‹ Les glas; poèmesChapitre 28 sur 48 · SAOULERIES DU SOIR · texte numérisé non relu

SAOULERIES DU SOIR

Le soir, arec ses bruits de lointaine crécelle, Ses parfums alaoguis mêlant leurs tourbillons, Traîne je ne sais quoi de fou qui m'ensorcelle Dans le ?ol ténébreux de ses lourds papillons.

Le réel s'évapore en fantasmagories

Dans mon cerveau peuplé d'images et de mots,

Éclatants de lueurs, obscurs d allégories,

Parfums d air, chants de fleurs, floraisons d'animaux,

Musiques de couleurs, images de délire, Raisonnements d'absurde et désirs d'inconnu. Livres de songerie impossibles à lire Et parlant d'un pays d'où l'on est revenu !

Souvenirs de la vie arrangés par le rêve ! Impalpables palpés! Introuvables trouvés!

Mille siècles vécus dans la minute brève! Comment? Par où? Pourquoi? Dites, si vous pouvez.

Oh! ces brumes du soir, vibrantes et vermeilles, Qui sèment au ciel <vert toutcB les flieurfi des champs, Où des bouts de rayons, ainsi que des abeilles, Butinent en miel roux Tor des soleils couchants!

Cela se fond en moi, mystérieux et trist*. Il me semble à présent qire je me change en sons. Je suis une guitare ao^ mains d'un guitarisle; Ma poitrine bourdonne à d'étranges chansons.

Entends-tu la chanson du temps qu'on n*a point d'âge? Jours de paresse enfuis plus vifs que des léznrds ! Promenades sous quels astres ?Tagab<m<iagie Parmi quels n^importe où tout fleuri? de hasards!

Et celle-ci? Sais-tu comment fuse h^ïmnme Qui découpe en Festons cet air inoublîé? La note qui bondit s'enfle «u téton de femm^, Et Pair file un cheveu dont mun cœ«T est Fié.

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Et celle-ci? Sens-tu le sur poison des plantes, Le philtre noir filtré dans de plus noirs charbons? Muettes oraisons des mains gesticulantes! Rages, morsures, coups, la bataille et ses bonds !

Régiments des marais, parmi les clameurs rauques Des grenouilles, parmi les pompons blancs des joncs, Droits et pointus, avec mille flamboîments glauques, Se hérisse le tas de poignards des ajoncs.

C'est la guerre, la guerre implacable! Une antienne Soupire toutefois sur un rythme apaisant. Tu te rappelleras sans doute cette ancienne Et charnelle chanson qui t'embaume à présent.

Mais voici le clairon strident des convoitises. Nuages blancs, pareils à des ventres d'oiseaux, Je dormirais si bien sur vous ! Non ! Tu l'attises, Le feu damné qui va te prendre à ses réseaux.

0 salives d'argent sur le rubis des lèvres, Langues rôdies, claquant aux palais tout en feu, Grands jeux noyés d'extase erotique, où les fièvres Dans des sillons meurtris sèment leur bluet bleu !

Et ce dur piano jouant la Marseillaise Des espoirs avortés et des regrets défunts 1 Touches de piano, dents trop longues d'Anglaise î Mais mon nez curieux guette d'obscurs parfums

Le sens-tu, le parfum qui captive et qui trouble, Parfum d'argent, parfum de gloire, le sens-tu? En sens-tu la stupeur qui fait que l'on voit double? Il faut baiser le vice et pendre la vertu.

La potence fleurit ainsi qu'une hyacinthe, Et la vertu pendra là-haut joyeusement!

Poignardons le héros et violons la sainte ! Hurrah! Hurrah! A mort!... Silence! Apaisement!

N'entends-tu pas chanter les brises dans la hune? La vague glisse sous de longs frissons soyeux. II faut remplir son cœur avec le clair de lune. Tandis que l'ombre dit des mots silencieux.

Vaporeux opéras, chatoyantes féeries, Manteaux éblouissants et brochés de lampas, Coupes d'or, vins de feu, robes d'air, pierreries. Fleurs de nuit, fleursde ciel, fleurs d'eau, fleurs de trépas,

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Lits de repos couchés dans des barques rameuses, SoBQDolences de lac sans aucun bruit de pas,^ Chansons d\ rgue, ronrons de chats, voix endormeuses, Cantilènes d'amour qui n'en finissent pas!

Mais les vaisseaux du soir enflent leurs sombres poupes. Les blancs cierges d'étoile ont soudain flamboyé.^; Le firmament trempait de fabuleuses soupesj Dans des écuelles d'ombre où je me suis noyéi

Noyé, Doyé, mon cœur, el'pour ne plus renaître! Noyé dans le soir ivre aux flots doux et subtils I Ceux à qui j'ai versé le vin qui me pénètre Oseront-ils le boire, et me comprendront-ils?

Noyé dans les parfums, les couleurs, les musiques, Les nuages portant^d'adorables pistils I Ceux à qui j'ai rompu ce pain d'amours physiques Pourront-ils le manger, et me comprendront-ils?

N'est-ce pas un péché de montrer à la foule Tout ce qui dîfnse et fume au mystique encensoir, Tout ce qui tourne, et coule et roule, et croule et soûle Dans la cuve fantasmagorique du soir?

SONNET BOUSTROPHEDON

Parmi les brumes des lointains Vient de refleurir une flore Multiforme et multicolore, Aux tons naissants, peut-être éteints.

En sons d'angélus argentins Est-ce qu'on y chante, ou s'éplore?

Est-ce, cette âme près d'éclore, Celle des soirs ou des matins?

La nuit fonce et le jour éclaira Ce doux instant crépusculaire Qui n'est pas la nuit, ni le jour,

Et dont la splendeur vague et brève Est pourtant Téternel séjour Où se plaît le mieux notre rêve.

Au papillon de notre rêve Nul jardin n'est un bon séjour Que celui dont la rose est brève.

li faut à son amour d'un jour

La lumière crépusculaire

Douce, et qui pas trop ne l'éclairé.

Sinon, les flèches des matins Le percent quand il vient d'éclore, Et son glas dans nos cœurs s'éplore En rosée aux pleurs argentins ;

Car voici qu'à nos yeux éteints Meurt son essor multicolore Tandis que se fane la flore Fleurie aux brumes des lointains.

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