TINTEZ, LES GLAS
Gueule sans lèvres, gueule atroce, avec, dedans, Toute la nuit d'où vient la blancheur de fe« dents, Gueule où Toeil fixe da vertige vous contemple, Gueule où le dernier dieu, du fond du dernier temple , Rend son dernier soupir en vieux relents pourris. Je regarde à présent le rire dont tu ris. Sans qu'aatouT de mon front ton souffle qui l'éventé Hérisse mes cheveax en halo d'épouvante. Tintez, les glas ! Tintez au vide de mon cœur! Ce qui vous y répond, c'est un écho moqueur, Dont nous allons, les glas, nous égayer ensemble, Tintez, les glas! La mort n'est pas ce qu'elle semble Pourvu qu'on tente, et j'ai tenté {tintez, les glas !) , De lui faire, avec ses crêpes, des falbalas. Lugubre, elle? Non point. Un monstre? On la diffame . Tintez, les glas! Je suis don Juan. C'est une femme . Puisqu'on t'a vu deux lois surgir à mon côté. Spectre, et que je me suis avec toi colleté, Donnant double nasarde à ta face camuse. J'ai bien conquis le droit de te prendre pour Muse. Pour Muse, ce n'est pas assez. Comble mes vœux ! C'est comme fiancée aussi que je te veux . Viens ça, vieille! Tintez en carillon, les glas! Tintez^ allègres, pour sa taille d'échalas.
Pour ses côtes à jour, pour ses hanches arides, Pour ses jambes d'ivoire et son crâne sans rides ! Tintez^ les glas! Viens ça, vieille; pose ton poing, Qui tremble, sur le mien, qui, lui, ne tremble point. Tintez^ les glas! Viens ça, ma promise, ma reine, Ton squelette drapé dans ton suaire à traîne! Viens, la belle ; et sans peur de jamais m'apaiser, Avec Ion baiser blanc bois mon rouge baiser! Viens! A ton raide corps enlaçant mon corps souple, Cependant que, lascifs, la valse nous accouple, Tu verras mes regards aux luisants coutelas Flamber encor de rut {Tintez, joyeux, les glas!) Et que j'ai pour bouquet à la danse macabre Vers ton sexe aboli mon désir qui se cabre. Rouge, et, dans son espoir d'aurore jamais las, Changeant en angélus les glas... Tintez^ les glas!
OH I CES MlNUlTS-LA !
Oh I Ces minuits-là, qui vous plombent lame Ces minuits glacés, où la mort réclame
Ce qu'on lui vola!
Ces minuits où l'être au néant s'enlizel En avez-vous fait l'affreuse analyse,
De ces minuits-là ?
Minuit ! Lentement, du timbre qui pleure, Voici s'égoutter les larmes de l'heure
Dans l'ombre sans fond, Dans le lac sinistre où sur les eaux noires Le sonfaitfrémir de funèbres moires
Et fuit et se fond.
Immobile alors l'oiseau du Silence Plane et par le vide immense balance
Son vol de hibou, En fixant sur vous de vagues prunelles Dont Tobscur aimant vous attire en elles,
Une cordeau cou.
La gorge serrée et le cœur qui saute, On a peur; on veut parler à voix haute;
On reste sans voix, Les yeux dilatés et la bouche ouverte.
On se dit pourtant : u Je n'enteads rien, certe,
« Et rien je ne vois. »
Mais vers ce rien-là soudain l'on se dressa; Et c'est une horreur comme une caresse !
Muet, étouffant, On a cette extase, et qui vous pénètre, De croire qu'on meurt et qu'o-n va renaître
Tout petit enfant.