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raine frontale. Ces moraines, lorsque le glacier a disparu, peuvent être confondues avec des éboulemenls ; cependant, on distinguera toujours ces derniers par la forme des fragments de roche qui seront tous à angles vifset tranchants, tandis que dans les moraines, il y a toujours mélange de blocs anguleux avec les pierres arrondies et striées parle frottement. En outre, dans la plupart des cas, une moraine offre, comme nous Tavons vu, des spécimens de toutes les roches du bassin » tandis qu'un éboulement ne présente que la roche dont est composée la montagne où il s'est produit. Les moraines éboulis^ comme nous les nommerons pour les distinguer des autres, se voient aux glaciers de la Tzezettaz, de la Lire-Rouge, dans la vallée de Bagne ; de Barme-Neyre aux Diablerets, de Plan-Névé et sur plusieurs glaciers de la vallée de Saint-Nicolas (1) ; on en rencontre aussi sur quelques petits glaciers secondaires aux environs de la Furka ; dans les Grisons, etc.

Moraines superficielles. — Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons dit, au commencement de ce chapitre, sur la formation, et la

(1) Charpentier, Essais sur les glaciers, p. ôi.

direction des moraines superficielles et de la moraine médiane. Quelquefois, cependant, les premières peuvent ne pas devoir leur existence à la jonction de deux tributaires, mais seulement, comme au glacier de Gorner (mont Rose), à un promontoire de roches friables qui s'avance assez sur le glacier pour que les débris soient lancés à quelque distance des bords. La moraine superficielle, ainsi créée, présentera tous les caractères de celles qui sont formées par la réunion de deux affluents, avec cette différence toutefois qu'elle ne renfermera que les roches dont se compose le promontoire en saillie.

Cônes. — Sur les sept ou huit moraines superficielles du glacier de Gorner, il en est une qui offre un aspect tout particulier et digne d'attention. Cette moraine, formée par la réunion des glaciers de Schwaerzi et de Kleintriftig, qui descendent tous deux du Breithom, présente, non plus une ligne de débris plus ou moins serrés, mais une file de monticules co-' niques de hauteur variable, assez rapprochés les uns des autres pour se toucher par leur base. La jonction des deux glaciers s'opère au ^'une arête du Breithorn, dont la roche

serpentineuse très-fîssurée, s'éboule au printemps sous rinfluence du dégel.

Le premier éboulement partiel forme un petit monticule qui est entraîné par le mouvement; un second lui succède au même point, puis un troisième et ainsi de suite, jusqu'à former, après quelque temps, une file dont les intervalles sont égaux à la dislance qu'a parcourue le glacier entre deux éboulements successifs. On a longtemps cru que l'intérieur de ces protubérances n'était composé que de matériaux éboulés. M. Venetz s'est assuré, au contraire, qu'il était formé de glace pure recouverte, pour ainsi dire, par un capuchon de débris. Le savant ingénieur explique cette singularité par le fait que la glace sur laquelle repose le tertre, est mieux abritée contre les agents de dissolution que ne Test la glace découverte et nue dont elle est entourée. Cette glace se fondra tout autour du cercle crf, pi. XVI, fig. 32, formant la base du cône primitif, et finira par former elle-même un cône intérieur, dont le sommet s sera le point qui aura été le plus protégé de l'ancienne surface ab descendue en a'b\ Au fur et à mesure de la

fonte, les matériaux s'ébouleront sur le talus pour construire une enveloppe au cône de glace. Au glacier inférieur de TAar, ces. tertres, au lieu d'être formés par des débris de serpentine de grosseur variable, ne le sont que par le sable entraîné des moraines ou éboulé des hauteurs. L'intérieur en est aussi de glace, dont ce sable n'est que la pellicule; mais à première vue on prendrait ces tertres pour de grandes taupinières homogènes.

Tables de glacier. — Un bloc isolé, posé sur la surface du glacier, produira un effet analogue à celui des cônes. Il absorbera, par sa couleur, une certaine quantité de chaleur, en renverra une grande partie par radiation et n'en transmettra que fort peu par conductibilité à la glace qu'il préserve par son ombre. Autour de la pierre, la surface du glacier restera exposée à toute l'intensité des rayons solaires ; elle fondra plus rapidement et laissera le bloc exhaussé sur le piédestal qu'il a protégé. Si la pierre est plate, son ombre portée sera plus longue, et le pilier pourra atteindre une grande hauteur; si elle est ronde, elle ne dominera la surface que de quelques pieds seulement. Ces

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blocs out reçu le nom de Tables de glaciers {{)'.

Le piédestal de la table, exposé à l'air sur tout son pourtour, fond peu à peu, mais plus rapidement sur les faces tournées au levant, au sud et au couchant. Il se ronge ainsi à sa base, tandis que la pierre, en se réchauffant davantage à son extrémité méridionale, s'inclinera du côté du sud, et finira par glisser pour retomber sur la surface du glacier. Le pilier, dès lors déchargé, disparaîtra rapidement sous l'action de lair de la pluie et du solol, tandis que le bloc recommencera à se former un nouveau support. Toutes les tables sont inclinées vers le sud, quelle que soit, du reste, la direction du glacier; il est donc aisé de s'orienter par ces cadrans solaires d'une nouvelle espèce. Le glacier inférieur de l'Aar est, à notre connaissance, celui qui présente les plus beaux spécimens de tables. M. de Charpentier en mentionne une dont il a mesuré les dimensions en 1815 sur le glacier de Zmutt, près de Zermatt : c'était un bloc de schiste tal-

(1) Nous croyons inutile d'insister sur le fait que les blocs ne s'élèvent pas^ mais que c'est la surface environnante du glacier qui s'abaisse.

qneuj de 5". 80 de longueur sur 4". 20 de largeur et 2". 60 d'épaisseur; un socle de 2°. 25 le supportait. (PI. XVI, fîg, 33.)

Nous rappellerons, avant d'aller plus loin, que ce phénomène n'est pas particulier à la glace, mais qu'il se rencontre aussi dans certains terrains attaquables par l'eau et entremêlés de pierres. II se forme des tables dans les marnes, le sable argileux el certains schistes décomposés. Dans ce cas, l'agent principal de dissolution est la pluie; le bloc abrite le piédestal formé de ces matières comme il ombrageait le socle de glace. Les pyramides de Ritten, près Bozen, en Tyrol, sont un des plus curieux exemples de ces tables qui élèvent leurs sveltes colonnes des deux côtés de l'étroite vallée du Finsterbach.

Piédestal des moraines superficielles. — Ce qui se produit sous un bloc isolé, se passe encore en plus grand, sous la série de pierres qui constituent une moraine (pi. XVII, fîg. 34) ; lorsque les débris sont accumulés sur deux ou trois mètres d'épaisseur, ils empêchent la chaleur de pénétrer jusqu'à la glace. Celle-ci, ne participant que moins vite à la fusion superficielle, forme, sous la moraine, un piédestal qui peut

atteindre 3 mètres de hauteur comme aux glaciers de Zmutt et de Valsorey (1), 6 mètres d'après de Saussure (2) et même 1 2 à 1 5 mètres comme à la Mer de glace aux environs du Tacul (3). Dès que les moraines se disloquent, leur piédestal disparaît, parce que la dispersion des débris permet à la chaleur et aux pluies de pénétrer jusqu'à la glace qui forme le socle.

La glace située sous les moraines et celle de l'intérieur des cônes, dont nous avons parlé, n'ont pas la même apparence que la glace de la surface libre. Tyndall explique cette différence en faisant remarquer que les rayons solaires pénètrent à une certaine profondeur dans la glace non protégée ; ils la désagrègent, elle se fendille et se remplit de petites cavités d'air ou d'eau qui lui donnent une apparence opaque.

La glace sous les moraines , au contraire, est généralement transparente et de couleur foncée, parce qu'elle ne reçoit que de la chaleur obscure, transmise par la conductibilité des blocs de la moraine, laquelle est impuis-

(1) Charpentier^ Essais sur les glaciers, p. 60.

(2) De Saussure, Voyages dans les Alpes, S 536.

(3) Tyndall, Glaciers ofthe Alps, p. 260.

santé à pénétrer et à désagréger la masse (1). Nous avons vu que la hauteur des socles des tables et du piédestal des moraines était trèsvariable, mais elle n*est pas due seulement à la fusion de la glace avoisinante comme sem^ blent le croire Agassiz, Tyndall et d'autres auteurs. De Charpentier fait très-judicieusement observer (2) que, s*il en était ainsi et si

(1) TjDdall, GiaciA-i of ike Alps, p. 267. De nombreuses expérienoes foites par Tyndall snr Faction de la chaleur sur la glace l'ont amené à cette explication.

11 a soumis des blocs de glace de dimension difiërentes à l'action du soleil, en faisant conrerger les rayons yers le centre, au moyen d'une leaHlie. 11 a constaté d'abord à la loupe, puis à l'œil nu, qu'il se formait spontanément, dans la glace, ane multitude de petites taches brillantes qui grandissaient si l'action était prolongée, et auxquelles il a donné le nom de fleurs. Ces fleurs sont en rapport avec les plans de stratification quand on opère sur de la glace commune. Elles ont six pétales formées d*eau qui paraissent obscures, tandis que leur centre, qui n'est pas une bulle d'air, mais un vide, brille d*un éclat métallique et prend naissance par la différence du Tolume entre l'eau à zéro, et la glace à la même température. Ce vide disparait, sans émettre de bulle à la surface, dès que la glace qui l'entoure se dissont. Ces fleurs se réunissent quelquefois par groupes et une exposition d'une seconde seulement à l'action du soleU suffit pour les produire; leur formation est accompagnée d'une petite crépitation que l'on entend sans cesse sur les glaciers et qui a quelque analogie avec le bruit que produirait une multitude d'insectes en mouvement. Il se fait aussi une quantité de fissures d'où s'élancent çà et là d'élégantes petites aiguilles.

L'exposé complet de ces ingénieuses expériences nous entraînerait trop loin. Nous devons renvoyer ceux de nos lecteurs que cela intéresserait à l'ouvrage de Tyndall sur la Chaleun appendice à la leçon /X, p. 303, de la traduction de M. l'abbé Moigno, et au chapitre sur la cristallisation et la liquéfaction intérieure, p. 853, de l'ouvrage du même auteur sur the Glaciers ofthe Alps.

(2) Charpentier, Essai sur les Glaciers, Note p. 63.

la fusion de la glace exposée à Tair produisait seule ce phénomène, on ne devrait le rencontrer que sur des glaciers qui sont en voie décroissante. Or, les socles et les piédestaux se rencontrent sur tous les glaciers, qu'ils augmentent, se retirent ou restent stationnaires. « Si la « fonte superficielle produisait seule ces sortes « de soubassement, dit-il, qu'arriverait-il dans « le cas où un bloc renouvelle vingt fois son « socle avant d'atteindre le pied du glacier et « que le socle acquiert chaque fois 1",50 de « hauteur? Dans ce cas l'épaisseur du glacier « aurait dû diminuer de 30 mètres, diminu- « tion que de nos jours aucun glacier n'a « éprouvé dans nos Alpes; en revanche il peut « très-bien arriver que sur des glaciers très- « longs, comme le sont par exemple ceux de « la Mer de glace, de Yiesch, de Gorner, de « Findelen, deZmutt, etc., un bloc renouvelle « plus de vingt fois son socle avant d'arriver « au pied du glacier. » M. de Charpentier en conclut que la dilatation de la glace par la congélation de l'eau absorbée, en d'autres termes que la regélation, joue un grand rôle dans la hauteur des piédestaux. Si on ajoute à cette cause la différence de conductibilité des

roches, l'épaisseur de la moraine, la grosseur de ses débris qui permettent à l'air de circuler plus librement entre eux, la quantité de chaleur et celle de la pluie tombée pendant l'été, on a les éléments divers qui influent sur les dimensions du socle et en font varier la hauteur.

Opinion de de Saussure. — Les solutions les plus simples échappent parfois aux esprits les plus inquisiteurs, c'est ainsi que de Saussure n'a pas vu le mode évident de formation des moraines médianes et superficiel les^ dans la jonction des moraines latérales de deux tributaires. Il attribuait l'accumulation des matériaux sur une ligne déterminée, à un mouve* ment convergent et continuel des moraines latérales vers Taxe, mouvement qui résultait selon lui de la progression en même temps que delà forme concave des glaciers (1).

Cette conclusion est en désaccord avec les faits observés depuis l'époque où écrivait l'illustre genevois. Il n'existe aucun mouvement convergent, et les glaciers, dans leurs parties inférieures, sont plutôt convexes que concaves. La concavité ne se remarque que dans les névés

(2) AgasBlz, AtlantiC'Monthiy, janvier 1864.

et dans les parties supérieures des glaciers où la transformation n est pas complète. Mais plus bas, à partir du point où toute la neige s'est métamorphosée, la surface devient convexe, comme nous l'avons déjà dit, par reffet de la réflexion des roches encaissantes.

Le centre, moins influencé par la chaleur réfléchie, reste à un niveau plus élevé. Il est évident que, pour un glacier orienté du nord au sud, chacune des parois de la vallée se ré* chauffant également, Tune le matin, l'autre le soir, les dépressions marginales seront à peu près égales, et le glacier se bombera, suivant une flèche variable. Mais lorsque la direction est de l'ouest à l'est, le versant exposé au midi recevra seul les rayons du soleil, et le glacier se déprimera sur sa rive nord, tançais que sa partie méridionale , toujours à l'ombre d'un flanc qui ne se réchaufi*epas, ne subira qu'une modiflcation peu sensible (1).

Disparition et réapparition des blocs et des morflines. — Lorsque la direction des moraines est coupée par une crevasse, les blocs s'y engloutissent. Si les crevasses sont nombreuses,

(1) De Saussaie, Voyage dans les Alpes, p. 537.

toute la moraine peut disparaître, sans laisser d'autre trace qu'une bande de couleur sombre, ou peut-être, çà et là, une pierre perchée sur une arête de glace. A la Mer de glace, près des Ëchelets, une moraine disparait entièrement; il en est de même de deux autres aux séracs du Talèfre, et en général de toutes les moraines qui ont à descendre une pente rapide, fissurée et crevassée. Plus bas, la fusion de la glace laisse percer le dos d'un bloc qui , absorbant avec avidité la chaleur, active la fonte autour de lui; un autre apparaît bientôt, et la fusion augmentant d'autant plus rapidement que les réapparitions se multiplient, la moraine surgira de nouveau pour se reconstituer et suivre un trajet aussi droit et de même direction que si elle n'avait pas été engloutie. Dès qu'elle est reformée, elle reconstruit son piédestal, et continue son chemin jusqu'à la base du glacier, ou jusqu'à ce qu'elle soit engloutie de nouveau.

Si l'ablation était la seule cause de réapparition des moraines, il faudrait un temps tfèslong pour voir revenir à la surface les corps enfouis dans les profondeurs d'un glacier. Pour un bloc tombé dans une crevasse de 10 mètres, T)ar exemple, il faudrait, avant qu'il ne reparût,

que la surface du glacier se fût abaissée d'autant. Or, les moraines ensevelies, surgissent de nouveau très-près du pied des escarpements, après un parcours sous-glaciaire trop court pour pouvoir admettre une fusion aussi rapide et qui, si elle existait, serait suffisante pour détruire, en peu de temps, le glacier lui -môme. Une autre cause existe, sans doute, qui ramène les pierres à la surface, et dont l'action doit être puissante pour expulser du sein de la masse certains blocs d'une pesanteur considérable.

Les montagnards disent que « les glaciers « n'aiment pas la saleté ; » mais cette naïve explication ne suffit pas à la science.

M. Yenetz, dans un mémoire lu à Berne en 1816, à la Société helvétique des sciences naturelles, a, le premier, cherché à se rendre compte de cette singulière réapparition, et M. Toussain de Charpentier, frère du célèbre glaciologue, a publié la manière de voir de Venetz, dans un Mémoire sur les glaciers, inséré aux Annales de Gilbert (1). L'explication donnée par ses devanciers et admise sans restriction par Jean de Charpentier, attribue la ré-

(1) Annales de Gilbert, 1819, p. 838.

apparition des corps étrangers à l'expansion, combinée avec la fusion superficielle et le mouvement. Supposons un glacier à l'état stationnaire, ou, en d'autres termes, supposons que l'expansion remplace constamment les pertes dues à la fonte et à l'évaporation (PI. XYII, « fig. 35). « Si cette dilatation n'agissait que « dans le sens de l'épaisseur ef^ dit Charpen- « tier, la glace, à mesure qu'elle se fondrait à « la surface AB, serait remplacée par celle qui « est immédiatement au-dessous, laquelle à son « tour serait remplacée par celle qui lui succède « et ainsi de suite. II arriverait donc un moment (< où la tranche kigh parviendrait aussi à la « surface et avecelle le blocZ), qui s'y trouve en- « gagé, et qui atteindrait la surface en fj si, «comme nous l'avons supposé, la dilatation a de la glace n'avait eu lieu que de bas en haut, « parallèlement à la ligne ^/"(i). »

Mais, ajoute l'auteur dont nous résumons le texte, pendant ce mouvement ascensionnel de la tranche qui renferme le bloc, le glacier a avancé, et le corps D serait arrivé en /, si la tranche était restée à la même distance du lit.

(1) Charpentier^ Essai sur les glaciers ^ p. 68.

PI XV u.

fi^.Sé. Ik^e^M.

Surface jmrmû've

La hauteur verticale D/'élant donc parcourue dans le même temps que la longueur Dl^ le bloc D aura suivi la diagonale du rectangle formé par ces deux distances, et apparaîtra en m à la surface du glacier. Le temps sera plus long si le glacier va en augmentant!, plus court s*ilva en diminuant et la distance fm^ du point d'immersion au point d'émersion, c'està-dire de l'escarpement à l'endroit oti le bloc reparaît, variera selon les conditions de croissance ou de décroissance du glacier. Ce gui est vrai pour un bloc, sera vrai pour tous les autres, et M. Yenetz arrive ainsi à la reconstitution complète des moraines superficielles.

On conçoit dès lors qu'une fois arrivé jusqu'au sol qui constitue le lit même du glacier, un fragment de rocher ne puisse plus remonter à la surface.

Les roches, débris, graviers ou sables qui ne peuvent remonter, et qui forment ce que l'on appelle quelquefois la moraine profonde^ sont* entraînés par le mouvement général et suivent le fond; ce sont eux qui, sous l'énorme pression des glaces, rayent, strient et nivellent le lit comme l'émeri sous le polissoir, pour for-

mer les roches moutonnées ou striées dont nous avons parlé.

Ce que nous venons de dire explique suffisamment pourquoi les matériaux enfouis dans les névés, ne reviennent pas à la surface, comme ceux qui sont ensevelis dans les glaciers. En se reportant aux explications que nous avons données sur la nature du névé on comprendra que toute Teau d*infiltration doive trouver, entre les interstices des granules de neige, des vides où elle se regèlera sans faire éprouver à la masse l'expansion nécessaire au rejet des corps étrangers. De plus, la neige ne fondant jamais complètement, dans les hauts névés, chaque tranche horizontale n'arrivera pas à son tour à la surface, mais sera, au contraire, de plus en plus surchargée par les hivers successifs. Un bloc, tombé dans le névé, participera donc au mouvement longitudinal sans remonter à la surface et ne participera au mouvement vertical que lorsque la. glacification du névé, si je puis employer ce néologisme, sera complète. Dans les bas névés ce dernier mouvement sera de même impossible, parce que leur faible épaisseur permet à Teau d'in-

filtration de traverser toute leur masse sans se congeler. Cette eau aide à la fusion de la couche inférieure et empêche celle-ci de jamais parvenir à la surface. Un bloc, enfoui dans un bas-névé, tendra donc toujours à descendre par l'efFet de celte fonte continue de la couche inférieure, sans cesse remplacée par celle qui lui est immédiatement superposée, tandis que dans un glacier il tendra toujours à monter à moins qu'il n'ait atteint le lit.

M. Agassiz, tout en trouvant l'explication de M. Venetz très-satisfaisante^ attribue à d'autres causes la réapparition des corps étrangers (1). c< Il est inutile de rappeler, dit-il, que les blocs « ne peuvent s'enfoncer que dans les névés; « ceux qui tombent sur le glacier proprement « dit, restent à la surface, ou, s'ils s'enfonce cent, ce n'est que lorsqu'ils disparaissent « dans les crevasses. Dans sa partie supé- « rîeure, là où il est encore à l'état de névé, <x le glacier n'a pas assez de consistance pour « maintenir les débris de roches à sa surface ; « ceux-ci s'enfoncent par conséquent dans cette « glace incohérente et granuleuse. Cependant

(1) Agassiz, Étude sur les glaciers , p. 105.

a la masse entière du glacier chemine dans le « sens de sa pente et donne ainsi de plus en « plus prise à l'action dissolvante des agents « atmosphériques et de la chaleur du soleil, a L*eau qui résulte de la fonte de la partie su- « perficielle, s'infiltre dans la masse, et lors- « qu'elle rencontre un bloc dans V intérieur du « névé, elle coule le long de ses flancs et im- (( bibe la glace environnante. Lorsque surce vient ensuite le froid de la nuit, cette eam a qui vient de s'infiltrer dans la masse granuc( leuse du névé se congèle et par là même se « dilate. Il en résulte une pression qui s'exerce « contre le bloc en question et le force à faire c( place à cette glace naissante. Le bloc s'élève « ainsi vers la surface, grâce à la résistance « moins considérable des couches supérieures <c incohérentes et granuleuses, comparée à la « résistance des couches inférieures qui viennent de se transformer en glace compacte « par l'effet de l'eau infiltrée. De très-gros « blocs peuvent ainsi être ramenés à la surface. <x Cette ascension s'opère plus facilement à « l'égard des fragments anguleux que lorsque « ce sont de grandes dalles, et cela est facile à « comprendre : les blocs anguleux sont pous-

<c ses à la surface par Faction combinée de la « pression latérale et de la pression de bas en « haut ; les dalles , au contraire , à moins « qu'elles ne reposent sur leur tranche, ne « reçoivent que l'impulsion de bas en haut et « arrivent ainsi plus lentement au jour. »

Cette manière de voir de M. Agassiz nous parait peu en harmonie avec les explications ordinairement si claires et si lucides du savant neufchâtelois. U commence par dire que les blocs ne peuvent s'enfoncer que dans les névés et toute son argumentation tend à démontrer comment ils en sortent. Il nous semble que s'il existe une force quelconque qui les pousse à la surface, cette force agira dès le commencement de l'enfouissement à moins que les blocs ne pénètrent dans le névé par le choc de la chute; elle serait d'autant plus efficace, comme le dit M. Àgassiz, que la résistance de la couche supérieure serait moindre ; elle n'attendrait pas, pour commencer son travail d'expulsion, que le bloc fût parvenu à une certaine profondeur, et cette même force qui le ramènerait à la surface s'il était enseveli, l'empêchera de s'ensevelir s'il est à la surface. En second lieu, les précieuses expériences d'Âgas-

siz lui-même sur la température intérieure des glaciers, ne nous expliquent pas cette congélation de l'eau parvenue sous le bloc après avoir ruisselé tout autour.

Pourquoi, puisque la température intérieure a été trouvée invariable aux environs de zéro, l'eau attend ra-t-elle pour se congeler d'être arrivée sous le bloc après avoir coulé liquide à sa surface? N'est-il pas plus naturel d'admettre, au contraire, qu'avant d'arriver par dessous la pierre pour la soulever, cette eau se sera congelée dans toutes les fissures, fêlures, et' cavités supérieures et qu'elle s'opposera au mouvement ascensionnel plutôt qu'elle ne le favorisera? Nous croyons donc, avec MM. Yenetz et les frères de Charpentier que le rejet (quelque impropre que soit ce mot consacré par l'usage) est dû à l'action combinée de la fusion des couches supérieures et de l'expansion de toute la masse, et non à la poussée d'une glace nouvellement formée sous le bloc.

On conçoit que des matériaux de peu de volume, ne puissent former des tables, même de très-petite dimension; un gravier conduira ■^sez r^idièrement la chaleur pour fondre la

ice sur laquelle il repose, et, au lieu d'un

piédestal il se creusera un logement. Il s'enfoncera peu à peu, et l'eau de fonte pénétrera dans les fissures qui aboutissent à la cavité, ou remontera à la surface en passant entre le corps et les parois de la glace. Tant que le

gravier absorbera de la chaleur il s'enfoncera dans la masse en y formant ces petits cylindres creux, semblables à des tuyaux de plume, que Ton observe sur tous les glaciers, et au fond desquels on trouve la pierre qui les a produits : mais lorsque le corps étranger sera descendu, de quelques centimètres et ne sera plus réchauffé par les rayons du soleil, Teau qui remplit le tuyau, sera congelée pendant la nuit, le tube sera bouché et la regélation aidant, la pierre se trouvera emprisonnée dans la glace. A partir de ce moment, le caillou cessera de descendre et commencera à remonter en vertu des mêmes causes qui font réapparaître les blocs et les moraines. Arrivé à la surface, il se créera un nouveau logement, et continuera ces oscillations jusqu'à ce qu'il parvienne à l'extrémité du glacier (1). L'effet, est donc précisément rinverse de celui que produisent des blocs de

(1) Charpeatier, Essai sur les glaciers, p. 73.

dimension suffisante pour former des tables.

Ceux-ci construisent d*abord lentement leur socle pour retomber sur le glacier et s*éle\er de nouveau, tandis que ceux-là commencent par descendre pour remonter ensuite à la surface ei s'enfoncer encore.

Les corps organiques tels que des insectes, des feuilles, des morceaux de bois, se comportent comme les pierres de petite dimension et fondent la glace d'autant plus rapidement que leur couleur est plus foncée. Dès qu'ils n'absorbent plus de chaleur, ils tendent à ressortir pour descendre de nouveau, comme nous venons de le décrire. Cette explication nous parait bien plus logique, plus simple et plus claire que celle de M. Hugi: f< Lorsque le « corps cellulaire d'un insecte vient en contact « immédiat avec la glace, dit-il, il lui soustrait (( une partie de son oxygène, et, lui enlevant « par l'aspiration Tun de ces éléments prin- « cipaux, il décompose le glacier dans ses parce ties constituantes. Ce que l'insecte vivant (( opère par la respiration et la vitalité, l'in- « secte mort et la feuille Topèrent par une ac* « tion dissolvante, car la mort tout aussi bien « que la vie, est une oxydation, une envie im-

« modérée d'oxygène (1). » Nous avouons ne pas conaprendre très-bien ce qu'à voulu dire Hugi et nous sommes heureux de voir que des savants de grande autorité ont éprouvé devant cette explication, le même embarras que nous. « Comment, » s'écrie de Charpentier après avoir cité ces mêmes termes, « comment peuta on être à tel point ennemi des idées claires ce et nettes ! » (2).

(1) HugI, p. 364.-

(2) Charpentier, Essai sur les glaciers, p. 74.

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