‹ Les glaciersChapitre 9 sur 24 · PI VI · texte numérisé non relu

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Crevasses radiées. -— Enfin une dernière disposition qu'affectent volontiers les crevasses est celle des branches d'un éventail. Elles sont désignées alors sous le nom de crevasses radiées et se forment lorsque au glacier du Rhône, par exemple, la vallée encaissante s'élargit tout à coup, et laisse le pied du glacier s'étaler en tous les sens. La pression principale étant au centreAderépatement,pl. VII, fig. 13, et la tension s' exerçant parallèlement aux tangentes à la base, les crevasses rayonneront du centre vers la circonférence et deviendront plus larges, à mesure que le rayon augmentera.

Nous n'avons décrit que des glaciers imaginaires à figures pour ainsi dire géométriques. Il va sans dire qu'il n'en existe pas dans la nature ; mais cette hypothèse était nécessaire à la compréhension de la théorie des crevasses. Les rives des glaciers ne sont pas droites, mais sinueuses; elles lancent, dans le sens de l'axe, des promontoires de rocher qui, s' opposant à une marche régulière, la dévient et changent les conditions de tension ou de compression.

De nombreuses crevasses peuvent dès lors s'ouvrir dans des directions très- différentes de celles que nous venons d'examiner. Cependant,

nous croyons qu'à laide de ces traits généraux, tout observateur attentif et mis en garde contre les seules apparenees, saura démêler, dans un glacier, les causes de la formation des crevasses.

Répartition des crevasses. — Une des rives d'un glacier peut être beaucoup plus crevassée que l'autre, et, en général, lorsque la vallée s'infléchit, le côté convexe est beaucoup plus labouré que le côté concave. Tyndall explique ce fait (1), en faisant remarquer que le lieu de vitesse maxima dans les courbes est plus rapproché du côté convexe que du côté concave; il en résulte que le point o, pi. VII, fig. 14, après s'être avancé en o\ aura produit un al* longement plus considéra})le de la ligne ao arrivée en aV que de la ligne ob occupant la position &b'. La tension sur la première sera plus grande que sur la seconde, et le nombre des crevasses sera par là même plus considérable sur la rive convexe que sur la concave. Sur le côté oriental de la Mer de glace, au coude du glacier du Rhône au pied de son escarpement, et sur d'autres glaciers encore , ce

(t) Glaciers of the Alps, p. 323.

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phénomèDe est très-sensible et ne laisse aucun doute sur Texplication qu'en donne le savant professeur, dont nous avons si souvent invoqué 1 autorité.

Rigoles. — Il ne faut pas confondre avec les crevasses ces rigoles^ ou petits ravins creusés par les eaux, que l'on rencontre fréquemment en grand nombre dans les régions inférieures des glaciers. On les reconnaît à leur fond lisse, arrondi en forme de gouttière, et à leur direction toujours dans le sens de la plus grande pente. Le glacier du Rhône en présente une multitude qui, intercalées dans les crevasses radiées, lui donnent un singulier aspect.

Au moment où les crevasses se forment, on entend un coup sec semblable à la détonation d'une arme à feu. L'écho le répercute de cime en cime et le transforme en un roulement prolongé semblable au bruit d'une avalanche.

La fente produite est d'abord presque in visible et de peu de largeur; elle a suffi cependant pour rompre l'équilibre, et la crevasse se propage et s'allonge par une série de détonations plus ou moins fortes et répétées. Quelquefois aussi, les parois, par un léger mouvement de glissement Tune sur l'autre, produisent ce

grincement, comparable au jappement d'un petit chien, que Ton entend dans les banquises des mers polaires, lorsqu'elles s'entrechoquent sous Tefifort des vagues.

Les montagnards, toujours superstitieux ^ ont forgé sur ce bruit lugubre tout une légende, dont la morale, d'une simplicité primitive, pourrait être utilisée de nos jours dans plus d'un village. De riantes prairies où fleurissaient la rose des Alpes et la gentiane azurée, étalaient au soleil leurs richesses là où maintenant le glacier a amené la mort. Cette punition divinea été attirée par l'impiété filiale, l'impudicité ou l'orgueil d'une coupable jeune et belle, généralement nommée Kathri. Elle quitta le chalet pour les grandes villes, laissant un vieux père sans ressources, et n'emmenant avec elle qu'un petit chien noir, Rin, son comphce. Après avoir efi*euillé une à une toutes ses illusions et vendu au diable son honneur et son âme, Kathri revint au pays belle encore, mais pieds nus et dans la plus hideuse misère. Les glaces avaient envahi le petit patrimoine! Maintenant la maudite entonne à certaines époques, sous le glacier où elle est ensevelie, ses mélancoliques complaintes, pendant que

Rin jappe plaintivement aux couplets de sa maîtresse. Malheur à qui s'arrêle pour écouter la chanson de ce mauvais génie; Kathri est une syrène et le gouffre est sans fond !

La largeur première des crevasses n est que rarement supérieure à un centimètre et souvent elle est si étroite, qu'il faut un œil exercé pour la distinguer sous les débris de matériaux et les esquilles de glace qui couvrent la surface. Au bout de quelques jours, Tair et l'eau en rongent peu à peu les lèvres et lui donnent quelques centimètres de largeur. A partir de cet instant les ruisselets dont elle intercepte le cours, s'engouffrent tout entiers dans ses profondeurs, lèchent ses parois, activent singulièrement la fusion et rendent en peu de temps la crevasse infranchissable.

Lorsqu'une crevasse s'ouvre dès son premier craquement jusqu'au lit du glacier, son élargissement est beaucoup plus rapide|par le fait du courant d'air qui s'établit comme au travers d'une cheminée. On peut quelquefois sentir ce courant ou l'apprécier en présentant une plume près de l'orifice. On reconnaît, toutefois, les crevasses de fond^ c'est-à-dire celles qui pénètrent jusqu'au lit, à ce qu'elles sont

toujours sèches. En effet Teau ne saurait y séjourner puisqu'elles communiquent avec le sol même, sur lequel elles coulent pour rejoindre le thalweg et le torrent sous-glaciaire principal.

Gouiltes. — Lorsqu'une crevasse n'atteint pas le fond du glacier et ne communique avec aucune autre fissure, elle se remplit d'eau; la température intérieure se maintenant constamment à zéro, cette eau ne se congèle, même en hiver, qu'à sa surface, pour former une couche de glace commune sur une épaisseur plus ou moins grande. Pendant Tété, Teau arrive jusqu'aux bords; échauffée par le soleil, elle fond la glace environnante et détermine ainsi, à la partie supérieure de la crevasse, un évasement, une sorte d'entonnoir assez irrégulier (pi. Vil, fig. 15) (1). Une simple dépression dans la glace peut produire le même effet et les paysans donnent à ces petits réservoirs le nom de gouilles qui, dans leur patois, désigne d'une manière générale toute mare d'eau stagnante.

Ponts de neige, — La neige ne remplit pas entièrement une crevasse; elle ne fait qu'en

(1) Charpentier, Essais sur les Glaciet^s, p. 86.

boucher rorifice. Souvent ce pont est assez épais et la neige assez compacte pour supporter, comme nous l'avons dit dans le premier chapitre, des charges considérables; quelquefois au contraire, le voyageur ne lui confie sa vie qu'attaché par une corde à ses camarades. Trop souvent cette neige trompeuse dissimule entièrement le gouffre, et l'imprudent qui la foule aux pieds sans précaution disparaît à jamais. L'instinct du chamois ne le préserve même pas du danger, car on retrouve quelquefois des squelettes de ces animaux engagés dans la glace et complètement dépouillés de toute matière organique. Ce fait semble en contradiction avec la découverte de mastodontes et d'autres animaux antédiluviens retrouvés avec chair et poils dans les banquises des mers polaires; mais il s'explique, jusqu'à un certain, point dans les glaciers, par leur grande affinité pour Toxygène (1).

Température de fair dans les crevasses. — Les malheureux qui, après être tombés dans des crevasses, ont eu le bonheur d'en sortir, rapportent qu'il règne dans ces profondeurs

(l) Voir Propriétés chimiques, page 66.

un froid insupportable. Le thermomètre n'accuse cependant, au plus, qu'un demi-degré au-dessous de zéro en été, et en hiver la température y est plus élevée que celle de l'air extérieur, car lorsqu'on sort de la voûte inférieure d'un glacier, par exemple, on éprouve la même sensation qu'au sortir d'une chambre chaude. Ce froid apparent tient vraisemblablement d'abord aux angoisses que Ton doit éprouver, ensuite à la sécheresse de l'air, renfermé dans les crevasses, qui produit sur la peau une évaporation rapide.

Explication de M. Forbes sur la formation des crevasses. — Le professeur Forbes a cherché à expliquer, avant Tyndall , la formation des nombreuses crevasses qui sillonnent, comme nous l'avons vu, la rive orientale de la Mer de glace. Il prétend que la plus grande partie de ce glacier, formé par la réunion de deux tributaires, provient du glacier du Géant, situé à l'ouest, plus puissant et plus rapide que le glacier deLéchaud. PI. VIII, fig. 16.

Après la jonction, celui-ci venant de Test, serait entraîné, comprimé et resserré par le glacier du Géant, et il se crevasserait en tous sens sous son effort. De même, dit Forbes,

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que lorsque deux rivières se réunissent, la plus petite et la moins rapide, forme de nombreux tourbillons, après sa réunion avec l'autre (1), de même, après la jonction de deux glaciers, le moins grand sera entraîné et déchiré par un voisin plus important. M. Tyndall a prouve, par ses mensurations, que cette explication n'était pas admissible. En effet, la ligne de vitesse maxima se trouve, sur la Mer de glace, à une assez grande distance à Test de la ligne de soudure des deux glaciers, toujours reconnaissable par les files de débris qui se détachent du promontoire et qui suivent le mouvement.

Cette vitesse maxima est donc placée sur la glace qui provient du glacier de Léchaud, et non sur celle qui appartient au glacier du Géant; ce dernier, situé sur la rive concave, se meut plus lentement, et n'agira donc point sur son collatéral, comme le suppose Forbes.

Voûtes et torrents de glaciers. — Nous ne terminerons pas ce paragraphe sans dire quelques mots des voûtes des glaciers, et des torrents qui s'en échappent. Bien que ce sujet ne soit

(1) Forbes, Le tour du Mont-Blanc ^ p. 118.

pas intimement lié avec les crevasses, nous le croyons plus à sa place ici que partout ailleurs.

Les eaux superficielles englouties , celles des sources naturelles, les ruisseaux des versants qui s'engouffrent sous le glacier, secreuseut un lit en vertu de leur température et du courant d'air qu'ils provoquent. Ces eaux se réunissent dans le thalweg , pour sortir sous forme de torrent plus ou moins impétueux, à la partie inférieure ou front du glacier. Presque toujours cette issue présente une large voûte du plus beau bleu, dont la grandeur dépend de la saison, des dimensions du glacier, du volume de Teau et d'autres causes dont l'examen ne présenterait qu'un intérêt secondaire.

La plus célèbre de ces voûtes, la voûte type, si nous pouvons nous exprimer ainsi, est celle de TArveiron, au pied de la Mer de glace. On conçoit que les dimensions d'un tel réservoir d'alimentation ( environ 7,000 hectares ), ainsi que le volume d'eau qui s'en échappe, doivent laplacer en première ligne. — De Saussure nous eu a fait un tableau fidèle : « Que l'on se figure, « dit-il, une profonde caverne dont l'entrée est « une voûte de glace de plus de 100 pieds d'é-

« lévation, sur une largeur proportion aée. Celle a caverne est taillée par la main de la nature, « au milieu d'un énorme rocher déglace, qui, « par le jeu de la lumière paraît, ici, blanche « et opaque comme delà neige, là, transpa- « rente et verte comme l'aigue-marine. Du « fond de cette caverne sort avec impétuosité « une rivière blanche d'écume et qui souvent « roule dans ses flots de gros rochers de glace. « En élevant les yeux au-dessus de cette voûte, « on voit un immense glacier, couronné par des « pyramides déglace, du milieu desquelles sem- K ble sortir l'obélisque du Dru, dont la cime « va se perdre dans les nues. Enfin, tout ce tact bleau est encadré par les belles forêts du « Montanvers et de Taiguille du Bochard, et c< ces forêts accompagnent le glacier jusqu'à <i sa cime qui se confond avec le ciel (1). »

De Saussure dit qu'en hiver, il n'existe aucune voûte; l'Arveiron, alors très-petit, s'échappe en rampant sous la glace. TyndaU, au contraire, affirme avoir vu considérable en hiver, le vovolume d'eau qui sort du glacier; il a pénétré dans la caverne, dont il ne donne pas la pro-

(I) De Saussure, Voyage dans les Alpes (Partie pittoresque), p. 91.

fondeur, mais qui se terminait par une cheminée de 20 mètres, doucement inclinée, par laquelle Tinfatigable explorateur pût regagner la surface.

Ayant eu loccasion d'observer, été et hiver, le pied du glacier du Rhône, nous l'avons vu en toute saison tantôt avec et tantôt sans voûte, et les touristes ont souvent éprouvé de cruelles déceptions en ne trouvant rien, sur un pointoù leur « guide » leur indiquait une merveille.

C'est que les voûtes sont sujettes à des variations infinies; elles s'écroulent et se forment tour à tour, et deux observateurs, à vingt-quatre heures d'intervalle, peuvent trouver les choses dans un état très-différent.

Lorsqu'aux premières chaleurs, le torrent se gonfle sous le glacier, il mine les bords et provoque de petits éboulements qu'il entraîne ; le toit, n'étant plus soutenu sur les pieds-droits, s'écroule et, le rongement continuant toujours, la voûte s'élargit et augmente en hauteur jusqu'à ce que la glace ait pris la forme d'un cintre plus ou moins parfait. En automne, la dislocation du glacier entraîne la chute de toute la voûte; le torrent, obstrué par les glaces, accumule ses eaux derrière ce barrage, jusqu'à ce que leur

pression soit suffisante pour le rompre. La masse d'eau se précipite alors hors du glacier, entraînant d'énormes blocs de glace dont les fragments sont transportés au loin dans la vallée.

La voûte du glacier du Rhône est souvent d'une grande beauté; mais elle subsiste moins longtemps que d'autres, à cause de la disposition radiée de ses crevasses. La masse est plus divisée, plus découpée, et l'écroulement a lieu généralement plusieurs fois dans le courant de Fêlé.

Il n'est pas sans danger de pénétrer dans cette caverne; la moindre vibration de l'air détache des blocs dont la chute en provoque d'autres. Il y a quelques années, deux jeunes imprudents, curieux d'entendre l'écho d'un coup de pistolet dans ces profondeurs, firent ébouler toute la voûte sur leur tête, et périrent misérablement sans qu'il fût possible de leur porter secours. Malgré ces dangers, M. Hugi de Soleure a fait de nombreuses et périlleuses excursions sous les glaciers; il y a toujours trouvé l'air trèshumide et à une température de + 4 à + 6 degrés. Lci oii la glace ne touchait pas le sol, elle était extrêmement polie et dans un état de suin-

tement continuel, dû sans doute à la fusion, au contact de l'air et de la vapeur d'eau. Lorsque la glace reposait sur le terrain, elle y était fortement fixée et soudée par la congélation; preuve de plus en faveur de la basse température du lit. Hiigi affirme avoir trouvé quelquefois les glaciers minés dans toute leur étendue et formant voûte, appuyée seulement sur des fragments de rocher (1). Mais M. Bourrit nous met en garde contre les observations du savant soleurois, et nous avons toutlieu de croire que celle-ci demande confirmation.

Quant à la température de -(- 4 à + 6 degrés, nous pensons qu'elle doit être attribuée aux courants d'air entraînés par le torrent et aux sources vives, dont les vapeurs tièdes doivent élever la température sur le parcours de leurs eaux.

En 1751, Altraann explora le lit du glacier de Grindelwald ; Schlagintweit s'avança à 200 mètres sous le glacier de Marcel dans l'Œtzthal ; d'autres savants ont suivi ces exemples, et l'étude plus approfondie de l'intérieur de ces

(l) Le Monde des Alpes, par Tschudi. (Note du Traducteur, t. III, p. 86

masses, jetterait un jour immense sur la question si controversée du mouvement. Nous attirons surtout l'attention des explorateurs sur le fait de Tadhérence par congélation de la glace au terrain, mais nous leur recommandons, dans ces périlleuses excursions sous-glaciaires, de s'entourer de toutes les mesures de précaution possibles, et entre autres, de ne pénétrer sous un glacier qu'après avoir tiré plusieurs coups de feu à l'entrée de la voûte.

Coloration des eaux. — Les eaux qui s'échappent des glaciers sont toujours, en été, chargées de matières en suspension, qui les rendent jaunes ou grises selon la nature des roches du lit. En hiver, au contraire, la couleur du torrent est beaucoup moins apparente, et les eaux reprennent une certaine transparence.

Au mois de décembre 1860, nous avons observé les sources du Rhône et de TAar à leur sortie des glaciers, ainsi que celles de la Reuss, et nous leur avons trouvé une limpidité presque parfaite; lorsque Ton passe le Saint-Gothard en hiver, on peut voir la Reuss d'un bleu-verdâtre transparent, lancer ses gerbes d'écume contre les piles hardies du pont du Diable, tandis qu'en été, beaucoup plus abondante, elle roule avec

fureur ses flots souillés de boue. Enfin dans la même excursion d'hiver, où nous avions passé le Grimsel, nous avons encore observé la célèbre chute de la Handeck : En été, sa couleur jaune tranche vivement sur la blancheur éclatante du ruisseau d'Erlenbach qui se précipite dans le même gouffre, tandis qu'au mois de décembre, la différence de teinte était à peine sensible, et il était impossible de distinguer dans l'abîme Tune et l'autre des cascades. La cause de ces différences doit être recherchée entre autres dans la quantité de mouvement des glaciers :

En été , le mouvement plus accentué, use et polit davantage les roches du fond ; les parcelles enlevées sont entraînées par l'eau, tandis qu'en hiver, la progression étant moins sensible et pouvant même cesser entièrement dans certaines circonstances, l'usure sera moindre et l'eau moins chargée.

Le torrent conserve ces matières en suspension jusqu'aux lacs, vastes bassins de décantation qui rendent les eaux pures et limpides comme le cristal du plus beau bleu.

Température des eaux. — Les eaux qui coulent sur la surface du glacier et sur la glace pure, ont toujours une température de 0*;

lorsqu'elles coulent dans des sillons sablonneux creusés dans la glace elles s'élèvent de 1 dixième à 7 dixièmes de degré ; enfin si elles courent sur un lit de cailloux, cette température peut s'accroître rapidement. Au sortir de la voûte, les torrents accusent 1" à peine ; Tyndall a trouvé +0%1 à TArveiron, pendant que la glace et Pair étaient à — 0%5 et que la neige sur le glacier accusait — l%l/4.

Quantité des eaux. — La quantité d*eau qui s'échappe d'un glacier est> comme nous l'avons Vu, très-variable. Fort peu de jaugeages ont été faits; M. DoUfus a trouvé, dans Tété 1844, le débit de TAar de 2 millions de mètres cubes en vingt-quatre heures, plus tard 1 million et demi, se réduisant à 680,000 mètres cubes pour arriver à 328,000. L'année suivante enfin ces quantités ont été à peu près les mêmes (1).

Le Rhin, la Reuss, l'Aar, le Rhône, le Tessin sortent tous du nœud principal du Saint- Gothard, à quelques kilomètres de distance les uns des autres et sont alimentés par tous les glaciers des vallées latérales.

(1) Tschudi^ Le Monde des Alpes, p. 76. (Note da Traducdeor.)

Le Rhin reçoit l'eau de 370 glaciers; cette masse d*eau élève le niveau du lac de Constance de 2 à 3 mètres et Ta élevé de 6 mètres environ dans Tannée exceptionnelle de 1 770 (1). La surface de ce lac étant de 73,000 hectares environ, Tesprit a peine à concevoir la quantité énorme d'eau dont ce fleuve décharge nos montagnes. La crue de 1770 représenterait à elle seule 4 milliards 500 millions de mètres cubes. Nous avons calculé la masse de glace du massif du Mont-Blanc, d'après la carte de M. le capitaine Mieulet (2) ; nous avons trouvé 14 milliards 121 millions de mètres cubes, représentant 12 milliards 700 millions de mètres cubes d'eau ; c'est-à-dire le débit de la Seine pendant neuf ans. Or, le massif du Mont-Blanc, constituant à peine, d'après Ebel, la douzième partie de la région des glaces dans les Alpes, on voit quelle énorme quantité d'eau la nature a suspendue sur le flanc des montagnes pour subvenir a l'alimentation des fleuves. Il y aurait l'équivalent du débit de la Seine pendant un siècle entier.

M. Desor a évalué le volume du glacier de

(1) Tftchudi, Le Monde des Alpes, t. II, p. 63.

(2) Bull, de la Soc. de Géographie de Paris. Octobre, ISeS.

TAar à 2 milliards 400 millions de mètres cubes; el celui du glacier d'Alelsch de 22 à 24 milliards (i). C'est par ces grands canaux que les Alpes se débarrassent, chaque année, des masses incalculables de neige qui les recouvrent, en faveur des plaines fertiles situées à leurs pieds; c'est par eux que la nature opère cette admirable loi de rotation par laquelle après avoir réduit en vapeur Teau de la mer, elle la condense en neige sur les montagnes, l'emmagasine sous forme de glace pour la ramener, peu à peu, à Tétat liquide et la conduire de nouveau à l'Océan « dans les bras de celui qui lui doiina la vie » comme le dit Gœthe.

Ablation. — La quantité dont un glacier se fond à la surface, autrement dit l'ablation, est, comme le débit de l'eau, très-variable. Nous avons vu que MM. Agassiz et Escher, dans leurs premières expériences relatives au mouvement avaient trouvé leurs piquets épars à la surface, bien qu'ils eussent été fichés à l^'jSO de profondeur. Plus tard des perches de 4 à 5 mètres, recepés à la surface dépassaient, l'année suivante, le glacier de 2 et même de 3 mètres (2).

(1) Ch. Martins^ Remue des Deux Mondes, 15 janvier 1867.

(2) Voyez page 124.

M, Tschudi prétend qu'à une température moyenne de +3*^ à +4% lablation peut se monter à 40 ou 45 millimètres par jour ou même à 60 ou 70 millimètres ce qui porterait la perte du glacier à 5 mètres et dans les circonstances favorables à 8™, 50 pour les quatre mois jde Tété (1). M. Ch. Martins a trouvé, d'une manière générale, qu'une augmentation de 1 degré dans la température pendant les mois de juillet et d'août, correspondait à une fusion de 10 millimètres de glace dans les vingt-quatre heures. Agassiz et Desor ont trouvé, en deux mois d'été, lablation du glacier de l'Aarde 1"',94; soit environ 30 millimètres par jour (2)* Les expériences sur cette question sont, du reste, peu nombreuses; leur multiplicité amènerait certainement à d'intéressants résultats.

(1) Tschudi^ Le Monde des Alpes, t. HI, p. 80.

(2) Ch. Martins, Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1867.

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