CHANSON DE BON CŒUR
Poète,
Poète, Toi, du moins, ne sois pas ainsi.
Au temps, comme il vient, dis mercf, Au soleil, à la pluie aussi, Et tâche d'être, et le souhaite.
Grenouille et cigale à la fois, Pour chanter tout ce que tu vois, De bon cœur et de belle voix.
Poète,
Poète.
0 Terre,
0 Terre, Quand plus lard je serai rentré Dans ta poudre où je pourrirai, Puisse de mon vieux sang pourpré Ne point sourdre un gaz délétère, Mais jaillir un bouquet de fleurs, Chauds parfums et fraîches couleurs, Où tu souriras dans mes pleurs,
0 Terre,
0 Terre.
YIl A MA DERNIÈRE HEURE
Quand tu viendras m'ouvrir la porte
De naon suprême promenoir,
Tu porteras un voile noir,
0 dernière heure; mais qu'importe?
Je détournerai mes regards De c© voile aux crêpes funèbres, De peur qu'au lac de leurs ténèbres Mes yeux ne s'éteignent, hagards;
Et par la porte menaçante Où me fera signe ta main, Je ne verrai que le chemin S'offrant beau pour que j'y consente.
Si nous sommes au vert printemps, C'est sur un tapis d'émeraude Plein de papillons en maraude Que voleront mes yeux chantants;
Si c'est l'été qui se révèle, Je serai le conquistador Larguant sur les blés en flots d'or L'écoute de sa caravelle;
Si tout s'empourpre des rougeurs Où saignent les vins de l'automne, Je noierai mon cœur dans leur tonne Parmi les cris des vendangeurs ;
Et si l'horizon se termine
Par un paysage d'hiver,
Les champs sous l'air en menu-vair
Me sembleront fourrés d'hermine.
Qu'importe donc ton voile noir Et le deuil certain qu'il m'apporte.
Toi qui viendras m'ouvrir la porte De mon suprême promenoir,