‹ Les glas; poèmesChapitre 29 sur 48 · PROSE PRÉMONITOIRE · texte numérisé non relu

PROSE PRÉMONITOIRE

Il n'appelait pas heures noires celles où l'on est triste et désespéré ; car en celles-là il trouvait encore à se régaler de lumière, sa pâture favorite. N'y a-t-il pas, en effet, une joie de clarté, à débrouiller l'échereau des pensées sombres, à réduire sa tristesse et son désespoir en formules philosophiques, à les traduire en resplendissantes métaphores, à mettre dans ce chaos de l'ordre, et dans ces ténèbres des rayons de nette intelligence?... Epris de nombre et de beauté, l'esprit sait et doit en extraire de tout. Et ainsi se plaisait-il donc à faire dans ses jours les plus assombris d'obscur et désolant pessimisme. Voilà pourquoi, de telles heures, il ne

les appelait pas heures noires. Celles qu'il traitait de la sorte, c'étaient les lamentables heures où il cessait précisément de vouloir le nombre et la beauté, celles où le désordre, le chaos, l'obscurité, le manque de rythme, l'informulé, le monstrueux, lui semblaient avoir des charmes, celles où il goûtait ces charmes et s'en soûlait, par lâcheté devant la besogne ou par veulerie en face de lui-même. Et néanmoins, à ces heures noires qu'il condamnait, il se laissait aller quelquefois, pour voir, pour faire perversement abandon de soi, et aussi, et surtout, sans doute, pour reprendre ensuite plus ferme et plus pleine et plus victorieuse conscience de sa saine volonté.

VACHISME

Ce soir, bonsoir la ribambelle Des heures au plumage gai Qui sur l'air de ma mie 6 gué Gazouillent que la vie est belle!

Bonsoir l'esprit en vif éveil Où par de rythmiques cadences Les images mêlent leurs danses Avec des rimes de soleil!

Voici Tenir dans les ténèbres Des oiseaux aux vols effarés. Rythmes, vous vous désemparez; Images, vous sombrez, funèbres;

El, méprisant les rituels Des vieux mariages, les rimes Forniquent au pays des crimes Par couples inhabituels-

Je ne suis ni joyeux ni triste; Mais j'ai chassé de ma maison La bonne madame Raison Ma trop sévère camériste.

Allez-vous-en! Vous m'embêtez.

Sous Tombre aux ailes colossales Je veux cuver dans des draps sales Le gros vin de mes lâchetés.

Je rêve à des semblants d'épodes Où des fautes faites exprès Assonancent par à peu près Des bouts de vers myriapodes.

Je ne suis triste ni joyeux, Ni d'une école ni d'une autre ; Mais très doucement je me vautre Dans la nuit qui me sort des yeux.

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