JULES VALLÈS
Il y a plus de huit ans de cela. Je vais refaire la Rue qui fut un coin de la barricade plantée par Flaubert et par vous contre l'art bête et lâche. Vous m'avez dit jadis qu'un article de moi sur Baudelaire public dans la Rue vous avait frappé. Eh hien! je vais recommencer une série d'études de ce genre dans mon journal ressuscité. Je signerai J. Vinglras.
Vous avez sans doute lumon livre. Je crois qu'il est humain.
Etre humain, voilà ce à quoi va viser mon journal. Les cocardes, même blanches, seront saluées par nous, si l'humanité vit, rit ou pleure dans les articles de ces porte-cocardes. Nous preiubwïs tout ce qui aura du sang. En tout cas, les porte-drapeaux ont leur place marquée chez nous. Vous êtes un porte-drapeau !
Le souvenir de mon rôle politique vous effraiera-t-il? — Je ne le pense pas. A remuer l'histoire, vous avez dû apprendre à peser les cendres des morts et le cœur des échappés des grands massacres.
Aussi suis-jc convaincu que, vous souvenant de l'ancien, compagnon de lettres, vous voudrez bien lui serrer la main publiquement, en cette qualité.
... Je me résume; nous allons défendre la moderne. Venez à mon secours. Séparant la politique de la littérature, mais remué par le spectacle des infirmités sociales et des assassinats du cœur, aidez-moi à indiquer la neutralité politique et à définir la fraternité littéraire... Nous allons bousculer hs héros de la vieille pièce pour amener sur la scène les misères et les douleurs de ce qui, en Grèce, était le chœur antique et ce qui est maintenant la foule, le peuple.
Du reste, la première Rue vous a donné une idée de ce que sera la seconde. Nous avons versé un cautionnement pour que nos larmes puissent être sociales.
Veuillez me répondre sur le champ. Un exilé a le droit douloureux de demander des réponses promptes. En effet, je serai peut-être expulsé de Belgique un de ces matins. La Rue. doit paraître irrévocablement de vendredi en huit. Vous voyez, mon cher confrère, que le temps presse. J'atten-ls les pieds dans la boue de Bruxelles, le cœur tourné vers la France, 0grand Paris !
Recevez l'expression de mon bon souvenir et acceptez d'avance mes remerciements d'exilé.
Jules Vallès.
Cette lettre, d'un si admirable mouvement, valut àl'auteur la réponse suivante :
Mon cher confrère,
Quoique nous soyons aux deux pôles de la politique, je suis trop reconnaissant de votre vaillant concours dans la bataille cVHciv iette Maréchal, pour ne pas chercher à vous être agréable. Mais vous savez qneje ne suis pas journaliste et que je ne fais pas de journalisme. Ce que je vous écris là, je l'ai dit à vos deux amis, en leur prouieftant de leur donner plus tard un morceau, aussitôt que j'aurai un morceau parlant un peu à tout le monde, n'ayant en ce moment de terminé de la Maison d'un artiste dn dix-neuvième siècle que deux fragments donnés au Voltaire
Agréez, mon cher confrère, mes sentiments de reconnaissance et de sympathie littéraire.
Edmond de Concourt.
On verra plus loin, quand nous en serons à la fondalion de l'Académie des Dix que J. Vallès était au nombre des membres que M. de Concourt désignait pour en faire partie. Nul plus que J. Vingtras ne devait saluer le port honorable qu'une amitié littéraire voulait lui assurer dans l'avenir. Cela ne l'obligeait à rien qu'à un peu de reconnaissance. J. Vallès répondit par un article d'une violence farouche à l'offre d'indépendance qui lui était faite et qu'il appela une prune à la servilité.
La Maison d'un artiste. — Le Grenier.
Il s'agit ici d'un livre intime. Le maître du logis, avec une grâce touchante et un enthousiasme latent pour les belles choses qui l'entourent, reçoit ses lecteurs dans une habitation superlativement curieuse dont il a le droit d'être fier. On l'a dit, M. de Concourt occupe la maison qui porte le numéro 53 du boulevard Mont-
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morency, a Auleiiil. La façade toute blanche est timbrée d'un profil en bronze de Louis XV. La porte ouverte, dès le seuil, une préoccupation d'art s'impose, et, sur les murs, se faisant valoir l'un l'autre par leurs dissemblances ou par leurs affinités, vivent d'accord les deux arts qui ont le plus échappé à la contrainte, à l'imitation et au poncif : l'art de l'Extrême Orient et l'art du dix-huilième siècle français.
Et toutes ces choses s'animent, dans le livre, sous la description pittoresque. A chaque cadre, à chaque terre cuite, à chaque porcelaine est épinglée une particularité sur son auteur, une circonstance curieuse sur la provenance, un rien de particulier, de vif et d'inattendu qui est à l'œuvre d'art ce que la mouche était au minois de nos grand'mères. Les deux salons d'en bas, tendus de rouge, murs et plafonds, sur base noire^ font merveilleusement ressortir les cadres d'or éteint des pastels et des sanguines, l'étrangeté des formes, les tons rares des choses japonaises et chaque pièce du meuble de Beauvais où les bêtes, la bouche en cœur, semblent réciter les fables de Lafontaine. Qu'on lise les descriptions dans ce livre. S'il est des délicats qui l'ignorent, nous leur envions le bonheur de la découverte. Nous n'appuierons ici que sur les détails inédits, les accroissements nouveaux et les changements apportés à l'habitation depuis 1881.
Dans cette grande pièce du rez-de-chaussée qu'on trouve devant soi en entrant, M. Raffaelli a fait poser M. de Goncourt pour le portrait en pied qui fit sensation au Salon de 1888. Il a été acheté par l'Etat et placé au musée de Nancy. C'est l'œuvre curieuse d'un vrai peintre, mais les qualités rares qu'il a mises dans l'ambiance du tableau rachètent mal l'insuffisance de la tête souriante, contractée et sépulcrale. On n'y trouve
ni forme ni modelé. L'apparence grave, mélancolique, presque sévère du modèle a été traduite en une altitude mondaine. Jamais l'auteur du Caractérisnic ne s'est plus complètement trompé sur un caractère. Des mouchetures de bleu cru tachètent le personnage, du haut -en bas, et — quoi qu'en disent les théoriciens de la •couleur — ne se fondent pas dans l'ensemble. Ce bleulà, la nature ne le met pas dans une tête, mais on le trouve dans les livres spéciaux, au chapitre des rapports des tons et des couleurs complémentaires. C'est là que les chimistes et les physiciens s'en délectent. L'art n'a rien à faire avec leurs formules. Les maing fines et charmantes du modèle, ces mains d'amateur dont les doigt* ressemblent à des tentacules languides, qui ont des attouchements de caresses et embrassent -un objet d'art comme des lèvres, ont l'air d'un écheveau de corde. i\Iais la vasque japonaise, le fauteuil, les tapis persans superposés, la sanguine de Watteau et les deux poi'lraits de Gavarni sont des tâches d'exécution supérieure. Les ombres et les lumières contrastées, sans transitions, l'aspect tumultueux et désordonné de l'ensemble, n'en constituent pas moins, avec de très grandes qualités et de très grands défauts, un morceau de peinture personnel et puissant.
L'aspect est aussi la qualité principale d'un grand pastel, en largeur, de Giuseppe de Nittis. M. de Concourt est représenté au milieu de ses livres. Là encore, tous les entours de la figure sont de main de maître, mais ne se retrouvent pas l'expression et la ressemblance. Le peintre, qui s'est essayé aussi à la sculpture, n'a pas été plus heureux dans le buste en bronze, à cire perdue, qu'il a fait de son ami.
On voit, au musée du Luxembourg, un grand dessin très poussé, très voulu, donnant un peu l'aspect d'un
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travail allemand du temps d'Holbein, qu'a fait ad vivum M. Bracquemond. et qu'il a gravé à l'eau-forte avec une exactitude surprenante. Plus fidèle que les portraits précédents, malgré l'exagération évidente de l'écartement entre le nez et la bouche, la tête manque un peu d'enveloppe et de masse. Le grand clair de droite, sur lequel elle se détache, de même valeur que les lumières du front et de la joue, fige la figure et nuit à son relief. Toutes les choses d'alentour : terre cuite, meubles et porcelaines qui sont disséminées dans la maison et que le graveur a accumulées autour de la tête du modèle, sont trop poussées, trop faites, une par une, successivement, pour ellesmêmes, et sans grand souci de l'ensemble. On sent là l'œuvre d'un homme de grand talent qui a mis trop de soin et de conscience à tout montrer. 11 y fallait des sacrifices. L'eau-forte, sans prétendre qu'on la limite aux effets d'improvisation et de fougue, ne nous semble pas comporter un travail aussi minutieux et aussi lent.
En somme, jusqu'ici, les portraits les plus fidèles et les plus beaux des Concourt, sont ceux que Gavarni a dessinés sur une planche lithographique, dans la suite qui a pour titre MM. du Feuilleton.
Au premier étage de la maison d'Auteuil, couvrant les murs de haut en bas, est savamment classée une collection de livres sur le dix-huitième siècle. 11 y a là beaucoup de séries uniques, de documents originaux, tous les pilotis de l'œuvre des Concourt. L'intérêt de cette bibliothèque réside surtout dans l'inédit qu'on y trouve, dans les pièces à l'appui qu'on y a jointes. Chaque livre, la plus mince plaquelTe, gonflés d'auto-
graphes rapportés, de notes manuscrites, d'indications de références, renferment ainsi un peu de la collaboration des liistorieus (I). Leur bibliolhènue est deve-
(1) Je lire des rayons, un peu au liasard, des volumes sur lesquels M. Edmond de Goncourt a écrit les notes initiales suivantes, sous le curieux ex libris (les deux doigls de la main E. J.) dessiné par Gavarni et gravé par Jules :
G0i\FÉRi:i\CES ET DÉTAILS D'ADMINISTRATION DE I.'AcADÎ'.MIE ROÏÀLE
DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, rédigé (sic) et mis en ordre par M. llulst, année MDCGXLVIII, i voî. in-4o, mnsc. rel. pi. veau fauve.
Trouvaille inespérable et inespérée faite chez le bouquiniste de l'arcade Colbert. C'est le volume des conférences de V Académie de Peinture pour l'année 1748 contestant la p)récieuse vie de Watfeau jjar le comte de Caylus, qui avait échappé aux recherches des éditeurs des Mémoires de l'Académie. Indép>endamment des vies de Lesueur,le Lorrain, Trémoli'ere, etc., ce volume contient plus'ieurs morceaux inédits dont un journal abrégé des séances de V Académie est des plus curieux jjour la ccnnaissance de l'histoire intérieure du vieux coi'ps académique... Et d'où venait ce manuscrit? — De la bibliothèque d'un portier achetée par tin ferrailleur nommé Chambe, ayant son antre de ferraille rue de l'Ecole Polytechnique et qui ft de cette bibliothèque de port'ier près de 12,000 francs. — E. de G.
Vie DE François René Mole, comédien français, à Paris, chez Desenne... Marlind, imprimerie de Ghaignieau aîné, an \I, 1803, in-12.
Note copiée sur un exemplaire de M. Jfé'nétrier relative à la mort de Mole (]}. 215). « Ce fut avec la nommée Pouple, belle brune qui demeurait au Palais Royal, à l'entresol du ?(" , au-dessus duquel était une maison de Jeu. Elle tenait sa porte entrouverte et les joueurs heureux Importaient volontiers leur offrande. Il paraît que Mole était habitué à cette file. Dublin lui dut aussi sa fin. Je l'ai connue; elle était fort attrayante et avait des manières fort supérieures au reste de ses camarades. »
Restif de la Bretonne. Monsieur Nicolas, 14 vol. in-12, impr. à la maison, 1794.
Le plus complet déboutonnage du moi intime en littérature. Curieuse dissection du jouisseur au xviii^ siècle.
Journal de la Société républicaine des arts séante au Louvre, rédigé par Déioiirnelle, architecte, fascicules in-8o qui paraissaient en l'an 11 (1794).
Journal trcn rare où lea hommes de la République proclament officiellement que, dans les arts, le talent n'est rien, où Dufournel déclare (p. .V:?) que la perte du bras droit pour un yeinlrc n a pas d'importance. — E. de Goncourt,
Têtes a prix, suivi de la liste de toutes les personnes avec lesquelles la Reine a eu di:s liaisjns dé débauches; par ordre
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nue une œuvre personnelle. Tout ce que le siècle de jyjme (jg Pompadour a émietté de curieux autour de lui, tout ce qu'on a pu sauver d'épaves dans son naufrage :
exprès de l'assemblée des Feiiillanls, pi. iii-8", Paris, Pierre sans Pour, 179"2.
FampJdet hnhéctlement enragé, primant le meurtre et donnant, à la plume levée, 35 noms d'hommes ou de femmes avec lesquels la reine Marie-Antoinette aurait eu des relations de débauche. Ah! la Révolution, les hommes de ce temps peuvent la blanchir! mais j'espère que plus tard, un homme à l'indignation de talent — peut-être, hélas ! quand la f/rande France ne sera j^lus, de ^lar la queue des hommes de 80 — apprendra au mondece qu'il y a dans cette révolution à la J'ois de calomnies de portiers et de férocités homicides de garqons bouchers. — E.de G.
Catalogue d'une collection précietise de tableaux du cabinet de la citoyenne veuve Lebas-Courmont, la jeune, par A. J. Paillet, à Paris, chez A. J. Paillet, an 111 de la Répiibliciiie, \n-H".
Précieuse plaquette provenant de la bihliolhi que de M. Cément de Ris, qui avait écrit sur un feuillet de garde : Cette vente fut J'aite le 26 mai 1795. Les prix sont marqués en assignats. Jfme de Courmonf est morte en 1829. J'ai payé cet exemplaire 35 fr. dans une vente publique. J'ir/norais avoir pour concurrent Concourt lui-même qui désirait acquérir cette plaquette insignifiante ])our moi, et qui avait, jjour lui, la valeur d'un souvenir de fam'dle. « El M. Edm. de Goncourl a joule : Catalogue de ma grand'mere maternelle, j\fmc Lehas de Courmont, payé 83 francs à la vente du comte Clément de Ris, J'aite enj'évrier 1884. A l'exception de Vexemplaire de J'am'dle, conservé chez mes petits -cousins de Courmont, c'est le seul exemplaire que je crois exister. — E. de G.
Le catalogue Lcbas-Courmonl porle le n" 1957 dans la Bibliographie des Ventes de Duplessis.
Michelet, ma jeunesse, 1 vol. in-12. Paris, Calmann-Lévy, 1884.
Exemplaire lavé et encollé, à défaut de papier extraordinaire. Exemplaire dans lequel j'ai intercalé un devoir de Michelet, corrigé par V'dlemain, devoir qui m'a été donné par Madame Michelet. — E. de G. Michelet, de son écriture d'homme, a daté lui-même ce devoir: « octobre ou novmbre iSlo » c'est une dissertation française sur cette matière : Marius entre dans le camp de Cinna. Michelet aajouté : M. Villemain m'encouragea vivement et je pr'is confiance.
L'exemplaire des Misérablks otïert par Victor Hugo s'ouvre par ces lignes manuscrites : « A Messieurs Edmonti cl Jules de Concourt. Gemmis pro pluribus, ist um (sic) do saxum. — H. H. avril 1866.
Les éditions originales des jeuiies , emboîtées dans des Bradel rouges, renfermi nt presque ioutes, outre les hommages, quelques pages du mannscril des auteurs. Voici le Mariage de Loti avec la suscriplion : M. E. de Concourt, une grande admiration — Pierre Loti. Il contient un feuillet autographe, numéroté 3o3. C'est
lettres, manuscrits, biographies individuelles, histoire des mœurs, du théâtre ; enfin tout ce que ce titre vague comporte XV IIP Siècle est là rassemblé. Un charmant petit meuble de Boule renferme le saint chrême de la collection : les ouvrages à images, les exemplaires aux armes des femmes de goût qui ont eu la coquetterie des livres, les exemplaires uniques, sur vélin, Hollande, Chine ou Japon que les Concourt ont fait tirer de leurs livres, et qui, remplis, eux aussi, d'autographes, de dessins originaux et d'états d'eauxfortes, ont été habillés par les plus illustres relieurs de notre époque.
Ces vrais artistes ont bien mérité ce solo de bravoure exécuté à leur gloire : « Que je plains les lettrés qui ne sont pas sensibles à la séduction d'une reliure, dont l'œil n'est pas amusé par la bijouterie d'une dorure sur un maroquin et qui n'éprouvent pas, en les repos paresseux de l'esprit, une certaine délectation physique à loucher de leurs doigts, à palper, à manier une de ces peaux du Levant si moelleusement assouplies! La reliure française a été, de lout temps, un art dont les adeptes ont fait preuve d'une adresse charmante, et c'est aujourd'hui peut-être le seul art industriel où se
une lettre, en malais et en français, de Raralui à son amant.
.le tombe entin sur un lugubre souvenir du pauvre Robert Gaze; son dernier livre Grand'Mi/re, 1 vol. in-i!2, Paiis, Tresse et Stock, 1880. L'exemplaire sur Hollande, n° 3, porte en tète cet hommage imprimé : « A Kdmond de Concourt, au parfait gentilhomme de lettics, au représentant le plus sincère de la probité artistique, je dédie celte étude simple de la vieille femme. » Et M. de Goncourt ajou'.e : Ce livre à moi dédié 2>ar Robert Caze mourant d'un bêta de coup d'épée, m'a été apporté par U7i ami du pauvre (/arçon qu'il avait cliarr/é de l'excuser pris de moi de n'avoir rien écrit sur le livrée, parce qu'il n'en ava'U plus la force. C'était la veille de sa mort.
Lire, relire la description de la Hibliotlicque dans la Maison d'un artiste. Depuis 1870, l'accroissement a porté principalement sur les albums et les objets du .Japon. Le Japon a bénéficié de tous les gains littéraires de M. K. do Goncourt.
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soit conservée la main-d'œuvre des choses exquises façonnées par les artisans du seizième siècle... Les grands charmeurs que les Traulz-Bauzonnet, les Gapé, les Lorlic, les Duru, les Marius !... Mes reliures d'affection sont des reliures de Cap6 et de Lorlic. Le vieux Cape était inimitable pour la résurrection des reliures riches du dix-huitième siècle et de leurs arabesques fleuries... Mais, pour moi, quand il est dans ses bons jours, Lorlic, sans conteste, est le premier des relieurs. C'est le roi de la reliure janséniste, de cette reliure toute nue, où nulle dorure ne distrait l'œil d'une imperfection, d'une bavochure, d'un filet maladroitement poussé , d'une arête mousse , d'un nerf balourd, — de celte reliure où se reconnaît l'habileté d'un relieur ainsi que l'habileté d'un potier dans une porcelaine blanche non décorée. Nul relieur n'a, comme lui, l'art d'écraser une peau et de faire de sa surface polie, la glace fauve qu'il obtient dans le brun d'un maroquin La Vallière; nul, comme lui, n'a le secret de ces petits nerfs aigus qu'il détache sur le dos minuscule des mignonnes et suprêmement élégantes plaquettes que lui seul a faites. » (1)
Enthousiasme bien légitime qui, quelques années avant l'époque de ce morceau, avait fait adresser le billet que voici à M. Philippe Burty. 11 s'agit — cela va de soi — d'un artiste qui n'avait pas la haute notoriété de feu Lorlic :
Mardi, 30 janvier 18:2.
Cher ami,
... J'ai fait la découverte du roi des cartonnenrs. C'est le rare ouvrier qui a ta passion de son art, et que la faveur qu'on lui accoide de mettre un cuir japonais sur un
(1) La Maison d'un artiste, t. I, p. 346.
bouquin remplit ilc bonheur. Vous verrez lies -plaquette?,. .. et nous le garderons pour 7ïous deux, n'est-ce pas ?
Tout à vous,
Edmond dk Concourt.
Les dessins de la collection d'Auleuil sont célèbres. L'auteur, au début de son livre, a écrit lui-même le catalogue tumulaire, pour le jour mémorable où elle comparaîtra devant l'aréopage d'amateurs qui la jugera d'ensemble pour la dei'riière fois et s'enrichira de ses dépouilles : « Celte collection est ma richesse et mon orgueil. Elle témoigne de ce qu'un pauvre diable, avec de la volonté, du temps, et en massant un rien d'argent sur une seule chose, peut faire. Une collection de tableaux et très charmante, — elle m'était possible, en ce temps-là; — mais je sentais qu'avec ma petite fortune, je ne pouvais faire qu'une collection secondaire ; tandis qu'une collection de dessins, il m'était donné d'en rassembler une qui n'eût pas d'équivalent, qui fût la première de toutes. Etje puis dire, sans fausse modestie, que mon frère et moi l'avons réalisée, celte collection de dessins français du dix-huitième siècle! Oui, grâce au dédain de l'époque pour cette école, aux timidités de mes concurrents, tous plus riches que moi, et à la résolution bien arrêtée de ne jamais acheter un tableau, quelque bon marché qu'on me roffiît, j'ai pu réunir près de quatre cents dessins montrant l'Ecole française sous toutes ses faces et presque dans tousses spécimens, et des dessins qui sont, en général, les dessins les plus importants de chaque mailre, petit ou grand. >^ l)
Maîtres et petits maîtres défilent ensuite avec leur épithète caractéristique et sont bientôt suivis de leurs
(1) La Maison d'un cuiistc, t. I, p. 2S, cl t. Il, p. 113.
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curieux interprètes les graveurs : « Moins riche, moins précieuse, moins unique dans son genre que la collection de dessins , celte réunion de gravures contient cependant le plus grand nombre des belles et rares pièces du dix-liuitième siècle, en des étals dignes d'envie, et dans une fraîcheur et avec une virginité de marges introuvables... Une particularité qui la fait aujourd'hui inestimable, celte réunion d'estampes, c'est le goût que j'ai eu des états d'eaux-fortes, au moment où personne n'en voulait, et qui m'a poussé à faire presque la collection de Watteau, de Chardin, de Baudouin, en ces esquisses, en ces souffles spirituels de gravures. »
Les énumérations, les dénombrements sabrés par des éclairs de style, se lisent aussi facilement qu'un livre suivi. L'éblouissement sagement réglé par des haltes reposantes, ne produit pas la fatigue. Les notes personnelles, les réflexions humoristiques jettent la vie dans ce répertoire animé.
A côté des dessins, des estampes et des livres s'ouvre le cabinet de l'Extrême Orient, tout rempli;, lui aussi, de merveilles. Là, le monstre est Dieu. Le desservant du temple et les initiés qui s'en approchent subissent l'attraction fascinatrice qui se dégage de cette quintessence de l'iinagination humaine dont il est dit, dans Idées et Sensations .- « L'imagination du monstre^ de Tanimalité chimérique, Tart de peindre les peurs qui s'approchent de l'homme, le jour^ avec le féroce et le reptile, la nuit avec les apparitions troubles, la faculté de figurer et d'incarner ces paniques de la vision et de l'illusion dans des formes et des constructions d'êtres membres, articulés, presque viables, — c'est le génie
du Japon. Le Japon a créé et vivifié le Bestiaire de l'hallucination. On croirait voir jaillir et s'élancer du cerveau de son art, comme de la caverne du cauchemar, un monde de démons-animaux, une création taillée dans la turgescence de la difîormité, des bêtes ayant la torsion et la convulsion de racines de mandragore, l'excroissance des bois noués où le cinips a arrêté la sève, des bêtes de confusion et de bâtardise, mélangées de saurien et de mammifère, greflfant le crapaud au lion, bouturant le sphinx au cerbère, des bêles fourmillantes et larveuses, liquides et fluentes, vrillant leur chemin comme le ver de terre, des bêtes crètées, à la crinière en broussaille, mâchant une boule, avec des yeux ronds au bout d'une tige, des bètes de vision et d'épouvante, hérissées et menaçantes, flamboyantes dans l'horreur, — dragons et chimères des Apocalypses delà-bas qui semblent les hippogriffes de l'opium! Nous, Européens et Français, nous ne sommes pas si riches d'invention. Notre art n'a qu'un monstre ; et c'est toujours ce monstre du récit de Théramène qui menace, dans les tableaux de M. Ingres, Angélique, avec sa langue en drap rouge. — Là-bas le monstre est partout. C'est le décor et presque le mobilier de la maison. Il est la jardinière et le brûle-parfum. Le potier, le bronzier, le dessinateur, le brodeur le sèment autour de la vie de chacun. Il grimace, les ongles en colère, jusque sur la robe de chaque saison. Pour ce monde de femmes pâles, aux paupières fardées, le monstre est l'image habituelle, familière, aimée, presque caressante, comme est, pour nous, la statuette d'art sur notre cheminée; et qui sait si ce peuple artiste n'a pas là son idéal. » (1)
(1) Mecs et Sensations, p. \'6.
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Le cabinet d'Extrême Orient a été bien souvent inspirateur pour M. Edmond de Concourt. Avant d'écrire n'importe quel morceau d'un livre, il a pris l'habitude de s'y renfermer un instant pour chercher à surprendre les souplesses de l'art japonais et accorder son style au la de ses harmonies. Parfois aussi il y raciocine sur les questions élevées de l'art et il écrit, un jour, sur un carnet, ce morceau inédit :
Vendredi, 22 janvier 187.5. — C'e^t paradoxal vraiment, le prix des choses! J\ii là, devant moi, un bronze japonais, un canard qui a la parenté la plus extraordinaire avec les animaux antiiiues du Yatican. Si on en trouvait un comme cela daiïs une fouil'e d'Italie, il se paierait petd-être dix mille francs. Ix mien m'a coûté cent vingt francs.
A côté de ce bronze, mes yeux vont à un ivoire japonais : un singe costume en guerrier du taicoun. La sculpture de l'armure est une merveille de fini et de perfection menue : c'est un bijou de Cellini. Suppose t-on ce que voudrait ce bout d'ivoire si l'artiste italien l'avait signé de ton poinçon ! Il est peut-élre signé d'un nom aussi célèbre là-bas, nuiis sa signature ne vaut encore que vingt francs en France.
Je ne su'is pas fâché d'avoir introduit un peu, beaucoup de japonaiserie dans mon dic-huitiéme siècle. Ari fond, cet art du dix-huitième siècle est le classicisme du joli ; il lui manque l'imprévu et la grcmdeur. Il pourrait, A la longue, devenir stérilisant. Et ces albums, tt ces bronzes, et ces ivoires ont cela de bon qu'ils vous rejettent le goût et l'esprit dans le courant d'S créations de la force et de lu fantais'te.
Et de ces choses, les Concourt, avec Ph. Burly, ont été les premiers, en France, à subir le charme et à apprécier la délicatesse. En 1851, ils inventaient déjà, pour leur livre de début, un salon japonais qu'ils décrivaient (1). Alors quelques pièces apportées en France par hasard, évoquaient en eux le souvenir de la petite collection que s'était faite Marie-Antoinette, à Trianon.
(1) Eli ta.., éd. Diimincray, p. 124.
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Leur goût de l'exotisme croissait avec leurs trouvailles; quelques curieux se mettaient à chasser sur leur piste; les envois du Japon se multipliaient. Alors, lentement, comme un éveil, commençait cette révolution suggestive pour la peinture française qui a donné l'audace des tons clairs et de la vraie lumière, et mis au rancart, au moins pour un temps, les tonalités sirupeuses et les glacis timides de la vieille école.
Et l'histoire de l'art japonais se découvrit peu à peu. On arriva à déchiffrer les légendes et les signatures. Des œuvres et des noms de très grands artistes surgirent; les différentes séries d'objets se complétèrent et furent décrites dans un ordre rationnel, les procédés de fabrication furent étudiés, et M. Edmond de Concourt put faire, sur la fabrication des bronzes, ces remarques curieuses : « Les bronzes japonais comparés aux vieux bronzes chinois sont d'une matière moins sérieuse, moins profondément belle, moins savamment amalgamée. Un bronze japonais, vous arrive-t-il de le casser? vous vous trouvez très souvent en présence d'un alliage d'étain et de plomb qui n'est pas véritablement du bronze. C'est un amalgame fait beaucoup à la diable et un peu d'instinct... Mais à ce bronze défectueux, non compact, non dense, les Japonais mettent de si séduisantes enveloppes et l'habillent de patines si charmantes!... Puis, les Japonais ont une plus grande et une plus riche imagination des formes : ils vous enchantent dans l'architecture et la conjonction des lignes d'un vase, par un imprévu, un renouveau, une fantaisie que n'ont pas les Chinois. Enfin, peut-être même la prédominance du plomb et de l'étain dans le bronze japonais donne à ce bronze une souplesse, un flou, un gras, en fait un métal dont la dureté n'a rien à l'œil du cassant européen, et semble
LA MAISON d'un artiste 275
l'onctueuse solidification de la cire qui, tout à l'heure, emplissait le moule. » (1)
Dans le jardin de la Maison d'un artiste, les beaux grands arbres du parc de Montmorency dominent des collections de fleurs rares, des variétés introuvables de roses, de lierres et de chrysanthèmes. Au sujet de ces merveilles qui tiennent tant au cœur du propriétaire, nous tombe sous la main ce court billet à M. Ph. Burty :
II octobre 187-2.
Mon rhev Philippe^
... Je vouhth aller vous remercier hier, dans la soirée, mais j'avais fait, dans la jourm'e, la tournée des pépiniéristes de Boury-la-Reine, et j'étais tellement fatigué que je me suis couché à l'heure des poules.
Connaissez-vous le magnolia soulaugiana? — C'est assez distingué! Quelle séduction a donc pour nous autres le rare?...
Tout à vous,
Edmond de G'jiNCoutiT.
Au mois de juin 1880, après le mot fin écrit au bas du tome deux de son livre, M. de Concourt quitta Paris. Nous avons, sur l'état de son esprit et sur ce qu'il pensait de son ouvrage, la lettre curieuse que voici adressée à M"® Alphonse Daudet :
Dimanche, o août 18S0.
Chère Madame,
Il fait bon d'avoir un tantinet de votre pensée amie et je vous en suis tout reconnaissant.
Ce que je suis devenu ? — J'ai passé un tnois dans un coiii
(I) La Maison d'un artiste, l. Il, p. 264. — On contesîe boaucoiip à M. de Goncourl l'asserlion que, sauf pour les laques, la bille époque (le l'art japonais se limitant entre les dernières années du dix-huitième siècle et les vingt premières du dix-neuvième, tout ce qui précède ne provient q'ae de l'inspiration chinoise. Ces questions n'auront une solution que quand de nouveaux termes de comparaison ec des documents plus nombreux seront venus en Europe et auront été l'objet d'analyses esthétiques et de traductions avérées.
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de pnvir.ce oi( l'on ne vit que pour le ventre ; mais il faut dire qu'on le remplit, ce ventre, arec des choses diantrement bien cuisinées et qui sont comme le chant du cygne de la vieille cuisine lorraine. Donc, manger et regarder toute la journée, à travers les deux verres de mon pince-nez, le tremblotement et l'émouvnnt plongeon d'un bouchon de liège dans une jvlie eau courante, ça été toute mon existence pendant trente jours. Je suis devenu doucement stupide tt paresseux à ne pouvoir écrire une h tire à tm bottier. Puis je suis retombé à Paris oii le vide des amis et la déception de ne pas trouver la lettre qu'on attend toujours et qui doit contenir je ne sais quoi d'inattendu et d'heureusement bouleversant en votre vie, m'a jeté dans un noir, mais un noir à plenrer. Et, demain, je vais partir pour Saint-Graticn oii je suis demandé pour une quinzaine
Oui, le bouquin, qui en fait deux, est fini et je dois même demain recevoir le spécimen. La vente va être dure, mais tant pis! — J'aurai fait le manuel de la Curiosité de l'avenir et je ne serai pas fdché, ajjrès avoir dit mon mot sur le grand art, dans mes Peintres du dix-huiliènie siècle et le Gavarni, de cotnpléter ce travail par une machine sur l'art industriel exécutée par un catalogueur un peu poète par 'instant.
Au fond, j'aspire à être rentré chez moi, à être emprisonné dans mon cabinet, à me fourrer la cervelle dans mon roman (1), mais cela, je dois favouer, au milieu des terreurs d'un débutant. Je tremble, je tremble, j'en peur, sans blague! de ne plus savoir du tout comment ça se fait! Daudet est bien heureux de ne jamais sortir du roman; il ne connut t jjas ces fichus tracs intellectuels.
El, là-dessus, j''embrasse mon petit Daudet sur les deux joues et son coUahorateur sur les deux inains.
Edmond de Concourt.
Parmi les ai'ticles assez nombreux qui accueillirent la publication de la Maison d'un artiste, il faut citer le travail assez long, très renseigné et très personnel que M. Ph. Burt\- publia clans le Livre. Lui qui avait connu les auteurs presque au temps de leurs débuis littéraires, a pu glaner encore des détails curieux qui n'avaient pas trouve place dans l'ouvrage qu'il commentait. Nous lui avons emprunté, çà et là, quelques notes
(1; La Faust in.
LA MAISON d'UiN ARTISTE 277
significatives et quelques citations. L'auteur reconnaissant lui écrivit :
12 mai 1881.
Mon cher ami,
Je vous remercie bien de la bonne amitit: cléposi'e tout le long de votre ariicle, dan^ le Livre, et je vous suis très reconnaissant de la inanicre émue dont vous parlez de mon frère.
Par /fl-f/t'4-,s».s l'article, fort bien architecture et dune charmante écriture, me parait devoir être fort intéressant pour le public.
Encore une fois mes remerciements imo corde et mes amitiés.
EdMOJJD de GONCOIKT.
Sous l'empire, quand Flaubert quittant Croisset, l'hiver, venait se retremper quelques mois à Paris, ses amis avaient pris l'habitude de l'aller voir régulièrement, d'abord boulevard du Temple, puis près du parc Monceaux, il reste trace de ces après-midi du dimanclie dans le Journal des Concourt et dans les Trente années de Paris de M. Alphonse Daudet. Th. Gautier, Tourguénefr, M.M. Taine, Zola, Burt}' y étaient assidus. Ces réunions s'éteignirent naturellement à la mort de Flaubert.
MM. E. Zola et A. Daudet eurent l'idée de renouer cette tradition et pressèrent M. Edmond de Concourt d'ofTrir à ses amis, le dimanche, l'occasion de se rencontrer et de recommencer les discussions littéraires dans lesquelles la grosse voix de Flaubert apportait, jadis, des arguments beaucoup plus terribles que concluants. Le second étage de la maison d'Auteuil ne contenait alors que la petite chambre où était mort Jules et des pièces de dt'barras. M. E. de Concourt résolut d'y aménager un salon où les idées fussent au large. De quatre ans postérieure à la publication de la Maison d'un artiste, cette installation n'}' est pas décrite.
Sous l'inspiration du patJ^on de la case, M. Franlz
Jourdain fut cliargé de préparer le nid des causeries dominicales. 11 est formé de trois pièces, de moyenne grandeur, qui sont reliées par une vaste baie. Là encore domine la tonalité rouge de l'andrinople encadrée de noir mat. A hauteur d'appui, le long des murs, courent de petites bibliothèques qui renferment, en éditions originales, l'œuvre complet — sauf deux ou trois plaquettes indénichables — de Balzac et, sur des papiers rares, illustré d'hommages et de fragments du manuscrit des auteurs, à peu près tout ce qu'a produit de curieux la littérature contemporaine. Des aquarelles de Jules, des dessins des trois manières de Boucher, des gouaches de Gavarni régnent sur les panneaux, au-dessus de plus de deux mille épreuves de remarque, sur les trois mille qui composent son œuvre. Des taches de couleurs rares : soies brodées, kakémonos et foukousas, bron/.es à formes et à patines étranges, faïences ou porcelaines calment ici, là exaspèrent l'éclat des dessous rouges, suivant la fantaisie du symphoniste qui a disposé ses effets. On est saisi, en entrant dans le Grenier, de l'ensemble harmonieux qui s'en dégage. On se sent là en plein moderne, à cent lieues, au-dessus, des arrangements vulgaires et des idées courantes.
Et, quand le salon fut digne de les recevoir, les élus reçurent cette invitation concise :
Le (ircnier de Gonrourt ouvre des dimanches iitléraires, le diinanche, 1"' février ISSo. Il sera honorô de votre présence.
Depuis ce temps-là, les réunions ne se sont point interrompues. L'élément jeune des lettres y est surtout représenté; car, des anciens amis du temps de Flaubert, beaucoup sont morts, d'autres sont éloignés, quelques-uns, vieillis, digèrent leur gloire et leurs places au coin du feu et ne sortent plus d'eux-mêmes.