), se forment « souvent au même endroit, parce qu'à mesure « que le glacier avance la surface est soumise, « en certains points déterminés, aux ténsionp « résultant de quelque accident du Sol. De « même les ruisseaux apparaissent vraisem- « blablement chaque été à te même place, en « vertu de certaines conditions de la surface « qui, favorisant la fonte, restent invariables « aussi chaque année. Il est évident que les a moulins ne sont pas plus immobiles que les a autres phénomènes de la surface ; ils descen- « dent avec la masse et nous retrouvons les plus « anciens bien plus bas que ceux nouvellement « formés. En remontant le glacier sur les ligues « que suivent les ruisseaux on rencontre d'a- « bord une pyramide de sable ; un peu au-

(I) Agassiz, Atlantic -Monthly, janvier 1864, p. 58.

« dessus, une ouverture circulaire remplie jusce qu'à son orifice de sable qui vient de faire « son apparition à la surface ; plus loin on voit « un moulin parfait dans lequel disparait un ce ruisseau; plus haut encore, ce sera une fisc( sure montrant sur ses deux lèvres des con- « duits semi-circulaires, en faceFun de l'autre, « mais non encore réunis comme ils le seront, « un peu en aval, par la fermeture de la cre- « vasse ; enfin, nous observerons une fissure « dontla partie supérieure des parois commence « à s*user sous Faction des eaux. C'est ainsi, « qu'incapables de suivre les différentes phases « par lesquelles passe un même moulin, nous « pouvons cependant les observer toutes sur (( des moulins différents (1). »

Quelquefois, l'eau qui s'engouffre dans un moulin ou dans une crevasse^ réapparaît plus bas comme une source jaillissante ; M. Rambert a vu, sur un des glaciers de Derbon (Diablerets), un de ces ruisseaux jaillir à la hauteur d*un homme, et retomber en gerbes brillantes. Ces gracieuses fontaines ne peuvent pas être

(1) Les glaciers sur lesquels les moulins sont le mieux définis sont : la Mer] de glace^ les glaciers inférieurs de TAar et de Grindelwald, le glacier de Léciiaud, etc...

permanentes, et une réunion de circonstances fortuites peuvent seules les produire (1).

Trous méridiens. — Agassiz a donné I<*.

nom de trous méridiens à certaines cavités ou plutôt certaines dépressions qui affectent une forme semi-circulaire de dimension variable. Elles sont souvent très-rapprochées les unes des autres, et couvrent la surface du glacier de leurs croissants. Leur formation est due aux débris apportés par les eaux et répandus sur le glacier; sous l'influence du soleil ils se réchauffent d*abord à TEst, davantage au Sud, moins à l'Ouest, et ne fondent pas la glace du côté exposé au Nord. Cette dernière paroi, plus protégée que les autres, demeure verticale, tandis que sur le reste du pourtour, la glace fond et forme un talus au bas duquel on trouve la petite accumulation de débris qui a été Torigine du phénomène. Les trous méridiens, dont nous aurions pu parler au chapitre précédent, à propos des logements creusés par les graviers et les corps organiques, sont comme les boussoles des glaciers ; ils indiquent toujours le Sud par leur paroi la plus entamée.

(1} Rambert, Les Alpes suisses, H* série, p. 94.

11 en est de même des ondulations dont nous avons constaté Texistence au pied des séracs. A la Mer de glace, par exemple, au-dessus du Montan vers et en face des Echelels, le glacier se précipite en se crevassant sur une pente rapide. D*abord les angles de ces arêtes sont trèsaccentués et tranchants; mais, la direction du glacier étant à peu près celle de Taiguille aimantée, le soleil darde ses rayons sur les angles d'amont elles arrondit, tandis qu'il n'émousse pas les angles abrités d'aval. Au bout de quelque temps le flanc de Tondulation, exposé au Midi, présente un talus, tandis que la paroi exposée au Nord est restée verticale. Dans la figure 37, PL XVIII, empruntée à Tyndall, la flèche indique la direction des rayons solaires, et les lignes pointillées ab la forme des ondulations avant l'action de la chaleur (1).

Sutures dans les glaciers. — Nous devons encore à Tyndall la découverte et l'explication d'un autre caractère de la surface des glaciers. A la base des escarpements, aux points où la glace est violemment comprimée et forme les ondulations, il a remarqué, au fond des dé-

(4) Tyndall, Glaciers of the Alps, p. 43.

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pressions qui sépareqt les ondes, des bourrelets de plusieurs pouces de saillie et formés de glace blanche, très-poreuse, remplie de bulles d'air. Ces bourrelets afifectaient les formes les plus bizarres; ils se séparaient en plusieurs bras pour se rejoindre et se séparer encore comme le ferait une petite rivière encombrée d'îles et d'îlots. Ces différents bras dont la largeur variait de quelques pouces à quelques pieds, et dont la longueur était plus variable encore, se terminaient pour la plupart à une fissure ou à la paroi verticale d'une crevasse sur laquelle on pouvait suivre la pénétration de ces sortes de cicatrices dans sa masse homogène du glacier.

Ces sutures, appelées par Tyndall « Icea seams » (cicatrices de la glace), pénètrent à des profondeurs très-diverses. Les coupes transversales de deux d'entre elles, observées par lui sur les parois d'une crevasse au pied de la cataracte de glace du Géant, sont représentées danslafig. 38, PI. XVIII.

Tyndall attribue la formation de ces sutures à la cause suivante : Les ondes qui, au pied des séracs, sont le résultat de la compression des parties inclinées, présentent quelquefois

plutôt une BUtcession de terrasses qu'une suite de vagues ; la structure veinée affecte la disposition des hachures dans la figure 39, pi. XIX, et au pied de chaque terrasse, aux points a . b, par exemple, il existe un changement brusque dans la direction des veines, et comme une dislocation de la masse. C'est sur ces mêmes points que l'on rencontre les sutures, bien que, cependant, on en observe parfois sur le replat des terrasses ou sur leur talus. Il est évident que les eaux tombées dans le petit bassin partiel mn se réuniront au point a, pour suivre à droite ou à gauche le sens de la pente transversale du glacier. Cette eau se creusera un sillon plus ou moins ramifié suivant les rugosités de la glace. Ces sillons deviendront de plus en plus profonds, jusqu'à ce que tout le ruisseau se perde dans une crevasse. L'analogie entre la forme du lit de ces ruisseaux et celle des sutures était frappante. Tl devint évident pour Tyndall que ces dernières n'étaient que la représentation exacte et le résultat des cours d'eau. Mais comment ces sillons s'étaient-ils remplis de glace Iilanche et "leuse? Le problème fut résolu dans la partie rieure du glacier, où l'infatigable obser-

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valeur en découvrit plusieurs encore remplis de neige. Dès lors il put établir que la neige, en remplissant en hiver le lit des ruisseaux desséchés par le froid, était la matière constituante de cette glace particulière ; elle se comprimait sous la pression des parois et se regelait en partie pour former une cicatrice de glace imparfaite , à l'état de névé, enchâssée dans la masse homogène du glacier.

Les terrasses participent au mouvement, la pression les déforme, et ces deux causes peuvent changer en talus les parties primitivement plates, et en portions horizontales celles qui étaient originairement inclinées; les sutures enchâssées suivent les mêmes influences, et peuvent, par conséquent^ se trouver soU àans le talus, soit sur tout autre point.

On voit que ces sutures sonl eu relation di-i recte avec les bandes, ainsi qu'awc la structure veinée, puisqu'elles sont dues ^ une causQ commune : les ondulations, et qu'elles partie cipent, comme le reste, au mouyement du glacier.

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