‹ Les glaciersChapitre 8 sur 24 · CP · texte numérisé non relu

CP

la tension de la glace aura formé une nouvelle crevassera. Celle-ci se redressera à son tour et par le même effet pour prendre la position rY, tandis que la première sera arrivée en o"/?" et qu'une nouvelle crevasse tv se sera formée par tension. Toutes ces crevasses étant très-rapprochées elles formeront bientôt un réseau compliqué qui disloquera le glacier en tous sens.

Sous Taction du soleil» de la pluie ou de la pression, les crêtes s'écrouleront dans les cre-^ vasses; celles-ci se rétréciront, se fermeront même complètement par place, ^et Tœil le plus exercé ne reconnaîtra plus rien des directions premières. De là ce chaos fantastique d'ai* guilles qui reflètent les rayons du soleil en tous sens, et qui font ressembler le glacier à un océan, instantanément figé pendant une

tempête.

Les crevasses marginales ne doivent pas être confondues avec les crevasses latérales dont ûous venons de parler. Celles-là ne se forment que sur les bords extrêmes des glaciers et restent toujours parallèles à ses rives, en en épousant fidèlement les contours. Les crevasses marginales ne sont que la séparation de la

glace d'avec le terrain : séparation due à l'action de la chaleur émise par le sol et aux eaux pluviales qui s'écoulent du versant de la montagne. Elles n'ont donc qu'une paroi, souvent très-élevée, et constituent plutôt un mur de glace qu'une crevasse proprement dite.

Crevasses transversales. — Dans la partie centrale d'un glacier la vitesse, plus grande que celle des bords, reste cependant presque uniforme jusqu'à une certaine distance des deux côtés de Taxe; dans cette zone médiane, la faible différence des vitesses de deux points voisins ne produira pas de tension, partant plus de crevasses et le centre du glacier restera compact et uni, tandis que les rives seront déchirées en tous sens. Cela s'observe surtout sur les glaciers dont le lit est uniforme.

Mais supposons que le lit soit accidenté, et que le fond de la vallée encaissante change soudainement d'inclinaison de manière à ce que la glace ait à franchir une arête. Le glacier peut alors être assimilé, comme le dit Tyndall, à une branche de bois vert que l'on chercherait à rompre par l'effort du genou. L'arête formée par le changement de pente représente le genou et le poids des glaces l'effort des

mains. Le glacier, comme la branche, se fendra dans le sens de sa largeur (1).

Les solutions de continuité ainsi formées prennent le nom de crevasses transversales.

Si, plus bas, l'inclinaison du lit diminue, les glaces d'amont comprimeront, par leur poids, celles d*aval qui ont été disloquées, et la regélation fermera les crevasses, jusqu'à ce qu'il s'en produise de nouvelles au prochain changement de pente. Enfin, s'il existe sur ce même glacier des crevasses latérales, elles pourront se rattacher par leur extrémité supérieure aux crevasses transversales et former, comme au glacier inférieur de Grindelwald, des courbes continues, tournant leur convexité vers la région supérieure du glacier. Il est cependant très-rare qu'une même crevasse traverse entièrement la largeur de bord à bord ; s'il en était ainsi , le mouvement provoquerait des éboulements qui en fermeraient bien vite tout ou partie.

Sur les points de moindre inclinaison À et B, pi. VI, fig. 11 , les crevasses transversales seront refermées par la compression, et les crevasses

(<) Glaciers ofihe Àlps, p. 320.

latérales subsisteront seules. La fig. 11, que nous empruntons à l'ouvrage de Tyndall (1) rend évidente la vérité de cette assertion. Nous trouvons encore, dans cette disposition des crevasses, l'excuse de Terreur commise avant les mesurements, par laquelle on attribuait aux bords une vitesse supérieure à celle du centre. A première vue, tout semble le constater*

Crevasses longitudinales. — Les profondes coupures des glaciers peuvent prendre une troisième direction principale et constituer des crevasses dites longitudinales. Elles se pro-^ duisent dans le cas où les glaces se meuvent sur un lit rugueux et qui présente une ou plusieurs arêtes dans le sens de sa longueuré PI. VI, fig* 12. La glace, sollicitée transversalement par le même effort que Tyndall assi-^ mile à celui qui s'exerce sur un bâton, se fend longitudinalement et toujours aux mêmes endroits, comme on Tobserve, par exemple, sur les glaciers de Corbassière , dans la vallée de Bagne, d'Argentière, de la Mer de glace, etc. (2).

(1) Glaciers of the Alps, p. 322.

(2) Charpentier, Essai sur les glaciers, note, p. 80.

Page 1