MOULIN
Sur son terre-plein, Que dit le moulin, De son air malin En battant des ailes?
Il dit le ratpas Sans pain sans appas, Et qu'on n'en a pan Sang elle-
Mais il dit aussi Qu'il s'embête ici A tourner ainsi
En battant des ailes, Et qu'il est content Quand pour un instant, Lâche, il se détend Sans elles.
Ah ! moulin, moulin, Sur ton terre-plein Qui te rend malin?
N'est-ce pas tes ailes?
Ah I tais-toi, maison Qui sur Thorizon N'es qu'un humble oison Sans elles I
Ou plutôt, sois fol, Moulin, et du sol Prends soudain tou vol Au vent qui chez elles S'engouffre et les tend, Et fuis, habitant Du ciel, en battant Des ailes!
Que veut le vent?
Que cherche-t-il?
Le plus savant, Le plus subtil, Quand il passa, N'ont pas dit ça.
Au fond des cieux, Au ras du sol, Triste ou joyeux Prend il son vol?
Sages et fous Qu'en pensez-vous?
A pleine voix Et sans souci Il rit parfois, Et pleure aussi En sanglotant Au même instant.
Il sent le frais, Il sent le chaud, Souffle au plus près, Souffle au plus haut, Et puis repart Pour autre part,
Lugubre ou gai, Rapide ou lent, Infatigué, Toujours allant Et jamais- coi î Vers qui? Vers quoi?
Est-ce qu'on sait?
Lui, ne sait pas.
Qu'importe! C'est Vers les là-bas, Qui sont meilleurs Étant ailleurs.
Et quand il rit.
C'est quand il croit Voir en esprit, Tout près, tout droit, Le but rêvé Enfin trouvé.
Et quand il prend Son air de fol Et va pleurant, C'est quand, d'un vol Qui lui dit zut, S'enfuit le but.
Et quand il est Méchant, nerveux, Quand, d'un soufflet Dans vos cheveux Droits sur vos fronts Il fait des ronds,
C'est quand il croit Sue vous savez Bii quel endroit Se sont sauvés..
Les doux sàlu.ts" Qu'il ne voit plus.
Salut d'espoir!
Salut de paix!
Horizon noir, Tu le trompais.
Il le comprend, Désespérant.
Et néanmoius Toujours il va Vers les plus loins, Ceux qu'il rêva Dans les là-bas Qu'on n'atteint pas.
Par les forêts Et par les champs, Les matins frais, L'of des couchants.
Même lamer Fi^ de ta mer,
Partout, toujours, Hi^, demain, Sans nuls séjours Eq son chemin, H va, il va.
Le vent qui Ta.
£t nous aussi, En mal, en bien, De là, d'ici, Ne trouvant rien, Tels nous irons, Faisant des ronds
Avec le cœur Plein de néant, Tantôt vainqueur.
Puis maugréant.
Mais jamais coil Vers qui? Vers quoi?
Vent, ou vivant.
Que cherches-tu?
Le plus savant, Le plus têtu, Quand il passa iN'ont pas dit ça.
Gloire des bètes !... Astre aux innombrables rais, Dans le ciel d'or de ma mémoire tu parais, Et c'est l'aube des vers dont fusent les ramages, Parmi des frondaisons pullulantes d'images.
Comme les bosses qu'a l'éléphant sur le front. Te lie f ô Çakountala, tu gonfles ton sem rond ; Comme sa trompe, alors qu'il marche à la bataille, Telle se dresse^ ferme et flexible^ ta taille; Et c'est avec son pas berceur, nonchalamment, Qu'au roulis de tes reins tu viens vers ton amant. Ainsi Kâiidâsa parle à sa bien-aimée.
Celle qui dort ici^ pom^ jamais embaumée,
Et sut fleurir le cœur de Pépi-Méri-Rha,
La belle au corps parfait que V Egypte admira^
Belle encor sous le lin sacré qui Venveloppe.
A les os plus menus que ceux de Vantihpe,
Le nez de Vépervier et les yeux du serpent.
Ainsi s'exprime la bandelette qui pend
Aux pieds d'or de Sa-T-Khoum, la reine égyptienne.
Cest la petite Ouen-Kiang^ mime et musicienne; Ses ongles de corail sont des becs de ramier ; Son casque noir arbore un corbeau pour cimier; Et lorsque, toute rose, en chantant elle joue, Une aile de flamant lui pousse à chaque joue. Ainsi rêve un lettré, né voici trois milleans. Et dont le nom chinois veut dire ; Œil des milans.
Tel un faon qui bondit, fuyant les ja-mUnes, Telle je cours vers mon aimé par les collines. Selon sa complaisance ou &a rébellion, Je suis la tourterelle au je suis le lion. Sa bouche est <un jardin de roses en corbeille Où, nm bouche de feu butine, fauve ab&ille. Ainsi la Sulamite.
A conquérir A Ma Bénis soient tous les maux àont Cheiâad m'accabla! Abla, pour que mon cœur aille au galop vers elle, iVa quà baisser sur 7noi son regard âe gazelle. Sa crinière, étonnant celle des étalons, En ténébreux- burnous pend jusqu'où ses talons. Son teint est plus crémeux que le lait ies chamelles, Abla, fière cavale aux mignonnes mamelles! Ainsi le noir Ànlar exhale son amour.
Les tigres attelés au timon de Timour Avaient sous leurs cils droits moins d'ù'r et de sinople Qu'il nen est ious tes tiens, fleur de 'Constantinopley Grecque au parler si doux, aux baisei'S Si cuisants. Dont lès cheveux, la nuit, sont pleins de ûers luisants^ Dont Vorgueil est semblable au poulain qui se cabre^ Et dont le n^gard d'aigle a des tranchants de sahre. Ainsi pleure AyoubKhan, pacha des Osnianlis.
Lxllah, colombe, lys en plume, pfumé en lys,
La blancheur de ton corps devant ynoi tourbillonne,
0 papillon ae neige, ô neige papilbnne !
Ainsi rime'Sftdi, Gongora des Periiât!».
Ui LES GLAS
Qu importent les blessés et leurs grands cris perçants! Que le sang d'flios et le sang de la Grèce Ruisselle ! Il eût coulé pour toi sans allégresse. Rancunière déesse aux xjeux de bœuf^ Héra ! Mais il s'épand joyeux, car ce qui le paiera Et ce qui fait Vhonneur de ce carnage insigne. C'est la possession d'Hélène au col de cygne. Ainsi le vieil Homère e» sa haute équilé Ghaate, et chante avec lui toute Tantiquité,
C'est elle ancor qui fit la grâce souveraine,^
Moitié femmej moitié poissjn, de la Sirène.
Et lorscru'ensuite vint le Barbare, à son tour
Il inventa la belle Edith au nez d'autour,
Freya pareille au renne allongé pour la course. .
Berthe aux pieds de macreuse, Yseult au regard d'où rse.
Car toujours et partout les assembleurs de mots ^ Comparent dans leurs vers la femme aux animaux; Car toujours et partout, quelque livre qu'on lise, Cri de guerrier, chanson de pâtre, hymne d'église. Jadis, naguère, et du ponant à l'orient, 0 botes, c'est à vous qu'on voit s*appariant Les charmes de la femme à qui l'on rend hommage Et dont l'image ainsi se môle à votre image.
El c'est pourquoi, dévot à ce culte animal, Le poète défend qu'on vous fasse du mal, Et d'un cœur fraternel vous parle avec tendresse, 0 ?ous qui lui servez d'ornements quand il dresse Le temple où resplendit l'idéale Beauté, Bètes qui dans ses chants avez la primauté, Archétypes de tous les attraits qu'il dénombre, Bêtes, cierges du temple, illuminant son ombre. Bêtes, parfums de notre amoureux encensoir, Bètes, vivants rayons du lyrique ostensoir !
Et c'est pourquoi, sachant qu'elle est prochaine, Theure
Où l'homme aura tué les bêles, je les pleure ;
Moi, poète, dernier écho d'airs révolus
Que les temps à venir ne répéteront plus ;
Moi, voué comme vous, bêtes, à disparaître
D'un mondeoùnousserionsdesdieuxn'ayantnul prêtre,
Car on n'aura besoin ni de moi ni de vous
Chez ces rois de demain, sans amours et sans Fous.