APPEL AUX PAPETIERS
Nos gloires sur de mauvais papiers
En simili parchemin
Verront-elles les après-demains
Des époques épiées
Aux heures espérément futures
Des choses qui durent ?
Les retrourera-t-on telles
Que celles que cèlent,
Sans reliure à la tranche d'or,
Les journaux d'argile et de bitume
Où se posthume
Le chiffre de Nabuchodonosor ?
Je ne le pense pas ; et j'ai donc tort
Quand d'un gracieux vol
Je m'essore,
Fol,
Vers les cieux où l'avenir qui dole
En queue de chimère se mordoré.
Papetiers, papetiers,
Par pitié I
Des papiers encor plus forts
Que les briques de Nabuchodonosor I
YIII
MATUTINE
Les doigts du matin pincent Et mettent fil à fil en charpie Le manteau épais comme un tapis, Sous lequel la i\uit était tapie.
Les doigs du niitin pincent, Et le manteau peu à peu En devient de plus en plus mince.
11 était aussi noir foncé qu'on peut.
Il se fait violet, et puis bleu.
D'un bleu d'abord indigo un peu ; Mais la trame d'indigo s'émince.
Les doigts du matin pincent
La brume bleue qui pâlit En gris encore vaguement sali D'un fond de noir où s'oublie Le pan du manteau, mince, mince A présent comme un tulle vermeil, Que la journée qui s'éveille Va jeter en fumée au soleil.
Les doigts du matin pincent.
LA DIAiNE
Voici qu'à de nettes cadences Les mots veulent rjlhmer l«urs danses.
Nuit, chaos, vous vous écartez...
Les formes, les traits, les images, Les rimes aux complets ramages Viennent à moi dans des clartés.
Vieux vers aux innombrables mètres, Vers assouplis par tant de maîtres, Serviteurs patients et forts, Soldats à la mine hautaine Desquels on devient capitaine En y faisant quelques efforts,
Routiers que la gloire accompagne, Avec vous je tiendrai campagne, Toujours vaillant, toujours debout, Toujours le front dans la lumière, Ça, de mon étape première A la dernière, jusqu'au bout.
Et si, pour gagner la bataille, Ce n'est pas moi qui suis de taille A porter votre fier drapeau, Au moins dans ses plis que je garde Je prends de quoi mettre en cocarde Un ruban clair à mon chapeau.