TINTEZ, LES GLAS
Tintez, les glas, sanglots des cloches, lents, lourds, las! Tintez autonr de moi, tintez en moi, les glas l rin^^z pour tous ces morts, vœux, espoirs, amours, rêves, Dont j'ai, dans mon avril, cueilli les fleurs si brèves, Et dont je suis, dans mon automne, le cercueil I Tintez aussi pour ce vieux monde, fou d'orgueil, Avec qui je me suis saoulé d'apothéoses, Et dont bientôt, malgré le phénol et les roses, Va puer le cadavre affreux, grouillant de vers ! Tintez pour lui, tintez pour moi, tes glasl Mes vers Prendront le la qui pleure à vos accents sinistres ; ]t leurs tambours voilés, les frissons de leurs sistres,
Leurs flûtes et leurs cors aux gémissements longs, Leurs cuivres rauques, leurs désolés violons Dont l'âme en agonie infiniment trépasse, xVuront ainsi, sur vos mornes adieux pour basse, La plainte déchirante et le râle profond Qu'il faut au Requiem des choses qui s'en vont. Tintez^ les glas, cris noirs, pleurs du bronze funèbre! Ne croyez pas, pourtant, qu'en moi tout s'enténèbre Sous ce vol ténébreux de croassants corbeaux. Tintez, les glas! Ce monde et moi, nous fûmes beaux. Vaillants, gais; nous saurons l'être encore, je pense. La mort, pour m'efifrayer, peut se mettre en dépense; Elle n'en sera pas, certes, le bon marchand. Voilà deux fois déjà que sa faulx, s'ébréchant, A sifflé sous mes pieds sans me jeter par terre. Tintez, les glas! Ces mots de tragique mystère Qu'elle bégaie au bout de vos langues d'airain, J'en ai compris le sens et l'ai trouvé serein. 0 gueule de la Mort, bâille donc toute grande, Bâille! Tu n'auras plus ma terreur en offrande. Tintez, les glas! 0 gueule à Tabîme béant. Gueule montrant partout sous l'être le néant. Gueule ouverte devant chaque pas qu'on va faire, Gueule, centre éternel de l'éternelle sphère,